Hospitalité
Il n’y a rien de plus admirable que les maximes répandues dans l’Iliade , et surtout dans l’Odyssée, au sujet des hôtes, des étrangers, des pauvres; et elles doivent faire rougir les chrétiens , parmi lesquels il ne reste presque plus aucune trace de cette vertu pratiquée anciennement parmi les païens d'une manière si noble et si généreuse, et également recommandée aux fidèles par les écritures de l'ancien et du nouveau Testament.
Télémaque aperçoit un étranger qui se tenait près de la porte cl n’osait entrer5. Il court aussitôt , le prend par la main , et l’introduit dans la maison , ne pouvant souffrir, ajoute le poêle, et étant indigné qu’un étranger fût si longtemps à sa porte.
Dans nne autre occasion , le même Télémaque étant entré ehei Eumée*, l’un de ses pasteurs, Ulysse, qui y était , mais inconnu et déguisé sous l’extérieur d’un pauvre vêtu de haillons, se leva aussitôt da siège qu'il occupait pour le céder au maître de la maison. Télémaque, respci tant en lui la qualité d’hôte, lui fit honneur et prit un autre siège.
Nausicaé, fille du roi des Phéaciens', en parlant d'Ulysse qui , échappé du naufrage , s’était présenté & elle dans un état digne de compassion , dit qu'il faut en prendre grand soin. Car, ajoute-t-elle, fous tes pauvres et tous les étrangers viennent de la part de Jupiter.
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Ailleurs il est dit que quiconque a un peu de sens et de prudence regarde un hôte et un suppliant comme son propre frère
Ulysse, cacné sous l'habit d'un pauvre men-
1 S. August. terni. 322; et Ub. 31 de Civil. Dei , c. 8,
> Odjl. 1, 103-121.
5 Ibid, xvl, 41-45.
' Ibid, vi, 200.
1 Ibid. VUI, 640.
diant, ayant élé fort bien reçu par Eumée', qui avait soin d’une partie de ses troupeaux, et Taisant paraître quelque surprise d'un si bon traitement : Comment pourrais-je , lui répondit Eumèe, ne pas bien traiter un etranger, quand même il serait encore dans un bien plus pitoyable Hat que n'est le vôtre1! Tous les étrangers, tous les pauvres nous sont envoyés de la part de Jupiter. On leur donne peu , ajoute-t-il , et ce peu leur est précieux. C'est tout ce que peuvent faire des domestiques en l’absence de leur maître.
Il suflit d'être pauvre pour être bien reçu par Eumée : cette seule qualité lui rend de telles personnes sacrées et respectables «t, tous sans aucune distinction.
Les anciens exerçaient l’hospitalité nonseulement avec générosité et magnificence , mais avec prudence et sagesse. Télémaque témoignait beaucoup d’empressement pour retourner chez lui*. Je n'ai garde, lui dit:Méuélas, de vous retenir ici plus longtemps que vous ne le voudrez. Je ne prétends pas me rendre incommode et importun. L'hospitalité a ses lois et ses règles. Il faut traiter ses hôtes du mieux qu'on peut tant qu'on les possède), et les laisser partir quand ils le souhaitent.
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L'n des principaux officiers de ce prince étant venu lui demander s’il recevrait des hôtes qui se présentaient *, Mènélas , offensé de ce discours : « Qu’est devenue votre sav gesse , lui dit-il , de me venir faire une, telle a demande? J'ai eu grand besoin moi-méme « de trouver de l’hospitalité dans tous les a pays que j’ai traversés pour revenir dans a mes États. Veuille le grand Jupiter que je « ne sois plus réduit h l’éprouver, et que mes a peines soient finies! Allez donc promple- « ment recevoir ces étrangers, et les amenez a & ma table. » Dieu emploie le même motif pour porter les Israélites h exercer l'hospitalité : Aimez les étrangers , leur dit-il .parce
■ Odj», xrr, 51-61.
» laid, xv, 66-74.
* Ibid, iv, 36-36.
que vous l'avez été vous-mêmes dans l'Égypte ’. On secourt plus volontiers les malheureux quand on l'a été soi-même,
Non ignara malt mtseria succurrere disco*.
Les gens de plaisir et de bonne chère considèrent peu les pauvres. Homère l'avait déjà marqué en parlant des Phêaciens’, peuple plongé dans les délices , cl qui ne connaissait point d’autre gloire et d’autre bonheur que de passer la vie dans le* repas, les jeux, la danse, la musique. Lts Phéaciens, dit-il, ne reçoivent pas volontiers les étrangers, et ne les voient pas de bon œil*. la raison d’une telle conduite est toute naturelle : ces personnes étant plus vivement occupées de leur bonheur que les autres , regardent comme perdu tout ce qu'elles ne consument pas ellesmêmes. D'ailleurs tout ce qui a l'air d’indigence et de misère imprime des idées tristes; et ces sortes de personnes les évitent comme le poison de la vie, et comme n’étant capables que de troubler la pureté de la joie et la sérénité du bonheur dont elles veulent jouir. Il parait qu’Homère n'a fait une si affreuse peinture des Cyclopcs, et surtout de Poli— phème . qui maltraitait si inhumainement les étrangers qui abordaient dans son antre, qu'afin de faire regarder comme des monstres et comme des ennemis du genre humain ceux qui manquaient S l'hospitalité.
Aotinoüs , l’un de ces jeunes seigneurs qui étaient toujours en festin dans la maison de Pénélope, fit des reproches è Eumée d’y avoir amené Ulysse. N’avons-nous pas ici assez de gueux et de vagabouds, lui dit- il d’un air méprisant, pour affamer nos tables? pourquoi nous as-tu encore amené celui-ci? Il alla plus loin , et lui jeta è la tète le marchepied qui lui servait lorsqu'il était assis à table, lin des assistants , indigné d’une si brutale insolence, lui dit : Vuus avez grand tort, Antinous , de maltraiter .ainsi ce pauvre homme, a Qui sait si ce n’est point quelque dieu ca-
1 Dent, in, 1».
« Æn. i. 630.
i > Od j». xvu, 374, Me,
I * Ibid, vu, ».
« ché sou» l'habit d'un pauvre? Car souvent « les immortels , sous la figure de voyageurs, « parcourent les villes pour être témoins des « violences qu'on y commet et de la justice « qu'on y observe. »
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On reconnaît ici visiblement ce qui est rapporté dans la Genèse, qu’ Abraham, modèle partait de rem qui ont exercé l’hospitalité , eut l'honneur de recevoir chez lui Dieu même caché sous l'extérieur de trois voyageurs, ou plutôt de trois anges. C’est à quoi saint Paul fait allusion , en disant : Ne négligez pat d'exercer l'hospitalité ; car c'est en la pratiquant que quelques-uns ont reçu pour hôtes des anges sans le savoir *. On voit bien qu’Abraham et Loth sont ici désignés clairement. Et ce qui est fort digne de remarque, c’est que Dieu venait pour lors , caché sous la figure de voyageurs , pour examiner et reconnaître par lui-même jusqu’où allait l'insolence et le déréglement des habitants de Sodôme. Descendant, et videbo utrùm clamorem, qui venit ad me , opéra compleverint ; comme Homère le dit des dieux :
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