‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 2)Chapitre 28 sur 106 · POUR LA PRATTIQUE DE LA COMMUNION · texte numérisé non relu

POUR LA PRATTIQUE DE LA COMMUNION

comme Rebecca, laquelle estant interrogée si elle iroit trouver Isaac pour estre son espouse, respondit tout court : J'y iray. Aussi devons-nous considerer qu'en ce celeste banquet nous unissons nostre ame par une liaison indissoluble avec Nostre- Seigneur ; c'est pourquoy nous avons raison de dire : Vadam, J'iray; et ainsi nous excitons en nous le desir, l'amour et la confiance avec une grande reverence.

Apres la communion, nous devons semondre({) nos ames à plusieurs sainctes affections, comme, par exemple, à la crainte de contrister et perdre ce sainct hoste, comme faysoit David, disant : Seigneur, ne vous departez point de moy ; ou comme les deux pelerins d'Emmaüs, qui luy disoient : Demeurez avec nous, car il se fait tard ; à la confiance et force d'esprit avec David : Je pe craindray nul mal, parce, Seigneur, que vous estes avec moy ; à la joie d'esprit, à l'exemple de la bonne Lia, laquelle voyant qu’elle avoit conceu un enfant en son ventre, s’escrioit par tout de joye : Ce sera maintenant que mon mary m'aymera; car ayant ainsi en nous-mesmes le Fils de Dieu, nous pouvons bien dire : C'est maintenant que Dieu le Pere m'ayme ; ou bien comme Sara, laquelle ayant Isaac, disoit : Maintenant Dieu m'a fait une joye, et quiconque l'entendra s'en resjouïra avec moy; et il est vray aussi que les anges font feste autour de ce sainct Sacrement, et de ceux qui l'ont receu (comme dit S. Chrysostome) à l'amour; comme l'Espouse, laquelle en cette consideration disoit : Mon bien-aymé est à moy, et moy je suis à luy ; 1l demeurera entre mes mammelles, c'est-à-dire, sur mon cœur; j ay trouvé celuy que mon ame cherit, je le conserveray joyeusement : à l'action de graces, par les parolles que Dieu mesme dit à Abraham, quand il luy eut voüé le sacrifice de son fils; car nous pouvons humblement les adresser à Dieu le Pere qui nous donne son propre Fils en viande : O0 Seigneur, parce que vous m'avez fait

-cette grande grace, je vous beniray de benedictions immortelles, et multiplieray vos loüanges comme les estoiles du ciel; à la resolution de le servir, par les parolles de Jacob, apres qu'il eut

veu la saincte eschelle : Dieu sera mon Dieu, et la pierre de mon cœur cy-devant endurcy sera sa maison : et ainsi on peut tirer mille affections de la saincte communion.

Encore se faut-il servir de l'imagination, pour vous ayder à bien festoyer nostre hoste : or nous les pouvons faire diverses, les plus utiles sont de Nostre-Dame et de S. Joseph; combien de gousts et consolations pendant l'enfance de Nostre-Seigneur,

(4) Semondre , avertir, inviter.

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