DR L'ÉTCDB DR LA LANGUE LATINS
C’est l’étude de celte languequi fait proprement l’occupation dcsclasses, et qui est comme le- fonds des exercices du collège, où l’on apprend non-seulement h entendre le latin, mais encore à l’écrire et à le parler. Comme de ces trois parties la première est la plus essentielle, qu’elle prépare et conduit aux deux suivantes, ce sera aussi sur celle-là que j'insisteiai davantage, sans pourtant négliger les autres. Je ne garderai point d’autre ordre dans les réflexions que j’ai à faire sur cette matière, que . celui des éludes mêmes , en commençant par ce qui regarde les premiers éléments de cette langue, et parcourant ensuite toutes les classes jusqu'à la rhétorique exclusivement, qui aura un traité particulier.
Quelle méthode il faut suivre pour enseigner la latin.
La première question qui se présente est de savoir quelle méthode il faut suivre pour enseigner cette langue. Il me semble qu'à présent l'on convient assez généralement que les premières règles que l'on donne pour apprendre le latin doivent être en français, parce qu’en toute science, en toute connaissapce, il est naturel de passer d'une chose connue et claire à une chose qui est inconnue et obscure. On a senli qu’il n’était pas moins absurde et moins contraire au bon sens de donner en lar tin les premiers préceptes de la langue latine, qu’il le serait d'en user ainsi pour le grec et pour toutes les langues étrangères.
Mois faut-il commencer par la composition des thèmes, ou par l’explication des auteurs? C’est ce qui fait plus de difficulté , et sur quoi
les sentiments sont partagés. A ne consulter encore que le bon sens et ta droite raison , il semble que la dernière méthode devrait être préférée. Car, pour bien composer en latin, il faut un peu connaître le tour, les locutions, les règles de cette langue, et avoir fait amas d'un nombre assez considérable de mots dont on sente bien la force, et dont on soit en état de faire une juste application. Or tout cela ne se peut faire qu’en expliquant lesauteurs, qui sont comme un dictionnaire vivant et une grammaire parlante, où l'on apprend par l’expérience même la force et le véritable usage des mois , des phrases et des règles de la syntaxe.
Il est vrai que la méthode contraire a prévalu, et qu’elle est assez ancienne ; mais il ne s’ensuit pas pour cela qu’on doive s’y livrer aveuglément et sans examen. Souveul la coutume exerce sur les esprits une espèce de tyrannie qui les tient dans la servitude et les em pèche de faire usage de la raison ,- qui , dans ces sortes de matières , est un guide plus sûr que l'eiernple seul, quelque autorisé quoi soit par le temps. Quinlilien reconnaît que pendant les vingt années qu’il enseigna la rhétorique , il avait été contraint de suivre en public la coutume qu’il avait trouvée établie dans les écoles , de n’y pas expliquer les auteurs ; et il De rougit point d'avouer qu'il avait, eu tort de se laisser entraîner par le torrent.
On ne se trouve point mal dans l'université de Paris d’avoir apporté en d’autres choses quelques changements è l'ancienne manière d’enseigner. Je voudrais qu’il fût possible d'y faire quelque essai de celle dont nous parlons, afln de s’assqrer par l’expérience si elle aurait dans le public le même succès que je sais qu'elle a eu dans Je -particulier & l-'êgard de plusieurs enfants.
Mais, en attendant , on doit être fort content du sage milieu que suit l'université, en ne se livrant point totalement & une seule de ces méthodes , mais en les unissant toutes deux ensemble, et tempérant l’une par l’autre ; de sorte pourtant qu’elle donne plus de temps , même dans les commencements , à
1 Qulntll. I. S, cip. 5,
l'explication des auteurs qu’il In rnmposilion des thèmes.
I>m premiers éléments dp la langue latine.
Je suppose qu'il s'agit d'instruire un enfant qui n a encore aucune connaissance de Ig langue latine. Je crois qu’il faut s’y prendre de la même mnnièic que pour le grec, c’est-àdire lui faire apprendre les déclinaisons , les conjugaisons, et les règles lesplus communes de la syntaxe. Et quand il est bien ferme sur ces principe?, et qu’il se les est rendus familiers par de fréquentes répétitions , ou le doit mettre pour iors dans I explication de quelque auteur facile , où l’on va d’abord très-lenlemenl, rangeant exactement tous les mots dans leur ordre naturel , rendant raison de tout , genre, cas, nombre, personne, temps, etc. , lui faisant appliquer toutes les règles qu’il à >ues, et à mesure qu'il avance y en ajoutant de nouvelles et de plus difficiles.
Cesl un avis nécessaire pour toul Je cours des éludes, mais surtout pour celles dont je parle maintenant, de bien faire ce que l’on lait, d enseigner a fond ce que l'on a à enseigner, de bien inculquer aux enfants les principes et les règles, et de ne point trop se hâter de les faire passer à d’autres choses plus relevées et plus agréables, mais moins proportionnées à leurs forces. Celle méthode d’enseigner, rapide et superficielle, qui flatte assez les parents », et quelquefois même les maîtres, parce qu’elle fuit paraître davantage les écoliers, bien loin de les avancer, les retarde considérablement, et empêche souvent tout le progrès des éludes, lien est de ces principes des science s comme des fondements d’un édifice ’ : s’ils ne sont solides et profonds, tout ce qu’on bâtit dessus est ruineux, li vaut mieux que les enfants sachent peu de chose , pourvu qu’ils les sachent à fond et
1 « Quoi! ellam admonere supcrvscoum fuerat, mit " ambltiosâ fetlmalianc plerique a poslerlorlbas laclpo- « renl : et dum ostealare dili ipük» cire* ipecioaiora ou- « tuai, compendia morareniur. » iQcistil. lib. 1, c. 7.)
1 « Quaj i,(jramraalii-a) niai oralori fuLuro roadamenia a Sdcliler jecerit, quldquid luperitruxerU , corruel, a (Id. ibid. cap, 6.)
pour toujours. Ils apprendront assez, vite, s'ils apprennent bien.
Pour ce qui est de ces commencements, je n'hésite point i décider qu'il en faut presque absolument écarter les thèmes , qui ne sont propres qu’à tourmenter les enfants par un travail pénible et peu utile, cl à leur inspirer du dégoût pour une élude qui ne leur attire ordinairement de la part des maîtres que des réprimandes et des ( bâtiments ; car les fautes qu’ils fontdansleurs thèmes élnnlirès-fréquentes et presque inévitables , les corrections le deviennent aussi : au lieu que l’explical ion des auteurs et la traduction, où ils ne produisent rien d’eux-mémes, et ne font que se prêter au maître , leur épargnent beaucoup de temps , de peines et de punitions.
J’ai toujours souhaité qu’il y eût des livres composés exprès en latin pour les enfants qui commencent. Ces compositions devraient être claires, faciles, agréables. D'abord les mots seraient presque tous dans leur ordre naturel, et les phrases fort courtes. Ensuite on augmenterait insensiblement les difficultés à proportion du progrès que les jeunes gens peuvent faire. Surtout on aurait soin de faire entrer des exemples de toutes les règles qu’on doit leur apprendre. L’élégance n’est pas ce qu’il y faudrait principalement chercher, mais la netteté. Il s'agit de leur apprendre des mots latins, de les accoutumer aux différentes constructions propres à celte langue, et d’appliquer les règles de la syntaxe à ce qu'on leur fera lire. On pourrait leur donner quelques apophthegmes des anciens, quelques histoires tirées de l'Ecriture sainte, comme celles d'Abel, de Joseph, de Tobio, des frères Machabées , et d’autres pareilles. Les auteurs profanes en peuvent aussi fournir de fort belles. J’en proposerai ici quelques essais fort courts, et qui ne regarderont que les commencements. Je crois que, dans les histoires qu'on (ire de l'Ecriture sainte, on doit ordinairement changer les expressions et les tours qui ne se trouvent point dans les auteurs latins. C'est pour cela que dans l’histoire de Tobie , qui suit, au lieu de, m diebus Salmanasar, j’ai mis, tempore Salmanasar ; et au lieu de, in caplivitate posilus , j'ai mis , in caplivitalem abduclus. Le mot concaptivis n'est pas
latin , non plus que consortium , dans le sens où il est pris ici : j'ai substitué au premier, exilii sui comitibus ; et au second , socictalcm.
Un ancien professeur de l'université', à qui j'ai communiqué mes vues, a bien voulu composer de ces sortes d'histoires tirées de l’Écriture sainte pour l'usage des enfants qui commencent à étudier la langue latine, ou qui sont dans les premières classes. J’espère que le public aura lieu d'être content de ce petit ouvrage, et que l’approbation qu’il lui donnera portera l'auteur à en composer un second dans le même goût, mais d'un genre différent, où l’on ramassera des histoires et des maximes de morale tirées des anciens auteurs, et composées pour l’ordinaire de leurs propres termes, mais dégagées de toutes les difficultés, et proportionnées à la faiblesse des commençants.
Ce second ouvrage a paru depuis la première édition du mien, et l'approbation du public a ratifié mes conjectures. En effet, je ne sache point de livre qui puisse être plus utile et en même temps plus agréable aux jeunes gens. On y a ramassé avec beaucoup d’ordre et de choix des principes excellents de morale , et sur chaque matière des traits d’histoire très-intéressants. Je connais des personnes fort habiles qui avouent que la lecture de ce petit livre leur a causé un trèsgrand plaisir.