EXHORTATION AU SERYICE DE DIEU
que la continuation de l'estre à l’ange n'est pas naturelle et essentielle, et partant on la luy peut desirer non celle qu'il a, et en tant qu'il l’a, ains celle qui est à venir, c’est-à-dire la continuation de celle qu'il à : mais à Dieu son eternité luy est autant essentielle que sa bonté, comment donc est-ce qu'on peut aymer Dieu ?
L’ame regardant en Dieu l'infiny merite de sa bonté, et que d’ailleurs en ce souverain estre rien ne manque, mais tout y est tres-parfaictement : Quod factum est in ipso vila erat (Joan. 1); car tout ce qui a esté fait estoit vie en luy, elle ne desire pas qu’autre bien luy arrive, pource qu'il est impossible. Mais quoy ! elle s’avise d’un autre moyen pour aymer Dieu? Un amy qui desireroit que son amy fust roy, quandil l’est, encore qu'il cesse de desirer, il n'est pas moins amy pour cela, mais au lieu du desir il fait un acte de contentement, d’aise et de resjouyssance du grade que son amy possede : ainsi au lieu de desirer du bien-à Dieu, on se complaist, et on se resjoüyt au bien qu'il possede et qu'il est luy-mesme. Amor benevolentiæ, l'amour de bien-veillance se change en amour de complaysance; complacentiæ : de eet amour parle David quandil dit : O Seigneur, combien est grande l'abondance de vostre douceur ! pource tous mes os diront : Qui est semblable à vous? Quäm magna multitudo dulcedinis tuæ, omnia ossa mea dicent : Domine, quis similis tibi (Psal. 34)? Et Isaye, parlant en la personne de Nostre-Seigneur, dit : Je les resjoüyray et consoleray en la montagne d’oraison ; Lætificabo eos in monte oralionis meæ (Isaï. 56). C’est à quoy nous invite David : Maintenant, dit-il, benissez le Seigneur, etc., Ecce nunc benedicite Dominum, etc. Il dit : Nunc, Maintenant, et comme vous voudriez estre de ces bien-heureux habitans de sa maison, qui le loüeront eternellement; Beati qui habitant, etc., commencez donc maintenant, #unc, à le benir.
L’ame qui est arrivée à ce poinct voyant que sa loüange est trop petite, va cherchant de l'ayde parmy toutes les creatures, pour benir Dieu, disant : Benedicite omnia opera Domini Domino (Dan. 3), Benissezle Seigneur, vous toutes ses œuvres; et ne treuvant assez de quoy assouvir son desir, elle s’escrie : Renunliale quia amore lanqueo (Cant. 2); Annoncez à Dieu que je languis d'amour ; elle se voudroit volontiers sacrifier, et va cherchant quel sacrifice de loüange elle luy pourroit offrir : mais quoy ! elle voit que tous les sacrifices et holocaustes ne luy sont point agreables sans sa grace ; Non delectaberis holocaustis (Psal. 50). La desplaysance, l'humilité et la penitence sont les sacrifices qui