CHAPITRE II
DE L'éTt'DE DS LA LARGUE GRECQCE.
Je réduis â deux articles ce que j'ai à dire sur l’élude de la langue grecque. Le premier en montrera l’utilité et la nécessité : le second traitera de la méthode qu’il faut observer pour enseigner ou pour apprendre cette langue. J'avais dessein d’y en ajouter un troisième, sur la lecture d’IIomère. Mais , comme cet article aura quelque étendue, j'ai jugé plus à propos de le rejeter à la Qu de ce uue ie dirai sur la poésie.
L'iilllé et nécessité de l'étude de la langue grecque.
L’université de Paris a eu tant de part an renouvellement des belles-lettres dans l'Oc-
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oiiicnt , et en particulier A celui de la langue grecque , quelle ne peut en laisser languir ou tomber l’étude sans renoncer à ce qui a fait jusqu’ici l'un des plus solides fondements de sa répulation.
On sait que l’université servit d’asile à plusieurs de ces savants que la ruine de l’empire d’Orient fit passer dans l’Italie et dans la France , et elle sut bien en faire usage. Ce fut sous de si habiles maîtres que se formèrent ces grands hommes dont le nom sera toujours respecté dans la république des lettres, et dont les ouvrages font encore tant d’honneur à la France ; je veux dire les Erasme , les Gesner, les Budé, les Etienne, et tant d’autres. De quels trésors ces derniers n'ont-ils point enrichi l'Europe ! Budé surtout communiqua à la nation française le goût de l'érudition grecque, l’ayant reçu lui-mème de Lascaris, son maître, qui avait été employé par Laurent de Médicis à établir celte fameuse bibliothèque de Florence. Ce fut à la sollicitation du maître et du disciple que le roi François I" forma le dessein de dresser une bibliothèque dans sa maison royale de Fontainebleau , et de fonder à Paris le collège royal. Ce sont ces deux établissements qui ont le plus contribué i faire fleurir parmi nous la langue grecque, aussi bien que les autres langues savantes , et généralement toutes les sciences.
C’est une chose étonnante que la facilité et la promptitude avec laquelle ce goût d’érudition se répandit dans toute la France. Comme alors l’université de Paris était presque l’unique école du royaume , et que tous les magistrats étaient élevés dans son sein , ils y puisèrent bierilût l'amour et l’estime de la langue grecque. Chacun à l’envi se piqua d’y réussir et de s'y distinguer. Celte élude fut mise en honneur , et devint universelle. Les progrès en furent rapides et presque incroyables; et l’on est surpris de voir que des jeunes gens de qualité, dans un Age peu avancé, où l’on ne respire ordinairement que le plaisir, faisaient leurs délices de la lecture des auteurs grecs les plus difficiles, et y donnaient souvent tout le temps de leur récréation.
Je ne puis m’empécher de rapporter ici ce que j’en ai lu dans des mémoires manuscrits que feu M. le premier président de Mesmes a
TKAITÉ. DES ÉT.
eu la bonté de me communiquer. C’est Henri de Mesmes, l’un de ses plus illustres ancêtres, qui rend compte de ses éludes dans un écrit qu’il composa pour donner à sa postérité une idée de son éducation. J’espère qu’on me pardonnera cette digression, qui d'ailleurs n'est pas tout à fait étrangère à mon sujet.
v Mon père, dit-il, me donna pour pré- « cepteur JeanMaludan, Limosin, disciple de a Daurat , homme savant , choisi pour sa vie « innocente, et d’âge convenable à conduire i ma jeunesse, jusquesà tantqucjcmesceusse « gouverner moi-même , comme il lit ; car il a avança tellement ses études par veilles et • travaux incroyables, qu’il alla toujours aussi
< avant devant moi, comme il étoit requis a pour m’enseigner, et ne sortit de sa charge,
« sinon lorsque j’entrai en office. Avec lui et « mon puisnè Jean-Jacques de Mesmes, je a fus mis au collège de Bourgogne , dès l'an a 1512 , en la troisième classe ; puis je fis un « an peu moins de la première. Mon père di- « soit qu’en celte nourriture du collège, il « avoit eu deui regards : l'un â la conversai lion de la jeunesse gaye et innocente; l'au-
< tre à la discipline scholastique, pour nous « faire oublier les mignardises de la maison, i et comme pour nous dégorger en eau couo rante. Je trouve que ces dix-huit mois de » collège me firent assez bien. J'appris i ré- « péter, disputer et haranguer en public ; pris « connoissance d’honnêtes enfants, dont suit cuns vivent aujourd'hui , appris la vie fru- « gale de la scholarité. et â régler mes heures :
< tellement que , sortant de là , je récitai en a public plusieurs vers latins, et deux mille « vers grecs, faits selon l’Age : récitai Homère
< par cœur d’un bout A l’autre. Qui fut cause « après cela que j’ètois bien veu par les preo miers hommes du temps, et mon précep- « leur me meuoil quelquefois chez Lazarus « Batfius , Tusanus , Slrazellius , Cnslellanus « et Danèsius. avec honneur et progrès aux « lettres. L’an 1515, je fus envoyé à Toulouse « pour étudier en loix avec mou précepteur et a mon frère, sous la conduite d’un vieil gen- « lithomme tout blanc , qui avoit longtemps a voiagé par le monde. Nous fusmes trois ans « auditeurs en plus étroite vie et pénibles élu- « des, que ceux de maintenant ne voudraient
«*€#> an
« supporter. Nous étions debout à quatre « heures , et aiant prié Dieu , «liions à cinq « heures aux études , nos gros livres sous le « bras , nos écriloires et nos chandeliers à la « main. Nous oyons toutes les lectures jus- « ques à dix heures sonnées sans intermis- « sion : puis venions disner. après avoir en « haste confère demie heure ce qu’avions écrit « des lectures. Après disner, nous lisions, par « forme de jeu, Sophocles, ou Aristophaocs, <t ou Euripides, et quelquefois Dèmosthéncs, « Cicero, Yirgilius, lloratius. A une heure, « aux études; à cinq, au logis, à répéter et « voir dans nos livres les lieux alléguez , jus- « ques après six. Puis nous soupions, et li- « sions en grec ou en latin. J.es fcstcs 5 ]a « grande messe et vespres. Au reste du jour , « un peu de musique et de pourmenoir. Quel- « quefois nous allions disner chez nos amis « paternels , qui nous invitoienl plus souvent 0 qu'on ne nous y vouloil mener. Le reste du « jour , aux livres; et avions ordinaires avec fl nous Hadrianus Turnébus et Diunisius Lam- « binus, et autres savants du temps. »
J’ai cru devoir insérer ici tout entier ce morceau précieux , non pour le proposer aux jeunes gens comme un modèle qu'ils doivent imiter, notre siècle énervé par les délices et par le luxe n'étant plus capable d’une éducation si mâle et si vigoureuse, mais pour les exhorter b le suivre au moins de loin , i s’endurcir de bonne heure au travail, à mettre à profit ces premières années de la jeunesse , à faire cas de l’amitié des gens de lettres, b ne pas regarder comme perdu le temps que l'on donne à entendre les auteurs grecs, et à se bien persuader que c'est par de telles études qu’on se met en état de faire honneur b sa patrie , d'en remplir dignement les premières, places, et de faire revivre ces nobles sentiments de générosité et de désintéressement , qui ne subsistent presque plus que dans les livres et dans l'histoire ancienne On sentait bien alors que tout ce qui va b la perfection des sciences conlribue aussi à la
1 Lt même manuscrit rapporte une belle action de ce Henri de Mesmcs. qui rcfu»a une place considérable que le roi lui offialt , et par ce généreux refus la conserva à celui qui l'avait oecopée jusque-là , et dont le rôtirait tu quelque mécontentement.
splendeur cl à la gloire d'un État , et qu'il ne peut y avoir de véritable érudition sam, une profonde connaissance de la langue grecque.
En cflel , par où les Romains vinrent-ils à bout de conduire tous les arts, el la langue laliue même, à ce point de perfection où l'on sait qu'ils furent amenés du temps d'Auguste, et par in de procurer à leur empire une gloire non moins solide, ni moins durable que celle de leurs conquêtes? Ce fut par l'étude de la langue grecque.
Térence fut le premier qui essaya d’en faire passer toutes les grâces et loule la délicatesse dans le langage romain, jusque-là grossier el barbare; et il y réussit si parfaitement par les pièces de théâtre qu’il donna; toutes copiées d après le poêle grec Ménandre, qu'elles furent jugées dignes de Lélius el de Scipion, qui étaient alors les plus estimés à Rome pour I esprit et pour la politesse, et à qui le public les attribua. Il me semble qu’on pourrait fixer â celte époque la naissance du bon goût parmi les Romains , qui commencèrent à rougir des applaudissements qu’ils avaient donnés à la grossièreté d Ennius et de Pacuvius et de la trop grande patience avec laquelle ils avaient écoulé les mauvaises plaisanteries de Piaule.
Ce fut à peu près dans le même temps que trois hommes * , députés d’Athènes à Home pour des affaires publiques , y tirent tellement admirer leur éloquence, et inspirèrent à la jeunesse romaine uu si grand désir de savoir, que, tout autre plaisir et tout autre eiercice étant comme suspendus , l’étude devint la passion dominante. Elle fut portée si loin, que Caton le censeur craignit que les jeunes gens ne tournassent toute h ur vivacité de ce côtélà , et ne quittassent ta gloire des armes et de bien faire pour l’ honneur de savoir et de bien dire *. Mais Plutarque ajou le aussitôt que l’eipérience fit voir tout le contraire, et que. jamais la ville de Rome ne fut si florissante, ni
1 At noslri proavl Plautinos et numéros et Laudavere salea, nlmiùm patienter ulrumque, Nedicam Huilé, mirait.
(Hoeàt. de Art. poet.)
* Carnéade, CriloliQj, Diogène, Ub. S de Ont. n. 155.
8 Amyot.
«on empire si grand, que quand les lettres et les sciences grecques y furent en honneur et en crédit.
L'intervalle qui s’écoula jusqu'à Cicéron , et qni fut environ de quatre-vingts ans , servit à mûrir, pour ainsi dire, l’esprit des Romains, par l'application sérieuse qu'ils donnèrent à l'étude de la langue grecque , et le mit en élat de produire cette fertile moisson d'écrits excellents en tout genre, qui depuis a enrichi tous les siècles. La Grèce alors devint l'école ordinaire des meilleurs esprits de Rome, qui songeaient à se perfectionner dans les arts , et elle conserva cette réputation assez avant sous les empereurs. Quoique Cicéron eût mérité un applaudissement universel par ses premiers plaidoyers , il sentit quril manquait encore quelque chose à son éloquence. Déjà fameux orateur à Rome , il ne rougit point de redevenir le disciple des rhéteurs et des philosophes grecs sous qui il avait étudié dans sa jeunesse '. Athènes, qui jusque-là avait été regardée comme le domicile de toutes les sciences, et comme la capitale du monde entier pour l’éloquence, vil avec-douleur, quoique avec admiration , que ce jeune Romain , par un nouveau genre de conquête * , allait lui ravir tout ce qui lui restait de son ancienne gloire, et enrichir l'Italie des dépouilles de la Grèce.
il en sera de même dans tous les siècles. Quiconque aspirera à la réputation de savant sera obligé de voyager, pour ainsi dire, longtemps chez les Grecs. La Grèce a toujours été et sera toujours la source du bon goût. C'est là qu’il faut puiser toutes les connaissances, si l’on veut remonter jusqu'à leur origine. Eloquence., poésie, histoire, philosophie, médecine , c’est dans la Grèce que toutes ces sciences et tous ces art» se- sont formés , et, pour la plupart, perfectionnés; et c’est là qu'il faut les aller chercher.
Il n’y aurait qu’une chose que l'on pour-
1 Plat, dans U vte de Cic.
* César disait de Cicéron, non solùm princ/pan alque invtntortm copia fuisse, sed etiarn bene meritum de populi romani nomme et dignitate . Quo enim uno vincebamur à uic/d Gr<rcïd, ajoute Brutus, id aut erepfum illis est, aut certè nobis et im illis communicafum. (BmiJT. d. 25V)
rait opposer à ce sentiment, qui serait de dire que le secours des traductions nous met en état de nous passer des originaux. Mais je ne crois pas que cette réponse puisse contenter aucun esprit raisonnable.
Car premièrement, pour ce qui regarde le goût, y a-l-il quelque version, surtout parmi celles qui sont latines, qui rende tout l’agrément et toute la délicatesse des auteurs grecs? Est-il même possible , principalement quand il s’agit d’un ouvrage de longue haleine, qu’un interprète y fasse passer toutes les beautés de son auteur? et n’y trouve- 1- on pas toujours un grand nombre des plus belles pensées affaiblies, tronquées, défigurées? De telles copies, dénuées d’Ame et de vie, ne ressemblent pas plus aux originaux qu'un squelette décharné à un corps vivant.
Homère , ce poète si sensé, si harmonieux, si sublime, devient puéril, insipide et d’une bassesse insupportable , quand on entreprend de le traduire en latin mot à mot *, comme saint Jérôme l’a sagement remarqué. Il ne faut qu’ouvrir le livre pour s’en convaincre. J’en rapporterai seulement quelques exemples.
Longin, dans son traité dn sublime 3 .pour faire voir combien ce poète , en peignant le caractère d’un héros , est héroïque luimême , c’est l’endroit de l'Iliade où Ajax3, au désespoir de ne pouvoir signaler son courage dans l’épaisse obscurité qui avait couvert tout d’un coup l'armée des Grecs , demande que le jour paraisse, pour faire au moins une fin digne de son grand cœur.
ZiG rrùrtp , iWà ail pHaai ira àipnç xnaç A yatûi ,
lloinoov à’ aiOpi jv, 3ô; à’ àfSntfxo'Btv iSiabaf
Év Si fini xcu oàiooov, iati vu roi tOaSiv oûrwr.
Jupiter pater, sed lu libéra a caligine filios Achivorum, facque serenitatem.daque oculis
f a Quod St eut non videlnr lingual graliam interpre- « laiterie mulari, llomerum ad verbum exprimai In la- ., Unum. Plus allquid dlcam : eumdem In auà tlnguâ a prose verbla Inlerpreielur. Videbii ordlnem ridiculum, « ei poctam eloqueniiaslmum vix loquenlcm. a (8. Hn- BOS. prœf. Chronici.)
• C. VIII. g 10.
• lllad. XVII, 615.
«*ff* 100
xidere : inque luce e liant perde (nos), quandoquidem libi plaçait t'Ia. Se scnl-on forl ému par celle version? Celle de M. Despréaux esl tout autre
(■rond dieu! chasse la nuit qui nous couvre les yeux. Et combats contre nous à la clarté des deux.
Mais il s'en faut bien que le dernier vers ne rende toute la beauté cl toute l’énergie du grec : e’v 3i pu *«i itinu. Il ne dit pas combats contre nous , mais fais -nous mime périr, si lu le veux, pourvu que ce soit en plein jour. Ajax ne craint pas même île périr, pourvu que ce soit d’une manière glorieuse , et en se signalant par quelque grande aclion.
Le mime Longin entre plusieurs exemples de pensées sublimes , qui est la partie où U remarque qu’Homère o principalement excellé, cite cet endroit de l’Iliade 1 où le poêle fait la peinture du combat des deux.
L'enfer l'émeut an bruit de Neptune en furie.
Platon sort de ion trône. Il pAUt, il s'écrie :
Il a peur que ce dieu dons cet affreux séjour l)'un coup de sou trident ne fasse entrer le jour,
El par le ceotre ouvert de la terre ébranlée.
Ne fasse voir du Slyx la itve désolée;
Ne découvre aux vivants cet empire odieux,
Abborré des mortels, et craint même des dlrux."
Je ci ois qu 'Homère lui-même ne désavouerait pas des vers si harmonieux et si magnifiques. Mais que penserait-il de celte traduction latine , qui est cependant très-fidèle ?
Tintait wn m-lititt rot infcnvriiro Plulo.
Té’rriut# autrui l* ihri/uo dcMii'it, <*l Hamaril, nu ri tlcsoprr Tenant irueinderrt X>|>tuno», qu.i*a»tnr terra-,
Di.inu* auir-tn ipsum roufîaiiba* fl imiuor alibtif apparcrent Hnnvn.br, ujualitîn-, t)ua«|ue liorrent dû rtiam.
Est-rc donc le même homme qui parle ? cl Homère peut-il être si différent de lui-même? Longin, en li.ant cette version, se fût-il écrié comme il fait ? « Vojex-vous , mon cher Té-
• c. VIII. * a.
• Mb XX, v III
« rentianus, la terre ouverte jusqu'en son « centre, l’enfer prêt à paraître, et toute la « machine du monde sur le point d être dé- « truite et renversée, pour montrer que dans « ce combat le ciel, les enfers, les choses u mortelles et immortelles, tout enfin com- « battait avec les dieux, et qu’il n'y avait rien u dans la nature qui ne fût en danger ? » Voyons dans la prose quelque endroit plas simple où le latin rende mal la force de quelques mots grecs. S. Chrysostûme1 remarque , dans une de ses homélies au peuple d’ Antioche, que c'est un effet particulier de ta bonté de Dieu d'avoir voulu que certains plaisirs , que les riches souvent ne peuvent acheter au prix de l’or et de l’argent , fussent comme la suite naturelle du travail et du besoin. Après avoir parlé du boire et du manger , dont la soif et la faim sont le plus sûr assaisonnement : u Uri riche , dit il, couché mollement u sur la plume , tâche en vain de reposer ; le a somme semble le fuir, et ne lui permet pas a de fermer les yeux pendant toute la nuit, a Au contraire , le pauvre qui a travaillé tout a le jour, avant presque qu’il ait laissé tomber a sur le lit ses membres accablés de fatigue, a est saisi tout d'un coup d’un doux et prompt a sommeil, sommeil véritable, sans inlerrupa lion, et comme entassé , qui est la juste rea compense de ses longs travaox, ibpios, ni a ûâüv, xft; yvûaiov rôv uirvov îSiÇiito. » CeS mots sont ainsi traduits dans le latin ; integrum et suavum, et tegilimum somnum tuscipit Je ne sais si je me trompe , mais il me semble qu’il y a une grande beanlé et une énergie particulière dans l’épithète «&pàoc , qu’il est difficile i notre langue de bien rendre. Ce mot signifie densut, slipalus, acervatim congeslut, derepenti et uno celui ictu tolui ingruens : telle est la force de cet adjectif. Le sommeil du pauvre ne vient point lentement, par artifice, et comme par machine ; c’est le terme qu’emploie S. Chrysostôme pour les riches , iroUà pixitmifiivoi : il est prompt , serré , entassé, et, comme on dit , tout d'une pièce. Il n’y a point de temps perdu ; tout est mis * profit. Les inquiétudes, les agitations, les crudités n’en dérobent pas un moment. Le mot
1 Homll. ad pop. anllocb
«*4fr *01 *<H»
integer , que la version latine met an lien de demtu, stipatus , rend- il le sens du grec, et Unit-il sentir la beauté de la pensée?
Mais, quand on se bornerait & ne chercher dans lea anciens que les choses mêmes, et les pensées rendues seulement avec fidélité et exactitude, est-on sûr de trouver cet avantage dans les traductions? A quelles absurdités ne s'expose-t-on point quand on ne cite les auteurs grecs que sur la foi des imprimeurs ou des traducteurs, quelque habiles qu’ils soient !
Il y a une infinité de fautes d'impression que la plus légère teinture de la langue grecque ferait d'abord apercevoir. Une version fait dire à Elien ', dans un endroit de ses histoires diverses, où il fait l’éloge desplus grands personnages de la Grèce , qu'ils ont été de trèsgrands menteurs : Omnium Grœcorum clariuimi prœstanlissimique viri per lotam citant in exlrema mendacitale versati su nt. Il faut lire mendicitate, tritieTitm'. Une autre fait dire à Aristote que les mœurs du père et de la mère sont un principe de physionomie pour juger de leurs enfants. Quidam aulem ex moribus a partnlibut , etc. , pour ex moribus apparenlibus. Ext»» tniyttrnpix^v àôw»*. Quel sens peut-on donner à cet endroit de Platon dans le dialogue intitulé , Io : Musa minimè afflalos ipsa facit. Per hos minimè afflalos alu afflanlur. Boni potlae non ex arle, tei minimè afflati pulchra poemata dicunt. Le mot grec Mtoi, qui signifie numine afflatus , fait voir que le compositeur avait dans sa copie le mol numine , pour lequel il a mis trois fois minime.
La connaissance de la syntaxe grecque préviendrait d’autres fautes. Ces vers d'Homère *,
Aùràp r/uyt
Atvoop A’xtXXijt fit dip.tv x&Xov
sont ainsi traduits dans le latin : sed ego precabor Achülem deponere iram. Cependant il est certain qa’a'xùMi n'est point gouverné
• Edit, de Bile. en. 1555, p. «31.
• Artn. de pbys. edll. Perle 16-20, p. 1109.
> Edit. tel. Bull. an. 1501.
• IlUd.l. 1.T.S8J.
par iieeount , dont le régime est toujours un accusatif, et qu’il se rapporte à piOipiv Al ego supplex rogote, ut in gratiam Acbillis dimittas iram. ou bien ut iram contra Achillem tuam dimittas.
Mais ces fautes sont trop subtiles : on en trouve de bien plus grossières. Celle que le père Vavasseur', jésuite, reproche au père Rapin, son confrère et son ami , parait à peine croyable. Ce dernier, dans scs rèllexions sur la Poétique d'Aristote, raconte celte histoire au sujet d'Homère. « Ce fut autrefois sur cet « original (il parle d'un endroit du premier « livre de l’Iliade) qu’Euphranor forma son « idée pour peindre l’image de Jupiter. Car,
« pour y réussir mieux, il alla à Athènes cono sulter un professeur qui lisait Homère & ses « écoliers; et, sur la description que fait ce « poète d'un Jupiter avec ses sourcils noirs,
« avec ce front couvert de nuages , et cette a tète accompagnée de tout ce que la majesté a a de plus terrible, ce peintre fit un portrait a qui depuis fit I admiration de son siècle ,
« comme t'écrit Appion le grammairien. » Eustathius *, dont cette histoire est tirée , dit que le peintre, étant sorti de chez le professeur, plein de l'idée que l'explication de cet endroit d’Homère avait fait naître dans son esprit, traça sur-le-champ l’image de Jupiter, xai àntt,'>v typayi , et egressus pinxit. Au lieu de cela, le P. Rapin transforme le participe «ivutv en un nom propre Appion ; et il explique typait, par scripsti. Cette faute a été corrigée dans une édition postérieure.
Je ne sais pourquoi les noms propres sont asscx souvent maltraités par les interprètes. Ces deux vers d'Hésiode, cités par Plutarque au 9e livre des propos de table, question 15,
ËX/nvof 3’ iyivovro âiptarôirolot ftatjùvtç Aüpôort, EoüéôffTi, xai jCtoioç inmcyùppv;,
qui signifient que A Bette n naquirent trois fils, tous rois, rendant la justice aux peuples:
» Dans ses rprosrque* «ir les Réflations Un P Rapin, Ut. 28.
v Eusuh. in tiom t 1, fol. 1 15.
«XÜ> 102 <$*«*
lavoir, Bonis, Xuthus , et Æolus, vaillant cavalier, sont ainsi traduits par Amyot :
Les rois des Grecs, Xuthus le Dorico, Hippiocharme, aussi Eolien-
où l’on voit que de trois frères il n’en fait qne deux, et défigure leurs noms d'une étrange manière.
Celte faute m’en rappelle une autre à peu près de même genre , que je me souviens d’avoir vue dans une vieille traduction de Diodore de Sicile, où le mot grec ëySooc , qui signiQe huitième, est traduit comme un nom propre de roi , qui, selon le traducteur, s'appelait Ogdoüs.
M. Desprèaux , dans ses remarques contre le censeur d’Homère et des Anciens, relève un grand nombre de pareilles bévues, que son adversaire , fort estimable d’ailleurs , a faites pour n’avoir lu les écrivains grecs que dans les traductions latines.
Un homme tant soit peu jaloux de sa réputation osera-t-il après cela faire usage d'aucun endroit des auteurs grecs sans con-s nallre leur langue par lui-même? et ne s’exposera-t-il pas h adopter les fautes les plus grossières, s’il n’a pour garants que les interprètes?
Celle témérité devient bien plus dangereuse et bien plus condamnable quand il s'agit de matières de religion et de dogmes , où souvent un mot , et quelquefois même une lettre est décisive.
Le savant interprète qui a traduit les homélies de saint Chrysostôme sur l’épitre de saint Paul aux Ephésiens1, en expliquant cet endroit: iv xoïç âjMi; xc upotc oùo i xadapoi TTOÀ/.axtf ovnr irpoffip%ta9r iv Si rw nûa'/tt , xàx ç te xno) fiivov 'jp.iv TtpiuLxi, lui donne, parle retranchement d’une virgule qui devrait être après oô3i , un sens tout contraire à celui de saint Chrysostôme*. In aliis temporibus, quum ne mundi quidem silii, acceditis: in Faschate autan , etiamsi aliquod scelus a vobis sit adtniiium, acceditis. C'est-à-dire': « Dans les
1 Gentien Hervei.
• Homll. 3, In cap. 1.
« autres temps , lors même que vons n’êtes « point purs, vous vous approche* de l’Ett- « charislie; et, à la fête de Piques . quoique « vous ayez commis un crime considérable , a vous oseï en approcher. • Ce qui ne fait aucun sens raisonnable, et n’est point conforme nu telle, qui est tel : In aliis lemporibus strpé quum mundi sitis. non acceditis; in Faschate autem, quum scelus a vobis aimissum est , acceditis. C’est-à-dire : « Dans a les autres temps, souvent vous ne coramu- « niez pas, quoique vous soyez bien disposés; « et le jour de Pêques vous communiez , « quoique vons ayez commis des crimes. » C’est ainsi que l’a traduit M. Arnaud, docteur de Sorbonne , dans le livre qui a pour litre : Traditions de l'Eglise sur la pénitence et sur la communion'. El l’on voit par cet exemple combien il est important de consulter les originaux, et de ne les pas citer sur ia foi des traducteurs.
Il faut l’avouer, et cette seule réflexion suffit pour démontrer la nécessité de l’intelligence de la langue grecque, il n’est pas possible d’entrer dans une élude sérieuse de la théologie sans le secours de celte langue. Sera-t-on en étal de défendre la vérité contre les hérétiques, si l’on ne peut se servir des armes que nous fournissent contre eux les pères grecs? Ne pourrn-l-on pas même se trouver tout d’un coup arrêté sur quelque passage du nouveau Testament, où le sens de la Vulgate, incertain quelquefois et supendu, a besoin d’être déterminé par le texte original? En un mot, combien y a-t-il de difficultés qui ne peuvent se résoudre que par cette seule voie?
Le mot npvrxwtZv J, employé par les pères du second concile de Nicée pour marquer le culte qu’on peut rendre aux images, bien différent de ïtLxptbuv, déterminé, dans les auteurs sacrés et ecclésiastiques, ou culte et à l’honneur souverain qui n’est dû qu’à Diéti ; ce premier mot, dis-je, h’aürait pas tant révolté les évêques des Gaules et d’ Allemagne , dans le concile de Francfort *, si dans cessiè-
' Psg. 180.
> Ad. 7. t. 7, conc. Lab. psg. 35).
> Csa. ii t. 7, pas. 1037.
«*#> 103 Afe»
ries d'ignorance la langue grecque eût été plus connue , et si l'on avait été en élat de lire les artes de ce concile de Nicée dans la langue originale.
Il y a une dispute entre les théologiens pour savoir si, pendant les sept premiers siècles. on donnait l’absolution immédiatement après la confession des péchés soumis à la pénitence canonique, ou si l'on ne la donnait qu'après que la satisfaction était achevée. Il ne s agit point, dans cette question, des cas de nécessité pressante. Ceux qui soutiennent le premier sentiment apportent, entre autres, un passage de l'histoire ecclésiastique de Sozomène'.oû, selon la version de Christophorson , et même selon celle de M. de Valois , on lit, en pnrlant du pénitencier de l’église de Constantinople , qu'après avoir imposé la pénitence à ceux qui s’étaient confessés , il leur donnait l'absolution , en les chargeant d’accomplir dans la suite la satisfaction. Absolrebal confidentes a se ipsis panas criminum e.racluros. Mais le participe grec, qui est à l’aoriste, décide la question , et fait voir qu on ne donnait l'absolution qu'après que la pénitence était accomplie : «jriLu». TTStp à <7ÿWV «utüv Tr,» ftùtr,» ffVrrfafaujVOvr : dimittcliat , r/uum a se ipsis méritas panas exegissenl. C'est ainsi que le savant P. Pétau traduit cet endroit dans ses notes sur saint Epipbane *, et M. de Valois est obligé, dans ses remarques , de substituer à l’aoriste le futur sinpnttjitmiç , sans rien apporter qui autorise ce changement. Quand on ignore le grec, comment se tirer de ces difficultés?
La différente interprétation de quelques mots grecs dans le décret du concile de Florence pour la réunion de l’église grecque avec l’église latine donne aussi lieu à une dispute assez célèbre. Après avoir rapporté les prérogatives du pape, et avoir dit qu’il a reçu de Jésus-Christ un plein pouvoir, le concile ajoute : xk9 gv rpti m xxt h vote irpxxrixoie rwx
OlXOUptVtxâv OlrtiWl , X0(1 h TOÏf îtpOÏÇ XKVGffl
La difficulté est de savoir si ces premières paroles *«î’ î» spires restreignent
' Mb. 1. cap «fl.
• A4 ber», b», p. Ml.
le pouvoir du pape dans les bornes marquées par les conciles et par les saints canons, comme les Grecs l’entendaient, et comme
I entend encore l’église de France ; ou si elles confirment seulement par l'autorité des conciles et des saints canons les prérogatives du pape; en un mot, s'il faut traduire qckmadsionrsi etiam in gratis œcumenicorum conci liorum et in sacris canonibus continetur ; ou, comme le traduit M. de Lauuoy1 : juxta ecm moulu , qui et in geslis acumenicorum conciliorumet in sacris canonibus continetur.
II est fâcheux pour un théologien de demeurer court dans ces sortes de questions faute d’avoir donné quelque temps à l’étude de la langue grecque.
Je me suis un peu étendu sur cet article, parce qu’il me parait d’une extrême importance et pour les maîtres et pour les écoliers. La plupart des pères regardent comme absolument perdu le temps qu'on oblige leurs enfants de donner 1 cette étude, et ils sont bien aises de leur épargner un travail qu’ils croient également pénible et infructueux. Ils avaient, disent-ils, appris aussi le grec dans leur jeunesse, et ils n’en ont rien retenu. C'est le langage ordinaire, qui marque assez qu’on n’en a pas beaucoup oublié. Il faut que les professeurs luttent contre ce mauvais goût, devenu fort commun, et qu’ils fassent de continuels efforts pour ne pas céder b ce torrent qui a déjà presque tout entraîné. Et pour cela ils doivent se bien convaincre euxmêmes que le soin qu'ils donnent à enseigner celte langue est une partie essentielle de leur devoir. En effet, l'université doit se regarder comme responsable au public de ce précieux dépôt qui lui a été confié, et comme chargée de conserver à la France une gloire que les nations voisines semblent vouloir nous enlever. Heureusement la libéralité du roi , qui a rendu l’université indépendante du caprice des parents, en lui assurant sur les messageries, qui est son ancien patrimoine, un honnête revenu, l'a mise par là plus en élat que jamais de faire fleurir l’élude des langues et des sciences.
> Eplsl La un «ni. angllc. f. W3.
En supposant ainsi l’utilité et la nécessité de l’étude de la langue grecque, il s'agit maintenant de voir comment il faut s’y prendre pour l'enseigner oui jeunes gens.
AKT1CLE U.
De la méthode qu’il faut aulrre pour enseigner lê langue grecque.
Avant que de proposer aucune règle sur ce sujet, je crois devoir avertir ceux qui songent à apprendre la langue grecque, que, de toutes les études qui se font dans les collèges, celle-ci est la plus facile, la plus courte, celle dont le succès est le plus assuré , et où j’ai toujours vu réussir presque tous ceux qui s’y sont appliqués. Ce qui rebute ordinairement de cette étude et les maîtres et les disciples, c’est l’idée qu’on s'en forme d’abord comme d’une entreprise très-longue et très-pénible. L'expérience du contraire devrait bien avoir dissipé ce faux préjugé. Une heure seule, consacrée régulièrement chaque jour à ce travail, met les jeunes gens, qui ont quelque esprit, en état d'entendre très-raisonnablement celle langue au sortir des études. On en voit dans plusieurs collèges répondre publiquement en rhétorique, les uns sur un grand nombre de harangues de Démosthène, les autres sur cinq ou sii vies de Plutarque, quelques uns sur l’Iliade ou sur l’Odyssée d’Homère , et quelquefois sur l'une et l’autre ensemble. Quand è cet Age on est parvenu A ce point, il n’y a plus d’auteurs grecs dont la lecture doive effrayer dans la suite.
La coutume qui s'était introduite dans les collèges de faire consister toute cette étude dans la composilion des thèmes grecs, avait donné lieu sans doute au dégoût et A l’aversion presque générale pour le grec qui y régnait autrefois. L’université a bien senti que, l’usage de celle langue étant maintenant réduit à l’intelligence des auteurs, sans que nous ayons presque jamais besoin ni de la parler ni de l'écrire , elle devait principalement appliquer tes jeunes gens A la traduction.
Le premier soin des maîtres est de leur
enseigner A bien lire le grec , et de les accoutumer d’abord A la prononciation usitée de tout temps dans l'université , et recommandée si soigneusement par; les savants, l’appelle ainsi celle qui apprend A prononcer comme on écrit , et qui fait que , pour entendre ce que d’autres lisent , on n'a pas besoin de joindre le secours des yeux à celui des oreilles.
Quand ils seront un peu plus avancés , il faudra aussi leur apprendre A écrire le grec correctement et nettement , A distinguer les différentes. figures, soit des lettres, soit des syllabes, leurs liaisons, leurs abréviations; et pour cela leur mettre devant les yeux les plus belles éditions , et même , quand on en trouvera l’occasion , leur faire voir dans les bibliothèques les anciens manuscrits , dont la beauté surpasse quelquefois celle des impressions les plus achevées. Ce petit travail peut leur tenir lieu de récréation , et leur servira beaucoup dans la suite. J'ai vu des jeunes gens en faire leur plaisir, et y réussir parfaitement.
Quand ils sauront passablement lire, il faut leur faire apprendre la grammaire. Elle doit être courte, nette, française, puisque c'est pour des enfants qui n’ont pas encore beaucoup de connaissance de la langue latine. Celle dont l’on se sert dans la plupart des collèges de l’université me parait fort bonne. Je souhaiterais seulement qu'elle fût imprimée en caractères plus gros et plus éclatants. Une belle édition, qui frappe les yeux, gagne l’esprit, et par cet attrait innocent invite A l’étude. Les maîtres distingueront aisément dans la grammaire ce qu’il faut faire apprendre d’abord , et ce qu’il faut réserver pour un Age plus avancé.
Ils ne peuvent trop insister, dans les commencements, sur les principes , sur les déclinaisons et sur les conjonctions. Il faut que les enfants soient rompus par l'usage sur la formation des temps; qu'ils les récitent tantôt de suite, tantôt en rétrogradant ; que toujours ils rendent raison des différents changements qui y arrivent, et fassent l’application des régies.
Quand ils ont quelque âge et quelque intelligence du latin , cet exercice peut ne durer
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que trois mois , et encore moins : après quoi on peut leur faire eipliqucr l'évangile grec selon saint Luc , mais en allant d'abord trèslentement , et rebattant longtemps et souvent les principes. Si l'on commence dès la sixième à les mettre dans le grec, comme je crois que cela est à propos , on consacrera celte première année entière à leur faire apprendre les principes, sauf, vers la On de l'année, à leur faire expliquer trois ou quatre fables d'Ésope , pour leur donner un peu de courage. On continuera la même méthode en cinquième , où on leur fera répéter plus d’une fois tout ce qu ils auront vu dans la classe précédente, mais en y ajoutant quelque chose, et y semant de la variété pour éviter le dégoût. Je crois qu'il suffira, pendant ces deux années, de donner chaque jour dans la classe une demi-heure à cette étude.
S'ils ont été ainsi instruits, ils n'auront pas de peine è expliquer en quatrième l'évangile selon saint Luc, ou les Actes des Apôtres, en tout ou en partie. Quelques dialogues de Lucien , quelques endroits choisis ou d’Hérodote , ou de la Cyropédic de Xénophon , et quelques traités d’Isocrate, trouveront leur place en troisième.
Comme la difficulté de la langue grecque consiste principalement dans la grande multitude de mots qu’elle renferme, et qu’il ne faut pour les retenir que de la mémoire , qui pour l'ordinaire ne manque pas aux jeunes gens, c’est une fort bonne méthode de leur faire apprendre les racines grecques mises en vers français , et de les leur faire citer a chaque mot qa’iis voient. On peut diviser ce livre en deux parties : leur en faire apprendre la première en quatrième, l’autre en troisième, et leur faire répéter le tout en seconde et en rhétorique. Cet exercice, qui ne les chargera pas beaucoup, leur donnera une facilité incroyable pour l’intelligence des auteurs , et leur tiendra lieu d’un long usage , qui ne s’acquiert qu’à force de travail et de temps. Il ne faut pas négliger de leur apprendre, chemin faisant, les étymologies des mots latins et des mots français dérivés du grec.
On pourra en seconde faire expliquer quelques livres d’Homère, ou quelques extraits des vies de Plutaque. J’inclinerais beaucoup
plus pour le premier, non-seulement parce qu’il est plus facile et plus à la portée des jeunes gens , mais encore parce qu’il convient pour lors de leur donner quelque teinture de la poésie grecque et quelque idée d’un poète si ancien et si excellent ; et qu’il ne serait pas raisonnable qu’ayant à voir Virgile presque dans toutes leurs classes, la source où il a puisé tout ce qu’il a de plus beau leur demeurât inconnue. J’aurai Heu d’en parler ailleurs plus au long. Ce qu’il y aurait à craindre , c’est que les jeunes gens , que la nouveauté du langage et des dialectes embarrasse dans les commencements, étant plus sensibles aux difficultés qu’aux beautés du poète, n’en prissent d'abord du dégoùtet n’en conçussent du mépris, ce que je regarderais comme un Irè'-grand malheur en matière d’étude. Mais l’habileté et la prudence du maître peuvent aisément prévenir ce mal.
Les vies de Plutarque peuvent occuper utilement et agréablement les rhèloriciens les plus studieux. Ils ont un droit particulier sur les harangues de Dèmosthène, le plus parfait des orateurs. On pourrait aussi s’appliquer dans celte classe à leur former le goût par la lecture d’endroits choisis de quelques autres écrivains grecs de l’antiquité, soit orateurs, soit historiens ou poètes.
Ceux qui auront fait quelque progrès dans celte langue ne doivent pas en interrompre absolument l’élude pendant leurs cours de philosophie , mais y donner quelque temps eu particulier . En effet , quand prendront-ils quelque idée d’Aristote, et surtout de Platon, le plus estimé des philosophes anciens, s’ils ne le font dans celte classe ? El d’ailleurs une si longue interruption leur ferait oublier une partie de ce qu’ils auraient appris ; et il en est ainsi de toutes les autres langues , quand on les néglige entièrement.
J’avoue, car il faut être de bonne foi en tout, qu’il y a dans les classes un grand obstacle au progrès que les jeunes gens pourraient faire dans l’intelligence de la langue grecque. S’il était permis à un maître de suivre son inclination et son attrait, il marcherait à grands pas avec quelques écoliers qui ont plus d’esprit et plus d’ardeur pour le travail que le commun de la classe : mais tous
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les autres resteraient en arrière, et ne pourraient suffire à .celte marche, ou plutôt à cette course. Le maître, qui sait qti'il est redevable à tous, est donc obligé, par management et par devoir, de prendre une espace de milieu pour s’accommoder, autant qu’il le peut, et à la faiblesse et à la force de ses disciples. C’est une règle que doit garder inviolablemenl quiconqncest préposé à la ronduile des autres. Guide1, berger, précepteur, pasteur spirituel, tous y sont assujettis. Le particulier peut en souffrir, mais le public y gagne; et ce serait tout gAter et renverser 1 ordre que de vouloir en user autrement.
Mais n’y a-t-il donc point de remède b cet inconvénient? Je sais que dans quelques collèges de l’université, des professeurs pleins de zélé pour l'avancement de leurs écoliers, en retiennent après la classe plusieurs qui ont bonne volonté, et leur font doubler le pas sans retarder les autres. Mais je n’ose proposer un modèle si parfait, qui me parait plus admirable qu'imitable, et qui pourrait être nuisible i la santé des professeurs, qu'ils doivent ménager avec soin, sans pourtant s’en rendre esclaves.
J’ai vu pratiquer avec succès un autre moyen, qui n est pas tout à fait sans inconvénients (car où n’y en a-t-il point?,, mais qui a de grands avantages. On employait le premier quart d heure de la classe è réciter les leçons : immédiatement après on expliquait le grec pendant une demi heure pour le gros de la classe. Pendant ce temps-là les (dus avancés demeuraient dans la chambre, où un maître particulier, qui n’était point géué par la différence de l’ûge et de la capacité, ne consultait que leurs forces dans les leçons qu'il leur faisait. Ce secours n'était que pour les pensionnaires qui demeuraient dans le collège; mais on pourrait y joindre aussi quelques eiternes. A l’aide de ce ménagement, on en a vu plusieurs faire beaucoup de chemin en peu de temps.
> v NAitl quoi) pinruK» htbcatn leneroi, et om, et « boves fœu* meenm : quas si plus in ambulando te- « cero laborare, morieiuur unà die cuncti grèves... Ego « sequar pautattm, aïeul videro parvulos rncos poste. a (6ns. 33, 13, 1*0
L’ordre des classes , que je h*ai pd Interrompre. m’a un peu écarté de mon objet : je suis oblige de revenir sur mes pas.
Comme la langue grerque n beaucoup plus de ronformité avec la nôtre pour le tour et ia phrnse qu’avec la latine, d'habiles gens ont cru qu’il était à propos que les enfants traduisissent de grec en français. La coutume dé leur faire rendre le grec en latin mol pour mot peut avoir aussi son utilité, du moins dans les commencements. Mais on ne doit jamais leur permettre d’avoir des gloses tnlerlinéaires, qui ne sont propres qu’à entretenir l’esprit dans une espèce d’engourdissement en leur présentant l'ouvrage tout fait , et ne laissant rien au Iravail ni à la réflexion. Je ne sais même s'il ne serait pas avantageux qu’ils se servissent toujours de textes purement grecs. Car pour lors, quand il se présente quelque difficulté, ils sont obligés de faire effort par eux-mêmes pour la surmonter : au lieu que, s’il y a une version à côté , l’esprit étant naturellement paresseux , les yeux, comme l'intelligence avec Ini, se tournent d'abord de re rôlé-là pour lui épargner toute la peine. C’est ce qoi arrive ordinairement à ceux mêmes qui sont plus avancés en Age, et l'expérience ne fait que trop connaître qu'il est très-difficile de résister à cette tentation.
On peut demander s’il est à propos que les jeunes gens se préparent à l'explication par un Iravail partirulier et domestique, en cherchant eux mêmes les mots dont .ils ignorent la signification ; ou si le maître, après leur avoir expliqué le texte de vive voix, peut se contenter de leur faire rendre compte de ce qu’il leur a dit. Pour moi, sans condamner ceux qui pensent autrement, je préférerais celle seconde manière pour les premières années, parce que l’autre entraîne, ce me semble, une grande perte de temps ; et l’on ne peut le ménager avec trop de soin, surtout à cet Age, où tous les moments sont précieux. Mais dans la suite il sera bon qu’ils viennent dans la classe préparés à ce qu'on y doit expliquer. Quand ils seront dans les classes supérieures, comme en rhétorique, e’esl une excellente méthode, par rapport à ceux qui seraient assex forts pour cette sorte d’étude ,
et que l’on ferait travailler en particulier de la manière que je l’ai dit, de les acroulumer -à faire seuls leurs lectures, el à proposer nu maître, après un certain nombre de jours, les difficultés qu'ils y auront rencontrées. Par là on les rend plus attentifs, on les oblige de faire usage de leur esprit, el on les conduit insensiblement à ce qui doit être le but des instructions qu’on leur donne, qui est de pouvoir étudier par eux-mémes el sans secours.
J'ai dit qu’on avait eu raison dans l'université de substituer l’explication des nuleurs grecs à la composition des thèmes : mais je n’ai pas prétendu que ccHe-ci d(U être entièrement bannie. Elle a ses avantages, qui ne doivent pas être négligés. Elle n nd les jeunes gens plus exacts, les oblige à fajre l'application de leurs règles, les accoutume à écrire correctement, les familiarise davantage avec le gTec, et leur donne plus de connaissance du génie de la langue. On doit donc, dans la troisième et dans les classes suivantes , les y exercer de temps en temps, el pour cela leur apprendre quelques règles de syntaxe particulières à cette langue; ce qui se borne à trèspeu de chose.
Il faudra aussi leur donner quelque teinture des accents. Quoiqu'ils soient d’institution nouvelle, et que les anciens Grecs ne a’en servissent pas. comme le prouvent les inscriptions cl les plus anciens manuscrits , ils sont pourtant d’une grande utilité pour l’explication, le seul accent .distinguant souvent les différents temps des verbes et la différente signification des mots. Il faut prendre garde dans la prononciation de confondre l’acceoi avec la quantité, ce qui ruine toute l'harmonie, qui fait pourtant une des principales beautés de cette langue. L’accent nous avertit d’élever ou d’abaisser la voix ; el la quantité, de s'arrêter plus ou moins sur les syllabes. Un peu d'attention et d'exactitude dès les commencements rendrait cette prononciation facile. La connaissance des accents n’est pas d'un grand travail, et elle est souvent trop négligée, même par les savants.
Je ne dois pas oublier d’avertir qu’il est utile de faire apprendre par cœur aux jeunes gens des endroits choisis des auteurs grecs ,
et surtout des poètes. Ce que nous avons rapporté d'un jeune homme de qualité, qui, au sortir du collège, récita Homère tout entier, nous marque combien cet usage était autrefois commun dans l’université. Pour renfermer tout en peu de mots, je voudrais que les yeux, les oreilles, la langue, la main, la mémoire, l’esprit, que tout conduisît les jeunes gens à l’intelligence du grec.
Quand ils commenceront à y être un peu formés par la lecture des auteurs, il faudra leur faire remarquer avec soin la phrase, le tour, le génie, la cadence harmonieuse, el surtout l’admirable' fécondité de cette longue, qui, par la dérivation el la composition des mots, se multiplie presque à l'infini, et donne au discours une variété prodigieuse. C’esl un avanlage qui lui est particulier et qui. ce me semble, ne lui a été contesté que par Cicéron. Ce Romain, amoureux de sa langue jusqu'à la jalousie, s’efforce, en plusieurs endroits de ses ouvrages de la relever au-dessus de la grecque, même pour I abondance et la richesse des expressions; et il prétend, contre l’évidence cl contre le sentiment commun de tous ceux de son temps , que nonseulement la langue latine ne cède pas en ce point à la grecque , mais qu'elle lui est de beaucoup supérieure. La preuve qu'il en apporte est que les Grecs n'ont qu'un mot, savoir îiovo,- , pour signifier labor et dolor , qui sont deuxeho-es bien différentes ; comme s’ils n’avaient pas ilémi 7v»n, dtàir. «x«, el d'autres mots encore pour exprimer dolor. Il ne laisse pas néanmoins, après une telle preuve, d’insulter à la Grèce d'un ton railleur, comme si la chose était pleinement démontrée, tant il est aisé de s'aveugler quand on se passionne! 0 vtrliorum inops interdùm , dit-il, quibusaiundare Utemperpulas, Gracia* I
1 « Ita senllo, et sepè doserai, lallnam linguam non « modo non Inopcm. ut volgô paieront, sed locuptelio- « rem etism esse quant grocam. » (Lib. f, de Fin. bon. el mal. n. 10.)
« Sype dlilmus, el quidam corn aliquA qoerelA, non a Grarorum modo . eed etltm forum qui te fînecos « magll quant nostros Habert rolunt. nos non mndrt non ■ vinci a Gracie vertoorum copié, sed esse In eé eUam a superlorcs. u (Ibid. lib. 3. a. 6.)
> Ttiscul. quai. 1. 3, n. 3b.
Quintilien est de meilleure foi1. Dans un chapitre où sa matière l'engage à faire comme un parallèle des deux langues au sujet de l'atticisme, il ne craint point d'égaler la langue latine à la grecque pour toutes les autres parties de l'éloquence ; mais il n’ose pas même la lui comparer pour ce qui regarde Téloculion.
11 remarque d’abord que la première a un son bien plus dur, et il en rapporte plusieurs raisons, dont je me contenterai d'indiquer ici quelques-unes. Elle manque de certaines lettres, comme upsilon et zêta*, qui sont d’une extrême douceur, et qui, selon Quintilien 5, répandent dans le discours je ne sais quelle aménité, quand elle les emprunte poureiprimer des mots grecs, comme zephyri , zopyri , au lieu que les lettres latines formeraient un son pesant et grossier. La sixième lettre de l’alphabet latin, qui est une F, forme moins une voix humaine qu'un dur sifflement *. Il en faut dire autant de lu consonne (aemu),
1 a Lalina mihi facundia, ul invenlione, dlsposiiione, « coDsilio, cætcrisque hujus gencris artibus similis gr«c*, « sc prorsùs discipula cjus videiur : ils cires rsiionem
* eloquendi vlx habere imliatlonis locum. » (Qciam. lib. 12, csp. 10.)
* li parait, par ce passage de Quiotilieo, que V upsilon des Grec# avait un son moyen entre l’u ei l’< des Latins, et qu'il répondait à notre u français, usage, utile, et tel que nous autre# Français le prononçons en latin. Dominos, lumen. Mais l u des Latins répondait autrefois à Tou des Français et à l’ov des Grecs : Dominous, loumen. Les exemples le proavent clairement. Quand les Romains avaient A écrire en caractères latins un nom grec qui avait un ou. Us ne se servaient jamais que du simple u : E irizovpoç, Epicurus, Uo/oôcxo» Pelusium ; Bucephalus , Arethusa. Plutarchus , etc. Au contraire, toutes les fois que les Grecs voulaient écrire en lettres grecques un nom romain, ils rendaienl lu simple do latin par ou : TovMtoç, AoüxouUoç. La règle est constante. On n'aurait pas pu même faire autrement; car on ne trouvejamais dans le latin la diphtbongue ou. parce que le simple u en tenait lien. Et lorsque les Latins voulaient exprimer le son de Fi# français, ils employaient l’upsilon grec : Zephyrus, Sylla, Papyrius, Tympanum.
* ■ Quod quuro conllngit. nescio quomodô velut hila- « rlor prolinùs renidet oratio, ut in zephyris zopyritque :
• qu» si noslrls litteris scribantur. surdum quiddam e « barbarum efflrienl. » (QrmiL. lib. 12. c. 10.)
* « Penè non humanA voce, vel omnino non voce po~ « Il us, inter discrimina denlium efflanda est. » (Ibid )
auquel on avail voulu substituer le digamma êolique. Les Latins finissent la plupart des mots par une m *, qui est une lettre comme mugissante, ce qui n’arrive jamais chez les Grecs, qui, en sa place, emploient le nu, lettre d’un sou très-clair et très net, surtout à la 6n, où elle est peu d’usage en latin.
Quintilien passe ensuite à un inconvénient plus considérable de la langue latine , qui manque de mots pour exprimer beaucoup de choses qu’elle ne peut faire entendre que par le secours de la métaphore ou de la périphrase*; et Cicéron même3, malgré sa prévention, est forcé de l’avouer. Dans les choses même qui ont leur dénomination particulière, ia disette de cette langue l’oblige de revenir souvent aux mêmes termes et de tomber dans de fréquentes répétitions : au lieu que les Grecs ont abondance non-seulement de mots*, mais d’idiomes tous différents les uns des autres.
Il n’en est pas de ces idiomes ou dialectes de la langue grecque comme de différents jargons qui régnent en différentes provinces de notre France, qui sont une manière de parler grossière et corrompue, et qui ne méritent pas d’être appelés un langage. Chaque dialecte était un langage parfait dans son genre, qui avait cours chez certains peuples , qui avait ses règles et ses beautés particulières, et dont nous voyons que d’excellents auteurs ont fait également usage , soit eu prose, soit en vers , souvent même eu mêlant tous les dialectes ensemble , de sorte pourtant qu’il y en a toujours quelqu’un qui domine dans chaque auteur. De là résultent celle variété et celte richesse de tours et d’expressions qu’on
1 . Pleraque no, IIU quasi muglente litUrS cludlmui, a M. qui milium grecè verbum cadil. At iUl N jucun- . dam, et in Due pra-tipuè quasi tlnnieutem, illlui kx» u ponunt, quai est apud nos rarissime in clausulil. s (Qnnmi.. lib. 12. cap 10.)
1 . lits ilia potenUora, quod res pturtme carenl sp- * petlatfonlbus, ul eas necesse ait transféré, aut cireu- « mire. . (Ibid.)
* a Equidem soieoeitam quod uno GnecJ, si allier non r possom, idem plurlbus verbis exponerc. . ;Cic. de Fin. bon «r mal- lib. 3, n. là )
v r EUam m ils qu»: denominata xunt. somma pauperr ia, In eadem no, rrequeniistimé rerolrit : at illia noe a verborum modb, sed llnguarum etiam iuterse differen- « itum copia est. a (Qcism. lib. 12, cap. 10.)
admire dans la langue grecque , et qui ne sc trouvent point dans les autres.
Parmi ces différents idiomes , l'atticisme qui était proprement le langage des Athéniens, l'emportait infiniment sur les autres. C'était un goût comme naturel au climat, qui ne se transportait point ailleurs. Athènes était la seule ville de la Grèce où l'on trouvât, même parmi la populace , ces oreilles fines et délicates dont Cicéron parle, A Iticorum aurrs Ureti't et relijiosœ 9, qui discernaient è une phrase, è une expression, au son même de la voix, si l’on était étranger ou non; témoin ce qui arriva è Théophraste *, et qui rendaient les orateurs attentifs jusqu’au scrupule pour ne pas laisser échapper un seul mot qui pût blesser des auditeurs si difficiles à contenter.
Il est important de faire remarquer aux jeunes gens, dans la lecture des auteurs grecs, autant que cela est possible , ce que c'était que cet atticisme dont parlent si souvent les anciens, et qu'il est plus aisé de sentir que de définir. Cicéron a raison d'avertir de ne le pas borner à une seule espèce d'éloquence. Il est vrai qu'il parait souvent dans le genre simple, où son caractère propre est de dite les choses les plus communes et les plus petites avec une naïveté, une grâce, une beauté, une délicatesse, inimitables a toute autre lan-
1 ■ Quitta apnd Grrcos tllici'moï ille redoteu Athe- « rurmn proprium Mporem. . (Id. Mb. 6, cap. 3.)
« Qutd est quod Id Us demùm atlicam saporem pu-
• tenl ? Ibf demùm ihyimim rcdolere dicant ?.. ÆschincS
< totale eû studio Albenarum, quff velut sata quadam « eato (etrâqued, générant saporem Ilium atlicum pere- « ?rtrK) mise ucrunl . a (Id. Itb. JS, cap. 10.)
■ Oral. n. 27.
* • Tlocam Granius obrucb.it ncscio qoo sa porc vera naculo : ut egojam non mirer tllud Theopbraxloarcl- « disse, quod dreflur, quum percoouretur ex aniculâ « quâdam, quanti altqold veoderet, et respondlsset ilia, s atque addidtsset. Botptt, non potè minorls : l uii.se
• eum molesté, se non effugere hospltis spectein, quum a atatero ageret Athenis. obtimèque loqueretur. Om-
< Blo6 (slcut oplnor) id Bostrls est quldom urbonorum,
• slcut Ille Auicorutn, sonus. . (Cic. in Brut. n. 172.)
• Quomodbetiilo atticaonnsTheopbrostutn, homlnrm « slloqul diacrUssininm, annotai! unlus affectallone verbl,
• bospitem dlxll : nec alto se Id deprehendisse interro-
• gota respondit, quant quôd nimlùm atücé loqueretur. n Qenrm. tib.8, cap. 1.)
gue. D'où vient, comme l'a observé Quint ilicn 1 * * * , que la comédie grec que l'emporte infiniment sur la latine, dont le langage n'est point susceptible de cette grâce et de cette finesse que les Grecs eux mêmes ne peuvent transporter dans un autre dialecte. Ainsi, quelque délicat que nous paraisse Térence, il est encore bien éloigné de la finesse et de la beauté d'Aristophane.
Cependant il faut se souvenir que l’atticisme convient au genre sublime comme au genre simple et au tempéré. Y eut-il jamais un style plus atlique que celui de Démosthène*, et de Platon son maître ? et y en eutil en même temps de plus vif et de plus élevé ? Il en était de même de Périclés 5, dont l'éloquence néanmoins est toujours comparée au foudre et au tonnerre. Mais ils joignaient tous à ce caractère de force cl de grandeur une douceur et un agrément qui était proprement l'effet de l’atticisme.
On peut donc accorder ce nom à un discours où loul est naturel et où tout coule de source ; où rien n'est affecté, et cependant où fout plail ; où les grandes et les petites choses sont dites avec une grâce égale, quoique différente ; où régne * un certain sel et un assaisonnement secret qui en relève le goût , qui ne laisse rien d’insipide, qui se fait par-
» « In comœdid maiimé claudicamus... VIx lèvera coati sequimur timbrai», adeô al mibi lermo Ipse romaous « non recipere videatur lllam solU concessam Alticis « venerem, quandô eam ne Grcci quldem In alio ge- « nere lingu* obtinuerliit. » iQuijctil. lib- 10, c. 1)
* a Quo ne Atheoas quldem Ipsas, magis credo fuisse a alticas. » (Cic. Orat. n. 'fl.)
» n Si soluni illud est alticum (eleganler enucleatéque « dicere). ne Periclcs quidem dixll ailicé. Qui si tenul o généré uterelur, nunquam ab Aristophane poeta fui— a gurare, tonnre, perniiscere Grcciam dictus esset- » (Id. ibid. n 29.)
« Quld Pcriclesî.. cujus in labrls vcleres comlci... le- « porem hnbilàsse dixerunt, tanlamque in eo Yim fuisse, « ut in eorum tnenlibus, qui audissent , quasi aeuleos « quosd.im rellnquerel. » (3 de Orat. n. 138.)
* a Velut simplex oralionis condimentura, quod sen- « titur latente judido velut palato, eicilatque et a la dio « défendit orationem. Sanè taraen, ut sal In cibla pautA « liberaliùs aspersus, si tamen non sft immodicus, offert « aliquid propri» roluptatis : ita hi quoque in dicendo « sales habent quiddam quod nobb facial andieudi sl- « tim. e (Qüiktil. Ilb.6, cap. 4
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tout sentir au leclenr ou à l’nuditenr, qui pique sa curiosité, el, pour ainsi dire, excite sa soif; cnUn, pour conclure en un mol, où (oui est bien dit, car c’est la définition abrégée qu'eu donne Cicéron1, ulbenè dicere , tdsil atticè dicere.
C’est sur ce modèle que se forma ce qu’on appelait ['urbanité romaine 5 , qui ne souffrait, ni dans les pensées, ni dans l’expression, ni même dnns la manière de prononcer, rien de rude et de choquant , ou qui sentit l’étranger; en sorte qu elle consistait moins dans chaque phrase séparée que dans un certain air du discours, eldans un caractère qui y régnait universellement, el qui était propre h la ville de Rome, comme l'atticisme à celle d'Athènes.
Cicéron y a excellé plus que tout autre, el je ne sais si l'on peut rien trouver de plus parfait en ce genre que ses traités de l'orateur, surtout dans les dialogues qui y sont insérés, où brille une grâce inimitable d’élocution, et comme une (leur de politesse , en quoi consiste principalement l’urbanité.
Nous avons aussi dnns notre langue des ouvrages en ce genre , qui ne le cèdent point aux anciens ; où tout est dit avec esprit, mais avec simplicité : où une raillerie fine et délicate semble avoir emprunté le langage de la nature même ; où les questions les plus abstraites deviennent sensibles el palpables par l’air de naïveté qu’on leur donne; enfin, où l’on voit également les matières enjouées et sérieuses traitées avec tout l’agrément et toute la dignité qui leur conviennent.
Je prie le lecteur de me pardonner cette petite digression sur l’atticisme . qui paraît sortir un peu des bornes de la' grammaire , et être plus du ressort de la rhétorique.
Il y aurait beaucoup d'autres réflexions à faire sur le génie, le tour, la beauté, la richesse de la langue grecque ; mais je laisse
< De opt. geo arat. n. 13.
* a Nain meu quldem judicio Ilia eat urbanilas. in qid s Dltiil abaonum, nlhil agreste, nibil inconditum, nihil a peregrinuui , neque sensu , ncque verbis , nuque ore a gesluse posa t deprebendi ; ut non tant sit lu slngulia a dieUl, quam in tolo colore dlcendi iqualisapud Grxcos « alUctsmoa llte redolens AUteuarmu proprium uporem.s (Id. Ibid.)
ccs réflexions à l’habileté des maîtres. Ils trouveront dans leur propre fonds de quoi suppléer à tout ce qui manque ici ; et la méthode grecque , qui est depuis longtemps entre les mains de tout le monde, leur fournira à euxmêmes tout ce qu'on peut désirer sur ce sujet.