I. Guerre, iiéget, combats
On sait l'estime qu’Alexamlre faisait des poésies d’Homére , puisqu'il les copia lui— même de sa main , et qu'il les mettait toutes les nuits avec son épée sous son chevet. Ce n'était pas le simple plaisir qu'il y cherchait; il y trouvait aussi d'excellentes leçons pour la guerre, et il ne feignait pas de dire ' qu'il y apprenait son métier. Au moins, il est utile pour tous d'y observer les anciennes coutumes qui regardent celte matière.
On doit y remarquer avec soin les armes dont on se servait pour lors, la méthode de mettre les troupes en bataille, la manière dont on les menait au combat, l'art d'attaquer les places et de se défendre , l’art de se retrancher.
Homère, dans le III* livre de l'Iliade , décrit d’une manière assez détaillée l’armure de Péris. On y voit des cuissarls qui s’attachaient avec des agrafes d'argent , une cuirasse , un baudrier d'or d'où pendait une large épée, un grand et pesant bouclier, un casque relevé par une aigrette. Ménèlas, qui devait combattre contre lui , était armé de la même manière. L'un et l'autre avaient un javelot à la main.
On a soin , dans la suite de la lecture, de faire remarquer aux jeunes gens les autres sortes d'armes qui s’y rencontrent.
Les anciens, selon madame Dacier*, n'avaient ni trompettes , ni tambours , ni aucun
* Tev IXcecSec Tüg srojrptxôç ùpiTrjç ipi't tov, yui voyttç wv, xac àvoprôçaiv. (Plct. Iq vit. Alex.)
* Cela est vrai pour les tambours, qui ont (*lé Ignorés par toute l'antiquité, et dont l'usage s'est introduit assez tard, quoiqu'il soft maintenant établi dans toutes les nations. Mais ce qu'on dit ici des trompettes est ouvertement contredit par la belle description que Dieu Tait lui— même du cheval dans le llvée de Job : Vbi audicril burriunm. etc. Ce qui prouve évidemment que, dans une antiquité aussi reculée que celle où vivait Job. la coutume de se servir de trompettes pour animer tes troupes, et pour leur donner différents signaux, était constamment reçue et fort répandue au moins parmi les Orientaux et tes peuples vol.ios de la Syrie et de l' arable. Je ne parle point des trompettes que Moïse élabl t par l'otdre de Dieu. Il est vrai que. dans tes combals que décrit Homère, on en fait mention dans une comparaison où il est parlé du siège d'une ville. (lUad. ilv. 18. v. 818.)
instrument pour faire entendre leurs ordres. Ils y suppléaient par d'autres moyens , par quelque signe sensible , et par le ministère des officiers, qui portaient de vive voix les ordres de rang en rang.
La coutume de haranguer avant le combat, et même dans le plus fort de la mêlée , était autorisée dans ces premiers temps par un usage universel. En faire un crime à un poêle ne serait pas moins ridicule que de blâmer un peintre d'avoir donné aux personnages d'un tableau l'habillement de leur siècle.
On voit dans le IV livre de l'Iliade la manière dont Nestor rangeait ses troupes en bataille. Il place à la tête ses chars attelés , et montés par ceux qui doivent les conduire ; derrière eux il range sa nombreuse infanterie pour les soutenir, et au milieu il met ce qu'il avait de moins bons soldats , afin que, malgré eux , ils fussent forcés de combattre. Dans le onzième livre cet ordre est changé, et c'est la cavalerie qui soutient l’infanterie.
On se servait anciennement de chars ' au lieu de cavalerie ; et l'on ne voit point du temps de la guerre de Troie de cavaliers montés simplement sur des chevaux. Chacun des
* On volt également dans l'histoire ancrée et profane que les chariots ont longtemps fait la principale force des armées. Il y en avait de différentes sortes, et l’on y trouvait pour lors beaucoup d'avaotzgea- Mais quand te bon vieux temps fut passé, où les nellons qui étalent en guerre choisissaient de bonne foi une vaste et large plaine poury vider leur querelle en un seul jour, et oc. devenues plus rusées, elles surent prendre l'avaniage du terrain, elles reconnurent aisément que tout eel appareil et celte dépense de chariots pouvaient être rendus absolument inutiles par une haie, par l'inégalité du terrain , par un petit fossé. Lorsqu'on sut attirer la guerre dans un pays couvert et fourré, dans les défilés, dans des endroits coupés de ruisseaux, les chariots, bien loin de servir, devinrent Infiniment incommodes. Aussi dans la suite les peuples et les capitaines qui convertirent la guerre en art et en science, et qui la firent avec méthode et par règles, n'eurent garde de se servir de chariots pour combattre leurs ennemis. Ils ne craignirent pas davantage ces chariot* employés contre eux-mémes. comme nous l'apprenons de l'armée commandée par Lueulle. Les soldats légionnaires, étant bien disciplinés, ne voyaient pas plus tbt approcher les chariots de Tlgratte . qu'ils s'ourraient pour les laisser passer: et. se refermant aussitôt , ils reprenaient leur rang, et rendaient ainsi l'impéluotllé de ces chariots non-seulement Inutile, même ridicule, jusqu'à crier, comme au Cirque, qu’on en léchât un autre.
chefs avait un char d’où il combattait, attelé ordinairement de deui chevaui ; cl celui qui le conduisait était un homme aussi fort considérable et très-capable de combattre. Il y a peu d'apparence néanmoins que l’art de monter à cheval et de dresser les chevaux fût alors inconnu : au moins du temps d'Homére, il était déjà porté è une si grande perfection, qu’un seul homme menait plusieurs chevaux, et sautait de l’un sur l'autre en courant à toute bride’, comme on le voit dans une comparaison que ce poète emploie.
Le VII* livre de l'Iliade nous représente un retranchement formé d'une bonne muraille flanquée de tours , et environné d’un fossé revêtu de bonnes palissades. « Les Grecs élè- « vent ensuite la muraille et les tours qui « doivent défendre leur camp et leur flotte. « Ils y font d'espace en espace des portes « assez larges pour faire passer des chars, et « ils creusent tout autour un fossé large et « profond qu’ils garnissent de palissades. »
Il n’est point parlé dans Homère des machines dont on se servit dans la suite pour attaquer et défendre les places. Si du temps de la guerre de Troie elles n'étaient point encore eu usage , ce pourrait être là une des raisons qui faisaient que les sièges duraient si longtemps. Mais le silence d’Homère sur ce sujet n'est pas une preuve certaine qu’alors les machines de guerre fussent Inconnues, parce que dans l’Iliade il ne s'agit point d'attaquer la place , et que tous les combats dont il y est parlé se donnent hors de la ville.
Il y aurait encore beaucoup d'observations à faire sur celte matière , et sur d'autres pareilles , comme sur les cérémonies funéraires, sur la navigation, sur le commerce, etc. Il me suffit d'avertir en général qu'il est bon d’y rendre les jeunes gens attentifs, et de leur faire remarquer en passant tout ce qui regarde ces sortes d’usages et de coutumes anciennes, dont quelques-unes même servent à appuyer la religion , comme les cérémonies mortuaires. Car elles tendaient toutes à attester et à transmettre la créance publique uniforme et constante de l'immortalité de l’Ame, puisqu'elles supposaient que les morts y étaient
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sensibles , et que par conséquent leurs Ames subsistaient encore. El par le respect que ces cérémonies inspiraient pour les corps morts, comme pour un dépôt sacré , et par les honneurs quelles leur rendaient , elles jetaient les fondements de la créance de la résurrection des corps , et y préparaient les esprits.
AXTICLR II.
Del mœurs et des devoirs de le vie civile.
Horace r ne craint point d’assurer qu’on trouve dans les poèmes d’Homère une morale plus épurée et plus exacte que dans les livres des plus excellents philosophes :
Qui qutd sil pulcbrom, quiij turpe, quld utile, quid non,
Pleniiu ac roelliu Chrjslppo et Crenlore dlcir.
Ce serait donc se priver d’un des plus grands fruits que l’on doive tirer de la lecture de ce , poêle que de u’y pas remarquer avec soin les excellentes maximes qui y sont partout répandues, et qui peuvent servir de principes pour former les mœurs et pour régler la conduite de la vie. On n'y doit pas moins observer les exemples et les actions sous lesquels ce poêle a eu l’art admirable de cacher ces instructions, afin de les rendre plus insinuantes, plus persuasives, plus parlantes, plus efficaces.