II. V
Autant qu'un hommo assit au ringe des mors comparaison, et il parait avoir enchéri sur
Volt d'un roc élevé d'espaco dans le» airs: l'original par d'heureux traits qu'il y a ajou-
Autanl dea immortels lea cooraicra Intrépides En fraoebtssent d’on aaut *.
Il mesure, dit Longin, l'étendue de leur saut à celle de l'uuivers.
Il va encore plus loin pour représenter la vitesse de Junon J, en la comparant à la pensée d'un homme qui parcourt rapidement tous les lieux où il a été , et plus vite que l'éclair passe du couchant t l'aurore.
2. Homère emploie au commencement du troisième livre deux belles comparaisons, dont l'usage qu'en a fait Virgile nous doit faire connaître le prix.
« Mcnélas ayant aperçu Péris1 * * * 5 qui s’avan- « fait à grands pas à la tète des Troyens, est « transporté de joie comme un lion afTamé « qui est tombé par hasard sur un cerf d’une a extraordinaire grandeur, ou sur une chèvre « sauvage : il se jelte sur sa proie et la dévore a avidement, malgré la vive poursuite des < meilleurs chiens , et des chasseurs les plus o ardents et les plus vigoureux. Telle fut la « joie de Ménèlas à la vue du beau Péris '. »
Jmpaslus stabufa alla leo ceu Mrpë peragrans
(Soariet enim vetana rames), si forte fugacem
Conipextt capream, aul surgenicm in cornus carmin ;
Gaudel bisoi immané, comasque arreiit, et htret
VUceribus super accumbens : lavit improba leur
Ora aruor *.
« Mais Péris, le voyant é la tête des Grecs, « fut saisi; de frayeur, et se retira vers ses « troupes pour éviter la mort. Tel qu’un voyait geur qui aperçoit un horrible serpent dans a W fond d'une vallée, recule en arrière tout • tremblant et le visage couvert d’ane pâleur « mortelle; tel Péris, effrayé è la vue du fils « d’Atrée, se relire, et va se cacher au milieu « des bataillons troyens 6. »
Virgile a merveilleusement rendu cette
1 Despréaux-
* II. xr. 80.
* Épx ôfawo» npoirctpoiOiV ôpàov pctxpù ptSürrtt.
* II. m. 21
* Æd. 10, 723.
* 11. ni, 30.
Improvlsum aspris veluti qui senlibus angurm Pressit bumi nitens, trepidusque repente refugit Alloilenlem iras, et easrula colla tumentem : liaud secùs Androgeos visu Iremefcicius abibal >.
3. La comparaison de Pâris avec un cheval de bataille csl fort célèbre dans Homère. Les vers grecs sonl trop beaux pour n’élrc pas ici rapportés.
llç 3 Ôti riç otktoî lirKtti ùxoarüactc iîri fàrvy , Aie pif* ùiro pônitiç Otiti Trxrtioto z^oaivwv,
K cùtiù; ïovza'jui ivfiptiog noretuoco,
KwOtôsiv, vtpoü 3i xt/pr, i%i t, ûpyi ox Of<oi; «îoffovrat • o o ùy/ffir.ÿt xtirotfaç,
\‘ ïpyy. x fo Ova tfipî t pire: t* nOea t xui vopôx îiritaiy. lif vii; Hptvuoi'j nipi; v.v. tk Utpyûpw uxpr,; Ttvyjat irttpfaiwv * itex r.étxOwo cëxëiixct Kay^a/ôwv, u^iîf 8* I niûj* fipov*.
« Tel qu'un généreux coursier, après avoir « élé longtemps retenu è l'écurie, rompt ses « liens , et faisant trembler la terre sous ses > pieds , court à travers la plaine du coté de « l'agréable courant d'un fieuve rapide où il a a coutume de se baigner. Fier et content « de lui-même, il va la léte levée. Ses crins, a voltigeant à droite et à gauche au gré du « vent, lui batlent sur les épaules. Sa beauté o semble lui donner de la confiance. Ses ge- « noux souples el agiles le portent légère- « ment au milieu de la troupe des cavales qui « paissent le long du fieuve. Tel le fils de ■ Pnam, le beau Péris, tout couvert de l'éu clat de ses armes lumineuses, marchait é « grands pas, semblable au soleil. Il bondis- < sait, et ses pieds agiles ne portaient pas à « terre. »
Virgile semble ici avoir voulu entrer en lice avec Homère , et comme lui disputer le prix de la course des chevaux.
Clngitur Ipso forons ecruUm In pretia l'ornas... Fulgebalque ilii dreorrens soroos arce....
Quitts, ubl abrupto ruait oreaepla vloclls
• .En. i »J*.
• II. vi, 506.
Tandem liber eqaos, campoquo potitus aperto :
Aul ilie In paslus armenlaque tendit cquarum;
A ut assuetus aqux perfundi flumine noto Kniicat, arrrclisque frémit ccrvlcibus altü Luxurians : luduotquc jubæ per colla, per armos *.
On voit bien que le poêle latin a fait effort pour rendre (ouïes les beautés de son original. Il en a peu ajouté de son fonds , et je ne yois de ce genre que co mol, tandem liber equ us, qui présente une belle idée, et peint merveilleusement l'impatiente ardeur où était le cbeval de se voir en liberté. Encore peuton dire que Virgile par tes mots, tandem liber equus, a voulu rendre ceux-ci, otaro,îïrrof , etc., un cheval repose', qu’on a tenu longtemps en repos dans l’écurie. Ce vers, A ut assuetus aqtiœ perfundi flumine noto , rend assez exactement le sens du grec , mois n’en a point l'harmonie. Cet autre où l’on décrit la course du cbeval , Aut ille in pastus armenlaque tendit equarum , est lourd et pesant en comparaison du vers grec, tout composé de dactyles , et aussi rapide que le cbeval même, 1’ ipyg t yoOvec qiptt [itti T* «Oik xfiuvouèv mtïtûjv. Ce mot du grec, 8 8’ ntmtbùç ,
qui exprime heureusement la noble fierté du cheval, et la complaisance qu’il a dans sa beauté et dans sa force , manque au latin.
b. Je finirai cet article par deux ou trois comparaisons, plus courtes que les précédentes , et d’un genre différent.
« 1. Comme quelquefois pendant le somk meil on songe qu’on est poursuivi de son a ennemi , ou qu’on le poursuit : & tous moo ments on croit ou l’atteindre, ou en être « atteint ; et on ne peut ni lui échapper, ni le « prendre. De môme, etc. * »
Ac velut in soin ni. s oculos obi languMa pressit Nocle quies. ncquicquam avidos citcndere cursus Velle videmur, cl in medds conalibus ægri Succidimus : non lingua valet, non corpore notæ Sufficiunl vires, nec vox aut verba sequunlur*.
Le poëte latin n'a pris du grec que l'idée , cl il l'a extrêmement enrichie.
1 Æd. 11,480.
* II. un, 100.
» Æu. 12, WW
o 2. Comme dans un jardin un pavot « chargé de son fruit , cl courbé par les « pluies , penche sa tête languissante : ainsi « la tête du jeune combattant, appesantie par <i son casque, tombe sur son épaule '. »
Purpureus veluli cum nos succisus aralro
Langues* il morfen*. tassove pa pavera cullo
Demisére capul, pluviâ quum forlè gravaniur :
Il cruor, ioque humeroa cerrlx collapsa recurabli •.
o 3. Comme un oiseau , dont les petits ne « peuvent encore voler, n’a pas plus tôt saisi « sa proie, qu’il la leur apporte, et s’incom- « mode pour eux : que n’ai-je point souffert! « que d'inquiètes nuits! que de jours san- « glants ’ ! » C'est Achille qui parle ainsi. Je m’étonne qu’un homme de goût et d’esprit ait critiqué cette comparaison , comme trop étendue et trop lleurie. Elle n’est que de deux vers, sans qu’il y ail un mot de superflu ; et son caractère est la simplicité.