DEUXIÈME PARTIE
C’est à la jeunesse que Itollin destinait ses ouvrages. Content d'être utile, il n’aspirait point à la renommée ; et cependant la renommée a proclamé ses travaux. Des mains de l’ad riesdencc scs écrits ont passé dans celles de l’âge mûr ; du sein de la retraite ils se sont répandus dans le monde. Quel charme les recommandait? La bonté. C’est elle qui fait leur éloquence, et celle éloquence vaut bien celle du génie : si elle fait goûter le livre, elle fait estimer cl chérir l’auteur. El qui , en lisant Itollin, |H)urrait ne pas l’aimer? Quelle sagesse dans ses paroles ! quel zèle pour la vertu! quel ton de candeur et de simplicité ! Ce n’est point la naïveté souvent hardie de Montaigne, la bonhomie parfois maligne de La Fontaine ; la candeur , chez Itollin, lient à la pureté de l'âme, à la droiture du caractère; il a confiance en son lecteur. Et comment en effet être sévère avec lui ! il se livre à vous avec tant d'abandon ! il aime le bien de si bonne foi ! Découvrezvous en lui quelques prétentions? aspirc-t-il à faire secte? Non; ce nest point pour lui qu'il s illicite nos hommages; c’est pour la vérité. Il M'impose point par un fastueux langage; il ne cherche point
à nous éblouir par l'éclat d’une pompeuse éloquence; sa force est dans la raison: il n’enlralne point, il persuade; il ne veut point séduire, mais éclairer. Un tel succès n’a rien de brillant ; mais du moins il est pur, et surtout il est durable. L’erreur peut obtenir un triomphe passager quand elle a le talent pour auxiliaire , mais elle ne garde point ses conquêtes. On subjugue l’imagination , on séduit même le jugement ; mais la conscience , plus incorruptible, se révolte contre cette conviction trompeuse , et la vérité, exilée de nos esprits, se réfugie souvent au fond de nos cœurs.
Je n’oserais parler de l’originalité de Itollin : on inc répondrait sans dontc que ce mérite suppose la hardiesse de la pensée, l’énergie et la nouveauté de l’expression. Rarement l’homme sans passions rencontre ces tours vifs , ces traits frappants qui donnent au style une couleur prononcée. Ce sont les secrets de l'imagination; elle ne les révèle que lorsqu'elle es*, émue. Vainement chercherait-on dans les écrits de Rollin ces paroles foudroyantes de Pascal et de Bossuet ; ces surprises de la Bruyère : également éloigne de la gravité sentencieuse de Salluste, de la mâle énergie de Rousseau, il »c rapproche plutôt de la douceur de Fénélon et du grand sens de Plutarque. Cependant sa manière n’est point d’emprunt : la bonté lui tient lieu d originalité. Alors même qu’il ressemble , il n’imite pas. Imitet-011 la bonté? Quelquefois, en lisant ses ouvrages, je me figure entendre un de ces vieillards des premiers âges du monde, assis au milieu de sa nombreuse postérité, raconter à sa famille attentive les faits des temps passés, lui révéler avec une simplicité grave et louchante les vérités de la morale, lui enseigner la vertu, l’hospitalité, la crainte des dieux, le respect pour la vieillesse. Le style de Rollin favorise celle illusion; il a, pour ainsi dire, un parfum d’antiquité. Sa clarté, son abondance harmonieuse et facile, rappellent les beaux siècles de la littérature grecque et romaine, en même temps qu’il retrace quelques trails de la simplicité naïve de nos vieux écrivains. Celte simplicité, chez Rollin, n'exclut point cependant l'élégance ; car l’élégance, qui n’est qu’un choix fait par le goût dans les formes du langage , a plus d’un caractère. Travaillée chez Fléchier , riche et noble chez Massillon , atti que cl précise chez Voltaire, pompeuse chez Buffon, elle est doucement fleurie dans les ouvrages de Rollin. Il écrit dans ce style tempéré qui peutêtre est le plus difficile, parce qu’il est le plus voisin des brillants défauts qui séduisent le goût cl cor rompent le talent. Mais ce n’est pas lui que les affectations du bel esprit peuvent éblouir : s’il a ! quelquefois la richesse de Cicéron et de Quintilicn, 1 jamais il n'iniite ni le faux éclat de Sénèque , ni le
vu
luxe de Pline le jeune. Il s'occupe moins de parer l'expression que d’éclairer la pensée : d’autres cherchent les ornements du style , Roliin se les permet.
L’élégance n’ofTre point le même caractère aux diverses époques de la littérature. D’abord féconde en tours oratoires, en riches développements, elle se resserre et s’observe davantage à mesure que les esprits, plus exercés, deviennent plus prompts à saisir et plus difficiles à satisfaire. L’éloquence oratoire fait place alors à l'éloquence philosophique ; le langage prend des formes plus sévères; l'harmonie est souvent sacrifiée à la concision , la clarté à la profondeur. Le goût a changé sans dégénérer encore : seulement le style, en voulant être plus plein et plus fort , a perdu quelque chose de ses grâces premières . plus travaillé , plus grave , il a moins de franchise et de naïveté. C’est le temps des Tacite, c’est celui des Montesquieu. Quelquefois cependant le génie ou les éludes d'un écrivain Ici font devancer son siècle, ou le retiennent dans le siècle précédent. Ainsi Sallusteel La Bruyère, contemporains de Cicéron et de Bossuet, appartiennent par leur manière à l’époque suivante; tandis que Kollin , écrivant dans le dix-huitième siècle, rappelle dans toute sa pureté l’école de Fcnèlon. Ce caractère , il le doit à l'imitation des écrivains du siècle d’Auguste. Il avait médité toute sa vie ces illustres modèles, et l’on reconnaît aisément qu’il s’est formé sur eux. C’est même un phénomène assez remarquable que Roliin , parvenu au déclin de son Age sans avoir cultivé l’art d’écrire dans sa langue ma- I ternelle, se soit cependant élevé dans la littérature française ail rang des classiques. C’est qu’il avait étudie les anciens, non pour devenir leur rival, mais pour épurer son goût , et pour transporter dans une langue vivante, les tours heureux , la ri chesse d’expression qui caractérisent les idiémes de l'antiquité. C'est qu’à leur lecture il avait joint celle des chefs-d’œuvre du siècle de Louis XIV. Aussi , malgré la juste estime qu’ont obtenue ses essais dans la langue de Virgile , je les considère moins comme des litres littéraires que comme de savantes études. Inventer est la première condition de l’art d’écrire : comment cet art pourrait -il exister quand la source de l’invention est tarie, quand le langage, frappé d’immobilité, ne peut plus seconder par des créations du style les créations de la pensée? Le génie des langues, qui n'est que le génie des sociétés , permet-il de traduire dans l’idiome de l'antique Ausonie les idées que la société fait éclore sous le ciel de la (îaule moderne? Roliin imita ces anciens philosophes qui , pour instruire leur patrie, commençaient par visiter les contrées étrangères, et rapportaient chez eux les usages , les lois dont ils avaient reconnu l’utilité et la sagesse.
Mais les anciens n’ont pu lui servir également de modèles pour la manière d’écrire l’histoire. Écrivant dans un autre but , son talent a dû prendre un autre caractère. L’austérité de Thucydide, l énergique pénétration de Tacite, n’auraient pu convenir à la jeunesse : Roliin a tempéré pour elle la gravité de l'histoire. Toutefois, en se mettant à sa portée, il ne descend point à son niveau : sous des formes agréables il cache une instruction solide; et s’il tend la main à ses jeunes lecteurs, ce n'est point pour s’abaisser jusqu'à eux, mais pour les élever jusqu à lui. La critique lui a reproché une crédulité trop facile : il aurait fallu ajouter que , si Roliin est crédule, c’est surtout en faveur de la vertu. Il trouve dans son âme les raisons de cette confiance. El peut-on le blâmer d'avoir environné de nobles illusions les exemples qu'il offrait à l'adolescence, et qu’il proposait à son admiration? Si, plus lard, sa vieillesse s’est laissée quelquefois surprendre à de fabuleux récits, s’il n’a pas porté le flambeau d'une critique sévère sur des erreurs qui s 'offraient à lui entourées d’autorités imposantes et revêtues des grâces de l’éloquence, fermons les yeux sur ce tribut payé à la faiblesse humaine, et surtout n’oublions pas qu’il nous avait armés contre la séduction avant de se laisser séduire Jamais du moins il ne permit à la partialité d'égarer sa plume et d'altérer les révélations de l'histoire : il juge avec une constante équité les institutions cl les hommes, et son exemple est une leçon pour quiconque entreprend d'instruire les peuples en retraçant leurs annales. Malheur à l’écrivain qui suliorne l’histoire au gré de ses passions! sa gloire n’est jamais qu’une brillante ignominie, et son talent, en immortalisant scs ouvrages, ne fait qu'éteruiser sa honte.
Si je louais seulement un littérateur, j’ai parlé de ses écrits, je pourrais borner là son éloge. Mais Roilin Tut en même temps un sage, un bienfaiteur rie l’humanité, je dois jeter un regard sur sa vie. Elle fut plus utile que brillante; elle offre moins d’événements que de vertus. Né dans une condition obscure, Roliin s’élève aux premières dignités de l’enseignement public. Longtemps il sc dévoue à ce noble ministère; il consacre scs talents à former des hommes pour la société, des citoyens pour la patrie. Une disgrâce est le prix de ses services. Combien l'autorité doit craindre d’être injuste, lorsque, créant des devoirs d’après la voix de ses préjugés ou de ses caprices, elle punit ce que la conscience pardonne, et n’accepte pas la vertu même pour garant de l’innocence! Incapable d’orgueil ainsi que de faiblesse, Roliin sc soumet sans se plaindre, mais sans sc démentir. La persécution a troublé sa destiné sans allcrcrson âme. Il emporte dans sa re-
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traite l'estime publique, la paix du cœur et les consolations de l'élude ; il y trouve encore des devoirs à remplir et des bienraits à répandre. Les regards des rois viennent l’y chercher, et, ce qu'il estimait sans doute davantage, l'amitié vient lui offrir ses douceurs; l'amitié que la Divinité a mise sur la terre pour être la récompense de la vertu. Rollin était fait pour la connaître; elle acheva son bonheur: elle aurait satisfait tous scs vœux , quand la gloire n'aurait pas daigné sourire à sa vieillesse.
Rollin fut heureux ! cette vérité est douce à proclamer : elle réconcilie avec la destinée. Hélas ! la vie de l'homme de lettres est si souvent troublée par des orages! il y a si peu d'intelligence entre le talent et le bonheur! Rollin demanda peu de chose à l’opinion et rien a la fortune. Il trouva cette félicité dans cette vertu dont un philosophe a fait le devoir du législateur, et dont la religion fait le devoir de tous les hommes , la modération.
Essaierai-je ici d établir un parallèle entre deux hommes chers à notre mémoire? Je crains qu’on ne m'accuse d’appeler à mon secours les lieux communs d'une trop facile éloquence. Cependant en j faisant l'éloge de Rollin , pourrais-je être blâmé de prononcer le nom de Fénélon?Ne voyons-nous pas des deux côtés même modestie , même douceur de sentiments et de style, même sagesse dans les désirs, même charité dans le cœur? Si nous voulons peindre un lak nt formé à l'école de l'antiquité , la morale la plus pure alliée à la plus aimable indulgence, la vertu méconnue mais résignée, se consolant par son propre témoignage des rigueurs du pouvoir, l'un et l’autre ne peuvent-ils pas nous servir de modèles? Tous deux ont défendu la religion , et tous deux , par leur vie, plus encore que par leurs écrits, ont rendu témoignage des vérités qu'ils avaient enseignées. Le monde rit de ces hommes du siècle que l'amour des vanités traîne au pied des autels, et qui
en présence de la Divinité n'adorent que la fortune et le pouvoir. Mais l’incrédulité même s'incline avec respect devant la piété, se dévouant à l’instruction de l'adolescence , ou gravant dans le cœur des rois les leçons de l'humanité. Peut-être entre ces deux hommes vénérables, ne peut-on remarquer qu'une seule différence : l'àmc de Fénélon fut plus tendre, celle de Rollin fut plus paisible; l'imagination sensi- ! We et passionnée du premier répandit plus d’éclat sur ses ouvrages; la raison toujours calme du second répandit plus de bonheur sur sa vie.
Au moment où l'Europe, régénérée par les lumières, dépouille enfin les derniers vestiges d'une longue barbarie , où l'esprit humain achève la plus noble des conquêtes, celle de la liberté, où les rois cl les peuples , éclairés par la philosophie , conspirent à fonder ces institutions tutélaires dont les uns attendent leur gloire , les autres leur bonheur , la France devait un hommage public aux sages qui, en l'éclairant, ont préparé ses nouvelles destinées, et l'homme dont les travaux eurent pour objet pendant soixante ans la science de l'éducation n'était pas le moins digne de sa reconnaissance. Aujourd’hui cette science acquiert un caractère encore plus solennel : chez les peuples libres, le ministère de l’éducation n’est plus seulement une fonction honorable, il devient un auguste sacerdoce. L’est elle qui affermira nos institutions naissantes; c’est par elle que la génération qui se prépare s'élèvera pour la liberté et pour la patrie. Liberté! patrie! noms chers et sacrés , soutiens des mœurs et princi|>es des vertus, les sentiments dont vous remplirez tous les cœurs y resteront gravés eu traits ineffaçables : vous frapperez, au sortir du berceau , l'oreille de l'enfant, vous viendrez vous mêler aux études, aux plaisirs de l'adolescence; vous ferez l’orgueil de l'Age mûr, et la consolation de la vieillesse.
AMPLISSIMO RECTORI
ET ALMÆ
UNIVERSITATI PARISIENSI.
Nihil mihi neque optatius contingere poluit, neque honorificentius, amplissimt rector, aima tludiorum parent , quàm ut opus hoc, vestro præsertim hortalu susreptum, ▼estris quoque auspiciis liceret in lucem emitlere. Cupiebam jamdudùro , data occaaione aliquâ, gratum memoremque animum testari erga optimam malrem, cui secundùm Deum omnia debere me proBleor. Educalus in sinu restro a pueritia , vestræque lacté doctrinæ enutritus, si quid est in me litterarum, si quod veritatis studium desideriumqoe pietatis, totum id scilicet e vestris hausi fontibns, quos pauperi æquè sc diviti, ignoto ac nobili palere, ego sum cum mullis jucundissimè eipertus. Vos. me loto sludiorum decursu salubribus imbulum præceptis, per varios deindè magisterii deductum gradus, et honore apud vos summo non semel decoratum, posl multos demùm annos donâstis rude, otiique non ignobilis usurâ frui concessistis.
Sed quoniam ', ut aiebat olim vir sapientissimus, otii nostri non minùs quàm negotii rationem citare opportet ; nec licet homini probo, mullô minùs christiano, langunri desidiæque se dedere: en robis offero fructus otii mci, utinam a nativi academici soli bonilaie non omninô dégénérés I
1 Oral, pro Plane, n. 66.
TRAITÉ DES ÉT
Vestra me auctoritas impulit , ut id operis auderem aggredi. Electus a vobis qui fundatam recèns apud nos graluitnm juventutis institutionem Luilovico XV publicâ oratione gratularer, ronntus eram paucis eiponere quàm acri studio et curé in id hactenùs incubuisset liniversitas, ut poeri apud se non lit— teras mndô, sed multi) magis probitatem et religionem addisrerent. Quod tune non potucram nisi strictim et leviter pro brevitate temporis attingere, id vos jussistis latiùs a me plenibsque tractari. Etsi tanto me oneri imparem sentiebam, malui prudentiam in me quàm obsequium desiderari , meque statim arcinxi ad scribendum, gallico quidem sermone, quo pluribus usui esse possem apud nostrates. Confectum média jam parte op»s judiriis vestris permitto , magnum laboris præmium lalurus, si vobis iile videbilur nonr i i li il posse studinsæ juventuli atfere ulilitatis.
In hisce qui moilô prodeunt libris Fuit mihi præcipua mens (ut nunc de nioribus et pietale sileam), scripto consignera usurpatam jarndiu apud vos docendi rationem ac methodum , quæ vivâ voce hactenùs et per manus tradita ad nos usque pervenit; et hoc qualicumque vestræin instituendis pueris disciplina» moriumentQ verum ac sincerum politioris litleraturæ gustum contra varias temporis vices et
injurias, si fieri polcst, inlogrum et illibolum tueri. Yiget illenunc quidem quàm fn'aximè apud vos et per totam latè fialliam, felicibus seusim increraenlis ad summum ferè apicem perduclus. Clara grandium rerum miraculjs ætas Ludovici May ni, maximè verô pra'slantium ingeniorum feras, repræsenlavit apud nos fausta Augusti temporo, GalliæqUe i|os-> træ nunquàm inlermorituris operibus famnm peperit immortalem. Sed què videtur aitiùs hoc in genere gallici nominis proveda laus, hoc timendum magis, ne, quia conscemlere ulteriùs vix polcst, paulalim décidât, et ad ima labatur. > >
Ausim aulem dicere, serrandi illius déposai curam non minimà ex parte diligcnliæac fidei veslræ esse commissam. Volucrunt augustissimi reges nostri, quibus nobilem ortum debet primogenila regum plia Universilas , pubücam apud vos patere cujuslibel quidem scientiæ ofikinam, sed enrum imprimés artium, quibus ad præclaram dicendi vim acui ingénia et expoliri soient. Istic domicilium, istic pntriam , istic iirmam velut arcem régime rerum eloquenliæ assignàruul , ubi ilia græcis latinisque irrigata funtibus , et antiquo edurata cultu , sub auslcræ sevcrilatis cuvlodia lutô crescerel, nec se casla virgo sineret unquàm cincinnis, et fuco, et merelricio quocumque oruatu contammari.
Creditam vobis fuisse hujus in scribendo salubritatis luendæ curam dum contendo, absit ut officii nostri partes incunsultà temeritate extollere aitiùs videar, quasi absoiulos omnibus numeris oralores, poêlas, philosophos , quo nihil ferè majus ac difficilius est, e schoti8 nostris prodire intulligam Muneris nostri est incboarc et informare opus, prima quasi lineameota ducendo, non ad summam absolutioncm perfectiouemque perducere. Commonstramus pueris certum tinem quô lendere , tutum iter quod iugredi , errores et pericula quæ vitare debeanl. Uuo verbo , flrmissima a nobis tolius operis fundamenta ponuntur: jaciuntur veru, sincera, incorrupta bnnarom omnium artium seoiina. Quanta sit autétn seminis Virtus, quanta fundamenti vis, qaamvis ulraque laleunt et in obscuro sint, tient o non inleiligit. Vei in primis puerorum (rtatulis clucent ingenii quidam igniculi, qui-
bus admonemur nullam esse tam infirmant a'tatem , ifùæ non pèssttjam recto imhoi vet sanè judicandi vim vel a teneris combibere. In perlustrandis Velerum scriptis, modo perilus via; dus ad'it, licet carpentem undique cum deleclu quæ se dant obviant, libare egreginm nalivæ venustatis dorera, aut potiùs amplam colligere frugnm et fructuum ropiam, quibus puerCceu quotidiano cibo aliti, non nisi optirnis assuescanl. Talibus nulrimenlis educata mens, et Velerum sapore tincta, paulatim colorât se ac roboral; ita ut insidens in eis ex ilia familiari Antiquorum consuetudine species pulijiriUuJinis exip)ia«qua:daru , ailèque animia iuipresla , rairiat etiani non coûtantes ad similitudinem su) , eisque atticæ elegantiæ et romaine urbanitatis gustum ingencret.
Inde exislunt summi in republira litleraria viri. Inde pullulavit seges ilia eminentium in unoquoquc genere scriptnrum, quibus tonloperé eniluil Ludovici XI V ætas, et adhuc nostra Oorct : quos auliquum sapere, et Athenarum àc Romte opibus redundanles ad scrjbendum venisse, nulli non vetùstatis paulùm scienti apparent. '**
Est igilur officii nostri, quibus aima sludioruin parens Universités publiram docendi provint iam imposuit, illius nomine et jussu lanqiinm in excubiis stare vigile- et nrrcrlos, ne præclarum illud nalionis nostrie bonuin in ipsà slirpe degeneret : ne juvenes recenlis lasciviæ deliciis captj, pro solide ingenii fruclu nitenles fiosculo» adaptent : ne, ut sunl improvidi et inanibus faciles, fallacibus insidiis, quæ sæpè sub grandium naminum obtcnlu latent, deludi se patianlur. Nam tenduntur undique puerorum iogeniis insidiæ, nisi euræ sit nobis eos contra gli-ccnlcm parvorum judiciorum corruptclam assiduà leclionc Yeterum, neenou et Recentium in quibus pariler succus ille et sanguis incorruptus seuioris eloquenliæ vigeat, velut sepimenlo munirc.
Mas acadeaticl muneris partes nullo non tempore lentArunt tueri diligenter periti, quibus semper floruil Universitas, magislri. Sed faleudum est acriores multù quàm anteà ïùdustriæ faces exarsis-e, ex quo Ludovicus X V, couslitutà apud nos gratuit^ juveniutis educatione , novum se conditorem Uni versitalis , litterarumque et hominum litteratorum mu-
nifirum parentem profcssus est. Nova indè nobis animorum alacrilas, novi SpiritusaCeesserunl. Suppudebat nos. litleraturæ, eloquentiæ, philosophiæ, hoc est ingenuarum omninù et perliberalium arlium magistros , instar mercenariorum, tam nobilem ope ram vendere, et aliam a discipulis, quàm quæ a gralæ voluntatis aOeclu proticiscitur, esigere mercodem ejusmodi laboris, quem nec perireoportet, nec decet venire. Ab hac nos indecoræ servitutis molestia tandem aliquando vindicavit principis opliini propensa in nos benignitas. (lis velut illustribus primiliis ineuntis vitæ et regni primordia consecrare voluit, seseque ad benefaciendi consueludinem tali rudiment» ciercere. Nondùm malurus ad imperandum, dando ccepit agere prinr dpem. Nondùm hnbilis sceptro gerendo manus, nec tractandisadhuc armis idonca, largiundo vires suas féliciter experts est.
Eccujus apud nos auimum non acccndit,
eccui non acres admovil stimulos (am amari digna, (am digna celebrari omni ævo augusti principis beneScentia? Scriptis hi seu græcè, seu latinè, seu galiicè versibus ; oralionibus illi palàm habit is diverso tempore; alii editis in lucem varii generis nperibus ; omnes, quiO prima et præcipua les ab Universitate nobis imponilur, evplelfl privatim olBcii sui vice perdiligenter et perslrenuè: prn suis quisque viribus allaborant ut principis optimi benelidura apud béni memores, nec regia benigni- (ate prorsiis indignos, collocalum esse videalur. Liceat mihi quoque pro meo modulo venire in partent communia induslriæ et æmulationis, et vectigalis operæ aliquid labori cæterorum adjungere, ul ila saltem pateat quàm sim vobis semperque fuiurus sim, amplissime rector, aima slutliorum parens, sincero grali animi alTectu et pleno reverentiæ obsequio addictus ac dévolus.