‹ Œuvres complètes de Rollin avec notes et éclaircissements sur les sciences, les arts, l'industrie et le commerce des anciensChapitre 82 sur 298 · II · texte numérisé non relu

II

‘ Od. 13, 1.1.

* Æn. 1ï, 101.

3. I.c mouvement de lêlc majestueux pnr lequel Jupiter ébranle les deux est connu «le tout le monde.

Il, xaî xvcmisfftv ijr’ o fpvfft v*û*: Kpoviuv.

A utpic’ioci S’ âpa yecîTeu Intppûoerno avotxro?, Kûkto» ktt’ «OavKtoto * ftfyfltva £),*>^çî>()).v^1rov,.

« A ces mois, le Dis de Salurne fait un signe « de ses noirs sourcils. Les cheveux sacrés du « roi des dieux se dressent et se relèvent sur « sa tête immortelle ; et tout l'Olympe est « ébranlé par ce signe redoutable. »

Cet endroit a été imité par les plus grands poètes.

Annull, et totum nutu tremefeeit Olympum1. TcrrIOcam capilis concussit lerqut qualerque Cæs.irlem, cum quâ (erras, mare, aidera movll ?.

Regum verendorum in proprioa gregea ,

Reges in ipsos imperium es( Jovis,

Clari giganteo iriumpho,

Cuncta superrilio movenlis *.

Ces trois poètes semblent avoir partagé entre eux les trois vers d'Homère , et les trois circonstances qui y sont employées. Virgile s’en est tenu au signe de tête, Ovide à l’agitation des cheveux , et Horace nu mouvement des sourcils.

4. La description du combat des dieux est une des plus magnifiques de celles qui se trouvent dans Homère. Les Grecs et les Troyens étant prêts à donner la bataille, Jupiter avait permis aux dieux du ciel de se mêler dans le combat, et de prendre chacun le parti qu'ils voudraient. Ils se parlngcnl donc, et se préparent à combattre. « Alors le « souverain maître des dieux et des hommes « tonne du haut du ciel : d'autre part Nepo tune, élevant ses flots, ébranle la (erre et « les sommets des montagnes. Les cimes du o mont Ida tremblent jusque dans leurs fonts déments. Troie , le champ de bataille et les a vaisseaux, sont agités par des secousses

< il. 1, ses.

• Vlrg.

» Ovld.

* Hors!.

« violentes. Le roi des enfers , épouvanté sous « la terre même, s'élance de son trône et a s’écrie, dans la frayeur où il est que Ncp- < tune d'un coup de son trident u'entr’ouvre a la (erre qui couvre les ombres, et que cet a affreux séjour , demeure étemelle des té- « nèbres et de la mort , abhorré des hommes a et craint même des dieux, ne reçoive pour a la première fois la lumière, et ne paraisse a à découvert : tel est le bruit que font ces a dieux qui marchent les uns contre les aua très. » Cette traduction , qui est de madame Oacier , quelque exacte et quelque noble quelle soit , ne peut pas rendre l’harmonie et la beauté des vers grecs.

M. Despréaux, comme on l'a déjà observé ', a traduit une partie de cet endroit.

L'enfer t’émeul au bruit de Neptune en furie l'iuton sort de ,on trône, Il pâlit, il , ‘Sérié :

11 a peur que ce dieu tien, eet adieux séjour D'un coup de ion trident ne fasse entrer le jour.

Et par le centre ouvert de U terre Cbrenlôe Ne fasse voir du Stji ta rive dôsolôe :

Ne découvre aux vivants eet empire odieux.

Abhorre des mortels, et craint meme des dieux

Ces vers sont très-beaux , mais beaucoup audessous du grec. Je n'en examinerai qu’un seul. Pluion sort de son trône, il pitit, il s’écrie. Le mot de sortir, qui conviendrait h Plutôt) s’il descendait tranquillement de son trône, est ici froid et languissant. Ce dieu ne pâlit qu'après être sorti de son trône. Ij pâleur vicnl-cllc si lentement , et n'est-ellc pas le premier et le plus prompt effet de la crainte? Le grec a bien une antre vivacité : Ariane 3" b. ôfôvou kito, uni fax*. Épouvanté , il s’élance de son trône, et s’écrie. Comment rendre dans une autre langue cette cadence suspendue . Ariane 3’ b ôpivou «iro , qui seule marque le mouvement brusque et précipité de ce dieu? Virgile a essayé d'imiter une partie de ce bel endroit d'Homère; mais il s'en faut bien qu’il ait pu atteindre à la beauté de l’original.

Non seras ac si qui penltùs vi terra débiteras Infernal reseret sedes, et régna reeludal

‘ Pag. 100.

Palltds. <ll) Invis* : sapsrqu» Immun' birailmun Ornalur, irepidenlque immisso lumlns Mânes '•

Outre beaucoup d'autres différences, chez Virgile ce n'est qu’une comparaison , ce qui rend la description froide et languissante : an lien que chez Homère c'est une action ; ce qui est tout autrement v if et animé.

5. L'endroit où Hector s, près d’aller au combat, fuit ses adieux A Audromaque, et embrasse Aslyanax, est un des plus beaux et des plus touchants de ce poêle. J’en rapporterai une partie, qui sera mêlée de descriptions et de discours.

« Hector étant arrivé aux portes Scées , par

• où il devait sortir, Audromaque accourt n au-devant de lui , accompagnée de la nour-

• rice qui tient sur sou sein le petit prince 3,

« tendre et délicat enfant, beau comme un « astre, les délices d'Hector... Pendant que a le père, sans rien dire, souriait à la vue de a cet aimable enfant, Andrumaque, fondant « en larmes, approche d'Hector, et lui sera rant la main : Prince trop magnanime, lui a dit-elle, voire valeur ca vous perdre. Quoi I « cous n'avez donc pitié ni de cet enfant qui

• ne peut vous parler, ni <f une épouse infor- « lunée qui ta devenir veuve en vous per- « dont ; car les Grecs, se jetant en foule sur « cous, vengeront bientôt par votre mort touo tes leurs perles. Hélas! si je dois être sépaa rée de cous, que ne puis-je la première a descendre dans le tombeau? Car, après cet « affreux malheur, il n'est plus de joie, plus « de comolulion pour la malheureuse Ândro- « moque, et l'avenir ne présente à mon es - « prit accablé que douleurs. Je n’ai plus ni « mon père, ni ma mère... » (Après s’être étendue, peut-être un peu trop longtemps, sur la grandeur de ses pertes , elle continue) : « Mon cher Hector, je retrouce en vous tout a ce que j'ai perdu; un père, une mère, un « frère : ajoutez à tous ces noms celui de mon a époux. Ayez donc compassion de nous : de-

* Æn. 8, 213.

* !]«(<!’ inixiirres tj^ooe' ÙTeiXâfposoi ,nr:tsv etCrsjÇf Éxnfilv» ùysMToy, «iiyswv ievàpi

a mettrez ici, et renfermez-vous dans cette « tour pour ne pas laisser votre épouse veuve,

« et ce faible enfant orphelin. »

Hector, après avoir répondu à Andromaque d'uue manière également noble et tendre, a s’approche de son fils, et lui tend les « bras. L’enfant, effrayé par l’éclat de l’ai— a ra in et par l’agitation du terrible panache a qui ombrageait le casque de son père, et a flottait au gré du veut, et jetant un grand « cri, se penche sur le sein de la nourrice « qui le tient dans ses bras. Le père et la « mère sourient en voyant sa frayeur. En « même temps Hector Ale son casque , le pose « A terre, cl prenant son Dis entre ses bras,

• il le baise avec tendresse, et l’élevant vers « le ciel, il adresse à Jupiter et aux autres

• dieux cette prière : Puissant Jupiter , «f a cous tous , dieux immortels , faites que cet a enfant, marchant sur mes pas, se rende a célèbre parmi les Troyens par son courage « et sa force : qu'il régne dans Troie avec un « pouvoir absolu : qu'en le voyant retourner « du combat vainqueur et chargé des sana glanles dépouilles d'un ennemi qu’il aura a terrassé, on s'écrie sur son passage : Ce « prince est encore plus vaillant que son père; « et qu'à un tel spectacle sa mère ressente u dans son âme une vive et secrète joie. En a achevant ces mots, il remet son fils entre a les mains de sa chère Audromaque, qui le a reçoit dans son sein avec un sourire mêlé a de larmes. » a axpuoiv yûàeaaa.

Bien n’esl plus achevé que tout ce tableau. Manque-t-il quelque chose è la douleur et A la consternation d‘ Audromaque? Quelle image plus naïve et plus gracieuse que celle d’un enfant qui, efTrayé par la vue des armes brillantes de son père, se jette dans le sein de sa nourrice? Le sentiment d'Hector, qui désire voir sa gloire effacée par celle de son fils, n’est-il pas puisé dans la nature même? Mais quelle délicatesse dans ces derniers mots, Sazfuâiv -/0.ùauau\ Il suffit de savoir lire le grec et d’avoir un peu d’oreille pour en sentir toute la douceur, et pour reconnaître qu'aucune traduction ne peut rendre cette beautc.

M. de La Motte a ainsi imité le nctil discourt, d’Hector,

iuo <§*«.

Je roai offre mon fils, dieux, failes-cn le vôlre :

Digne de voire appui, qu'il n'eu cherche point d’autre.

Rendcz-le, s'il se peut, le secours desTroyens;

(Ju’un jour par ses exploits il >>ffiicc les miens;

Récompensez en lui la piété du père ,

Et qu’il soit les plaisirs et l'honneur de sa mère.

Je ne sais si c'est prévention pour l’antiquité, mais les vers grecs me louchent infiniment plus que les français , quoique ceui-ci soient fort beaui. Il n’y a point d’opposition ni d’antithèse dans le poète grec ; mais la noble simplicité qu’on y trouve est bien au-dessus de res petites figures. I.cs vers français ne représentent point cette belle et vive image d'un jeune vainqueur qui revient du combat chargé de dépouilles, ces douces et flatteuses paroles qu’Hector , par une figure pleine de force et d'énergie, met dans la bouche des spectateurs , ce sentiment vif et tendre de joie qu’un tel spectacle cause dans le cœur d’une mère, Celte dernière pen-

sée parait toute simple , et elle l’est en effet; mais c’est ce qui en fait la beauté. Qu'on examine avec quelque attention ce que doit penser et sentir une mère qui voit revenir du combat son fils chargé de glorieuses dépouilles , et qui entend les louanges que les peuples lui donnent é l'envi , on reconnaîtra que ce qui domine dans son cœur est ce sentiment secret et intérieur de joie qu’Homère exprime merveilleusement par ce peu de mots, ii ÿp<v« p»Tnp. Voilà ce qu’on appelle peindre d’après nature. Il dit la même chose de Calorie ' , qui était ravie de joie en voyant Diane, sa fille, se distinguer dans la danse, et l'emporter de beaucoup sur toutes les nymphes ; yiynQi Si r« ppiv« iürù. Virgile, en faisant la même comparaison, n'a pas manqué ce Irait :

Latonc ucilum périmant gsodii periui*.

M. de la Motte n'a point rendu toutes ces beautés : aussi son dessein n'a pas été de traduire, mais d’imiter Homère en l’abrégeant.

6. L’accueil que fait le pasteur Eumée au jeune Télémaque 9 , qu’il revoit contre toute

' Odys. TI, )02-I0».

* Æa. t. 500.

3 Odys. xni, y, «t.

espérance après un long temps, est d’une simplicité , et en même temps d'une beauté inimitable. Le chien de la maison, par un sentiment subit de joie et par le mouvement flatteur de sa queue, annonce le premier l’arrivée de son maître. Dés qu’il parait, les vases que tenait Eumée lui tombent des mains : il court à sa rencontre , il se jette à son cou , et il le tient tendrement embrassé et le baigne de ses larmes. Tel , dit le poète , qu’un père affligé de la longue absence de son fils, unique objet de sa tendresse, quand il le voit enfin de retour, ne se lasse point de l’embrasser : tel Eumée se livre aux transports de sa joie à la vue de Télémaque, comme s'il sortait du tombeau, et qu’il l’eût recouvré d’entre les morts. Denys d'Halicamasse, dans le traité que j’ai déjà cité , remarque que cet endroit, l’un des plus beaux d’Homère, tire ses principales grâces de l'arrangement et du son harmonieux des mots , qui d’ailleurs sont asset simples et ne présentent que des idées fort communes. Comment est-il possible de faire passer ces grâces dans une langue étrangère!

Ht. Comparaison»

C'est ici surtout que parait la richesse et la fécondité d’Homère , et l'on dirait que la nature entière semble s'épuiser en sa faveur pour embellir ses poèmes par une variété infinie d’images et de similitudes. Quelquefois elles ne consistent que dans un trait , et ce ne sont pas les moins vives. Souvent elles ont une juste étendue , qui donne lieu au poète d’étaler toute la magnificence de l'expression; et je prie le lecteur d’en examiner lui-même dans l'original toute la grâce et toute l’élégance. Il y en a de douces et de tendres : il y en a de grandes et de sublimes. Je n’en puis rapporter qu’un petit nombre, et je choisirai principalement celles dont Virgilea fait usage.

1. Homère emploie souvent la comparaison du vent, de la grêle, de l'orage, d'un torrent, pour exprimer la vitesse et la promptitude de ses combattants. Mais toutes ses idées sont trop faibles pour peindre la rapidité des chevaux immortels

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