‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 2)Chapitre 23 sur 106 · PREPARATION · texte numérisé non relu

PREPARATION

sera possible, pour dignement communier. Et pour le subjet duquel nous parlons, considerons les facultez principales de l'ame.

Quant à l’entendement, il le faut espurer d’une chose, et le parer d’une autre : il le faut premierement purger de toutes curiositez, en sorte qu'il ne s'enquiert point comment il se peut faire que le propre corps de Nostre-Seigneur, avec son sang, son ame et sa divinité, soit tout entierement en la saincte hostie, et en chaque partie d’icelle; ny comment il se peut faire, qu’estant au ciel, il soit en terre; ny comment il peut estre vray que n’estant qu'un seul corps , il soit neantmoins en tant de lieux, et sur tant d’autels, et en tant de bouches : non, il faut tenir nostre entendement clos et couvert à telles sottes et vaines questions, et curiositez ; car nous n’avons que faire de sçavoir comme ce divin sacrement se fait, 1] suffit que nous scachions qu'il se fait, c'est-à-dire, d’avoir le soin de le faire; nous n’avons pas besoin de nous empescher; c’est à nous seulement d’avoir le soin de bien croire, et de nous en prevaloir. Ce poinct est commun à tous les mysteres de la saincte foy , et à plusieurs autres choses, comme à la creation du monde, duquel nous ne sçaurions dire comme Dieu fit quand il le crea, ny comme il fit quand il crea nostre ame, et la mit dans nostre corps. Qu'est-il donc besoin de sçavoir comment il met son tressainct corps, son sang et son ame en ce sacrement ? C'est à luy de le faire , c'est à nous de le croire. En figure de cela, la celeste manne tomboit jadis au desert, non de jour, mais de nuict, si que nul ne sçavoit comment elle se faysoit, ny comment elle descendoit ; mais le matin estant venu, on la voyoit toute faite et descenduë : ainsi cette sur-celeste et divine manne de l’Eucharistie se fait en une façon et maniere qui nous est secrette et cachée; nul ne peut dire comment elle se fait, et vient à nous; mais par la lumiere de la foy nous la voyons toute faite.

Que si contre cette pureté d'entendement le malin esprit nous donne des tentations , il s'y faut opposer, s’humiliant devant la toute-puissance de Dieu , disant, ou de cœur, ou de bouche : O saincte et immense toute-puissance de mon Dieu, mon entendement vous adore, trop honoré de vous recognoistre, et de vous faire hommage de son obeyssance et sousmission ; Ô que vous estes incomprehensible, et que je suis joyeuse dequoy vous l’estes ! Non, je ne voudrois pas vous pouvoir comprendre ; car vous seriez petit, si une si chetive capacité vous comprenoit. Puis retournant à son propre entendement : Et quoy! petit moucheron, nourry parmy la pourriture de ma chair, voulez-

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