De reuclurfclie
On doit regarder la première communion des enfants comme l’action de leur vie la pins imporlanle, et qui souvent décide de leur salut ; et l'on ne peut pnr conséquent y apporter trop de préparation. Il faut les y disposer de loin, leur en parler da très-bonne heure, la leur représenter comme le plus grand botxheur qui puisse leur arriver sur la terre , tacher d'en exciter eu eux un vif désir, et sur-
tout leur bien faire sentir quelle pureté de mœurs demande une action si sainte.
Il est difficile de fixer le temps de In première communion ; parce qu'il ne doit pas être réglé ;sur le nombre des années, mais sur le caractère d'esprit des enfanls , et encore plus sur l’état de leur conscience. Il n'y a rien de plus embarrassant ni de plus inquiétant pour un principal , dans la conduite d'un collège, que ce qui regarde la matière dont je parle ici , parce que les dangers sont extrêmes de part et d'autre, soit pour trop avancer, soit pour trop reculer la première communion. C'est ici surtout qu'il a besoin de demander à Dieu , et pour lui-même et pour les confesseurs , la prudence et la lumière qui leur sont nécessaires pour une décision si importante.
Le sentiment de M. de Cambrai sur cet article me parait fort sage; et, sans vouloir prescrire de règle à personne, je crois pouvoir ici le proposer. * La première communion , dita il , me semble devoir être faite dans le a temps où l'enfant, parvenu à l'usage de n rai-on, paraîtra plus docile et plus exempt « de tout défaut considérable. C'est parmi ces « prémices de foi cl d'amour de Dieu que « Jésus-Christ se fera mieux sentir et goûter « à lui par les grâces de la communion. » Quand donc on trouve réunies dans des enfunts les qualités dont ii est parlé ici, un fonds de docilité , une exemption de tout défaut considérable , et par conséquent une grande pureté de mœurs , des prémices , c’est-à-dire des commencements , quoique faibles encore et imparfaits, de foi et d'amour de Dieu, on n lieu d'espérer que Dieu bénira une première communion faite en cet état , et qu elle servira à faire croître et à fortifier de plus en plus de si heureuses dispositions.
Quand au contraire on observe dans les enfants des dispositions tout opposées, une indocilité marquée qui soutire avec peine les avis et les remontrances, des habitudes vicieuses auxquelles des rechutes fréquentes prouvent qu'ils sont fort attachés, nul sentiment de foi. nul indice d'amour de Dieu, pour lors n'est-il pas évident qu’un confesseur prudent et éclairé doit prendre du temps pour s'assurer, par de sages delais, d'un i [rangement sincère et d’une courersiou véritable?
C’est dans ces occasions que les maîtres et les parents, s'ils sont véritablement chrétiens, doivent laisser aux confesseurs une pleine et entière liberté , et ne point gêner la conscience de leurs enfants par des interrogations, des plaintes, des reproches, qui peuvent avoir de très funestes suites, et qui souvent donnent lieu à l'hypocrisie et à des •arrilègcs. Ils peuvent et ils doivent les exhorter avec douceur et sagesse à se disposer dignement a une action si sainte , mais se reposer du reste sur la lumière et la prudence du confesseur, qui connaît l’intérieur de l'enfant, cl n’en peut rendre compte à personne.
J'en dis autant des autres communions pendant le cours de l'année. On doit inspirer aux jeunes gens un grand désir de communier souvent : leur faire entendre que le corps de Jésus-Christ devrait être notre pain quotidien ; que les premiers chrétiens approchaient très- fréquemment de l'eucharistie , et y puisaient cette force et ce courage qui leur étaient alors si nécessaires et qui ne le sont pas moins pour nous; et que la grande, ou pluldl l'unique douleur d'un chrétien, doit être de se voir privé de la communion par sa faute : l 'nus se/ nobis tlolor hùc escâ privari *.
Il faut en même leinps leur bien marquer les dispositions nécessaires pour approcher dignement de l'eucharistie; et surtout leur bien faire sentir quel horrible crime c'est que de recevoir dans une conscience souillée par quelque péché mortel l’auteur même de ta sainteté, de trahir encore Jésus-Christ par un baiser comme le perfide Judos, de le crucifier de nouveau en soi , de fouler aux pieds le fils de Dieu , de tenir pour une chose vile et profane le sang de l'alliance par lequel il nous a sanctifiés, et de faire outrage à l’esprit de la grâce. Il n’y a rien qu’on ne doive employer pour inspirer aux jeunes gens toute l'horreur possible pour une communion indigne; et je trouve qu’ils sont bien heureux quand ils remportent du collège un sincère et solide respect pour les sacrements.
Le grand danger des communautés et des collèges , c'est la crainte des jugements humains quand on ne communie point avec leà
1 8. CbrjMi.
autres dans certains jours de Têtes. Un écolier, prés de sortir du collège, me vint voir la veille de Pâques au malin; et dans la conversation il me dit. sans que je lui eusse fait aucune question sur ce sujet , qu'il aurait le bonheur de communier le lendemain. Je l'en félicitai , et lui marquai ma joie , ajoutant que j'étais persuadé que nul motif humain ne l'y portait. Il me fit sentir qu’il n’en était pas tout & fait exempt. Sur cette première ouverture, je louai extrêmement sa sincérité cl la confiance qu'il marquait à un maître à qui il n’était point obligé de se découvrir, ce qui ne pouvait venir que d’un fonds de religion dont je faisais grand cas. L’amitié que je lui témoignais ayant achevé de lui ouvrir le coeur, il m’avoua nettement que la seule crainte des di-cours et des jugements humains le déterminait A la communion le lendemain, ne pouvant soutenir de s’en voir privé un jour de PAques. pendant que plusieurs de ses compagnons, moins Agés et moins avancés que lui, en approcheraient. Je lui promis de lui épargner cette confusion. Il me remercia les larmes aux yeux ,el mc.dit que je lui épargnerais un sacrilège. Je ne manquai pas en elfet, dans l'instruction de l'après-midi, de prier les maîtres et les écoliers de vouloir bien ne pas communier tous ensemble à la graud'messe, mais de se partager comme il leur plairait aux basses messes qui se diraient dans les chapelles , oü personne n’observait ce qui s'y passait. Et celle pratique devint pour moi une règle dons la suite.