‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 2)Chapitre 34 sur 106 · DE S'APPLIQUER A L'ÉTUDE · texte numérisé non relu

DE S'APPLIQUER A L'ÉTUDE

Tirée de la Vie DE $S. FRANÇOIS DE SALES, par M. Maupas, part. 1V, chap. 1v, page 201.

LR RES —

Ceux d’entre vous, mes freres, qui s'employent à des occupations qui leur empechent l’estude, font comme ceux qui veulent manger des viandes legeres contre le naturel de leur estomac grossier; et de là vient qu'ils deffaillent peu à peu. Je puis vous dire avec verité qu'il n’y a pas grande difference entre l'ignorance et la malice; quoique l'ignorance soit plus à craindre, si: vous considerez qu’elle n 'offense pas seulement soi-mesme, mais qu’elle passe jusques au mespris de l’estat ecclesiastique. Pour cela, mes tres-chers freres, je vous conjure de vaquer tres-serieusement à l’estude; car la science à un prestre, c’est le huitiesme sacrement de la hierarchie de l'Eglise, et son plus grand malheur est arrivé de ce que l'arche s’est trouvée en d austres mains que celles des lesvites.

C’est par-là que nostre miserable Geneve nous a surpris, lorsque s’apercevant de nostre oisiveté, que nous n'’estions pas sur nos gardes, et que nous nous contentions de dire simplement nostre breviaire, sans penser à nous rendre plus savants, ils tromperent la simplicité de nos peres et de ceux qui nous ont precedez, leur faysant croire que jusques alors on n’avoit rien entendu à l’Escriture saincte.

Ainsi, tandis que nous dormions, l’homme ennemy sema l'ivraye dans le champ de l'Eglise, et fit glisser l'erreur qui nous a divisez, et mit le feu par toute cette contrée ; feu duquel vous et moi eussions esté consumez avec beaucoup d’austres, si la bonté de nostre Dieu n’eust misericordieusement suscité ces puissans esprits, je veux dire les Reverens Peres Jesuites, qui s ’opposerent aux heretiques, et nous font chanter glorieusement en nostre siecle : Misericordiæ Domini, quia non sumus consumpti (Thren. 3). |

Ces grands hommes, en la seule vertu de celuy dont ils portent le nom, commencerent fortement à diviser ce parti, à l'heure mesme que Calvin pensa à separer la realité dans le Testament que Dieu nous a laissé. Pour cela, pressez par les heretiques, mais plus sensiblement oppressez de ceux qui ne sont

nos freres qu’en apparence, ils souffrirent et souffrent encore des persecutions qui sont toutes venues de Geneve.

Mais leur courage imfatigable, leur zele sans apprehension, leur charité, leur profonde doctrine, et l'exemple de leur saincte etreligieuse vie, les a, par revelation de leur sainct fondateur, asseurez que ces violences dureroient un siecle , apres lequel ils seroient triomphans de l'erreur et des heretiques. Aussi voyonsnous desjà qu’on cesse d'oppresser leur innocence, à mesure que la secte des calvinistes deschet : ainsi va diminuant la hayne populaire que les heresiarques avoient jettée dans l'esprit du vulgaire contre eux.

Ce sont des autruches qui digerent le fer des calomnies en mesme façon qu'ils devorent les livres par leurs continuelles etudes ; qui ont, en supportant une infinité d’injures et d’outrages, etabli et affermi nostre creance et tous les sacrés mysteres de nostre foy, et encore aujourd'huy par leurs grandissimes travaux remplissentle monde d'hommes doctes qui detruisent l’heresie de toutes parts.

Et puisque la divine Providence, sans avoir egard à mon incapacité, m'a ordonné vostre evesque, je vous exhorte à etudier tout de bon; afin qu’estant doctes et de bonne vie, vous soyez irreprochables, et prests à respondre à tous ceux qui vous interrogeront sur les choses de la foy.

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