LETTRE À MADAME DE MERCŒUR
belle ame et assorty le riche naturel du prince decedé. De moy, je confesse n’y avoir contribué que de ma foible énonciation et ma voix, pour servir d'Echo, dans l’estenduë d’une petite heure, à la reputation de ce grand prince, qui parloit assés d’elle-mesme, et qui éclatera à jamais par les beaux exploitz dont non-seulement là France et l'Allemagne, mais toute l'Europe, voire toute la Chrestienté, ont esté tesmoins.
Et si bien l’escrit que j'en donne semble avoir plus de substance et de durée que ma voix n’en a eu en les prononçant, ce sera plus par la consideration des vertus de ce prince que par le tissu et l’ordre que j'ay tasché d’y apporter en l’escrivant. Au reste, si mon affection et bonne volonté n’estoit garante de ma sincerité et obeyssance, la plus belle partie, qui en a esté obmise, auroit rayson de se plaindre : mais ayant entrepris seulement de faire un simple esloge et sommaire de ce qui estoit convenable au tems, au lieu et à l’assemblée, j’ay deu laisser à l’histoire, qui reserve des volumes entiers pour une si belle vie, de suppléer à mon deffaut; me contentant du nom et du devoir de panegvriste, dont j'ay tasché de m'acquitter.
Que si apres cela on veut considerer ce qu'il y a du mien, rien sans doute que la sincerité de mes affections et respectz, qui ne mourront jamais, pour la memoire de ce prince, qui ne doit jamais mourir en celle de tous les bons, mais principalement en la vostre, Madame, qui trouvez avantageusement dans les vertus de ce grand prince et cher espoux deffunt, comme aussi daus les vostres qui luy estoient communes, de quoy vous consoler dans cette sensible privation, quoy que la plus solide, la veritable et la plus chrestienne consolation est celle, que vous avez puisée dans la source, qui est la volonté de Dieu, qui seul en cette occasion a donné ce grand calme et cette absoluë resignation qui paroist en vostre esprit.
Ce n’est pas qu’apres cela, s’il est permis (comme il est sans doute) de chercher quelque adoucissement au dehors, vous n’en ayez un tres-grand dans le precieux gage que ce grand prince vous à laissé de vostre mariage; laquelle estant une image vivante du pere, élle est aussi la legitime heritiere de ses vertus, dont il a laissé le soin à vostre conduite, Madame, pour les cultiver par la noble et chrestienne education que vous luy reservez. |
S1 elle avoit besoin hors de soy de quelque memorial de celles du grand prince que le Ciel luy avoit donné pour pere, je la prierois, sous vostre adveu et bon playsir, Madame, d’aggreer le sommaire que j'en ay dressé en cette piece; vous conjurant,