‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 216 sur 298 · Manière de faire les réprimandes · texte numérisé non relu

Manière de faire les réprimandes

Le même M. Nicole, et nu même endroit , montre combien il est diflicile de foire des corrections et des réprimandes. La cause de celte difficulté, dit-il, est qu'il s'agit de faire voir à des gens ce qu'ils ne veulent pas voir, et d'attaquer l'amour-propre dans ce qu'il a de plus cher et de plus sensible, en quoi il ne cède jamais sans beaucoup de combat et de résistance. On s'aime tel que l’on est , et l’on veut avoir raison de s'aimer. Ainsi l’on a soin de se justifier dans ses défauts par diterses couleurs trompeuses. Et il ne doit pas paraître étonnant que les hommes trouvent mauvais d'être contredits et condamnés, puisqu'on attaque en même temps la raison qui est trompée , et le cœur qui est corrompu.

C'est là le fondement des précautions et des ménagements que demandent la correction et lu réprimande. Il ne faut rien laisser entrevoir en nous & un enfant , qui en puisse cmpê' her l'effet. Il faut éviter d'exciter son aigreur par la dureté de nos paroles sa colère par des exagérations, son orgueil par des marques de mépris.

Il ne faut pas l’accabler par une multitude de répréhensions qui lui ôtent l'espérance de ge pouvoir corriger des fautes qu'on lui reproche. Il serait bon même de ne point dire à un enfant son défaut, sans ajouter quelque moyen de le surmonter ; car la correction , quand elle est sèche , inspire le chagrin et le découragement.

Il faut éviter de lui faire penser qu’on est

s « Omni» ani'narherMo rt iM.lIgatlo rootutndiè vo- « care debel. » (Oc. de Offre. lib. 1, u. 88.)

prévenu . de peur qu’on ne lui donne lieu de sc défendre par la des défauts qu'on lui marque, et de n'allribucr nos averti-semenls qu’à notre prévention.

Il oc faut pas qu’il y ait lien de croire qu’on les lui donne par quelque intérêt ou par quelque passion particulière , el enfin par un aulre motif que par celui de son bien.

On se Irouve quelquefois obligé, dit Cicéron 1 , d'user dans les corrections d'un ton de voix plus élevé cl de paroles plus fortes; mais cela doit être rare, comme les médecins n'emploient certains remèdes qu'à l'extrémité ; encore faut-il que ces reproches, quelque forts qu’ils soient , n’aient rien de dur ni d'outrageant; que la colère n’y entre pour rien , car elle n'est bonne qu'à tout gâter ; et que l'enfant sente que , si l'on se sert de termes un peu forts, c'est à regret et uniquement pour son bien.

On peut juger que les réprimandes ont eu tout le succès qu'on en devait attendre quand elles portent un jeune homme a avouer de bonne foi ses fautes, a dé-irer qu’on lui fasse connaître ses défauts et à recevoir avec docilité les avis qu’on lui donne*. C'est déjà avoir fait un grand progrès3 que de souhaiter d’en faire. C'est une marque assurée d'un changement solide quand on ouvre les yeux sur des imperfections qu’on n'avait point encore connues , comme c'est une raison de bien espérer d’un malade quand il commence à sentir son mal.

Il y a des enfants si bien nés , d’un naturel si heureux et si docile * , qu'il suffit de leur montrer ce qu'il faut frire, et qui , sans avoir besoin des longues leçons d'un mnllre, au premier signal saisissent le bon et l'honnête , et s'y livrent pleinement : Rapacia virlutis inijtnia. Vous diriez qu'il y a en eux de secrétes étincelles de toutes les vertus * qui ,

' CIc. de omc. lib. t. n. )30, 137.

* Son. Episl. 6 et 28.

* « .M ipna part est profeclus velle proGccre. » (Self. Epi*t 71.)

4 « Fi l x ingcn’um U lis fuit, et snlularln In transita r râpait... In ra tpia ItacM soient, peneniuni sine longo m ninyisietio; cl hom sln rnmpleii sunl, quum primùin « nu'licrunt. » (M. ibitl. 9.‘>.)

■ a Omnium buncsiaium rcrutn srmina anlmi gerunt.

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