ENSEIGNEMENS POUR LA PRATTIQUE DE LA COMMUNION
quand ils le porterent en leurs bras, et sur leur poitrine, quand ils le baisoient, et que de ses divins bras il les accolloit soüefvement (1); et puis considerer que nous sommes faits semblables à eux par la communion, en laquelle Nostre-Seigneur vient bien plus à nous, que s’il nous baisoit et accolloit. Et quant à Nostre- Dame, imaginons-nous quelle fut son ärdeur interieure, sa devotion, son humilité, sa confiance, et son courage, quand l’ange luy dit : Le Sainct-Esprit surviendra en toy, et la vertu du Tres- Haut t’obombrera, et partant ce qui naistra de toy sera nommé Fils de Dieu ; car il n’y a rien qui soit impossible envers Dieu. Il ne faut point douter que son beny cœur ne s’ouvrist tout entierement aux rayons de ses parolles, qu'il ne s’approfondist dessus tant de benedictions, et qu'à mesure qu'il entendoit que Dieu luy donnoit son cœur propre, qui est son Fils, il ne le donnast reciproquement à Dieu, et qu'alors cette supersaincte Dame ne fondist en charité, et pouvoit dire : Mon ame s’est liquefiée, ou fonduë, quand mon bien-aymé a parlé. Or, quant à nous, nous recevons une pareille grace en la communion, car non un ange, mais bien Jesus-Christ mesme, nous asseure qu’en icelle la vie eternelle se rencontre, et que si nous l’aymons, le Sainct-Esprit vient en nous, et luy et son Pere y font leur demeure. O Dieu! que de suavitez et douceurs; et partant, l'ame peut bien dire comme Nostre-Dame, apres cette consideration : Voicy la servante du Seigneur, me soit fait selon sa parolle! et quelle parolle? selon la parolle qu’il a dite de sa sacrée bouche, que qui le mange, il demeure en luy, et luy demeure en celuy qui le mange, vivra pour luy, par luy, et en luy, et ne mourra point eternellement. C’est pourquoy il est mesmement bon de dire, apres la communion, le sainct Cantique de Nostre-Dame, appellé le Magnificat , et le bien considerer et peser, et pour ce faire il est requis d’en sçavoir la signification en françois.
Je n’ay rien dit du nettoyement de la conscience, qui se fait par la confession, parce que chacun sçait qu'il le faut faire, ou le soir devant, ou le matin, et ce avec un grand soin et humilité.
Vous treuverez peut-estre bien longue cette instruction; mais il faut que vous sçachiez deux choses : l’une, que vous ne devez pas faire tout cecy tout à un coup, mais seulement vous en servir à mesure que vous cognoistrez en avoir besoin, et en prendre ce qui vous agreera; l’autre, c’est que je vous ay couché cette preparation assez au long, afin que vous en puissiez ayder les autres, qui en auront necessité. Au demeurant, parce que
(1) Suavement.