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POUR LE JOUR DE L'ASSOMPTION DE NOSTRE-DAME. girl
ravissemens ont tousjours continué ; elle a aymé Dieu d’un amour tousjours fort, tousjours ardent, mais tranquille, et accompagné d’une si grande paix, que combien (1) qu'il allast tousjours croissant, cet accroissement neantmoins ne se faysoit pas par secousses ny eslans; ains comme un fleuve qui rétourné doucement au lieu de son origine, elle alloit tousjours s’escoulant presque imperceptiblement du costé de cette union tant desirée de son ame avec Dieu.
L'heure donc estant venuë que la tres-saincte Vierge devoit quitter cette vie, l'amour fit la separation de son ame d’avec son corps, et cette tres-saincte ame estant separée de son corps, s’envola droict au ciel à cause de son incomparable pureté; car qu'est-ce, je vous prie, qui l'en eust peu empescher, veu qu’elle n'avoit jamais contracté aucune soüillure de peché? Tota pulchra.es, amica mea, et macula non est in te (Cant. 4); Ma bien-aymée, vous estes toute pure et sans macule (2), dit l'Espoux sacré du Cantique parlant de la tres-saincte Vierge. Certes, ce qui nous empesche, nous autres, d'aller droict au ciel, quand nous mourons comme fit Nostre-Dame, c’est que nous ne sommes pas encore tout-à-fait purifiez de nos imperfections, et de la soüillure des pechez que nous avons commis : et de là vient qu'il est necessaire que nous nous allions purger et satisfaire à la divine justice dans le purgatoire, avant que de pouvoir entrer au ciel.
Les grands du siecle font quelquesfois des assemblées qui sont non seulement inutiles, mais encore pour l'ordinaire dommageables et nuisibles; et pour les rendre plus magnifiques et agreables à voir, il leur viendra en fantaisie, qu'il ne faut pas
que le lieu où ils les veulent faire soit clair, ains sombre et obscur, et cela parce qu'ils desirent representer quelque ballet qui paroistra dâvantage en l'obscurité; et à cause que les chandelles et les flambeaux apportent trop de clarté, ils font mettre des lampes nourries d'huile parfumée, lesquelles jettant de continuelles exhalaisons donnent beaucoup de suavité et de satisfaction à la compagnie : mais ces lampes nourries d'huile parfumée venant à s’esteindre, jettent alors une bien plus excellente odeur, et remplissent la chambre. d'une bien plus grande suavité qu'elles ne faysoient auparavant.
Nous treuvons en beaucoup de lieux de la saincte Escriture que les lampes representent les saincts qui ont esté des lampes vrayement parfumées, et tousjours ardentes du feu de l'amour
(4) Quoi. — (2) Souillure.
de Dieu, et lesquels, par leurs bons exemples, ont jetté de contiuuelles exhalaisons d’une tres-grande suavité devant les hommes, et specialement devant la divine Majesté; mais cette odeur a esté incomparablement plus suave à l'heure de leur mort, ce qui a fait dire au prophete : Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus (Psal. 115), que la mort des Justes est precieuse devant Dieu; comme au contraire celle des meschans est tresmauvaise et luy est en horreur, Mors peccatorum pessima (Psal. 33), d'autant qu'elle les porte à la damnation eternelle.
Or, si les saincts pendant leur vie ont esté des lampes ardentes et odoriferantes, combien plus la tres-saincte Vierge, la perfection de laquelle a surpassé infiniment toutes celles des saincts? voire mesme quand elles seroient toutes assemblées en une, elles ne seroient nullement comparables à la sienne. Si donc cette saincte Vierge fut toute sa vie une lampe nourrie d'huile parfumée de toutes sortes de vertus, quels parfums pensez-vous qu'elle jetta à l'heure de son glorieux trespas? parfums si excellens que les jeunes filles l'ont aymée, et sont allées apres elle à l'odeur de ses suavitez, ainsi qu'il est dit au Cantique des Cantiques : Zn odorem unquentorum luorüm currimus, adolescentulæ dilexerunt te nimis (Cant. 1).
L’ame sacrée de nostre glorieuse Maistresse estant donc separée de son corps, elle s'envola droict au ciel, et alla respandre ses parfums tres-odoriferans devant la divine Majesté, laquelle la receut, et la colloqua sur un throsne à la dextre (1) de son Fils; mais avec quel triomphe et magnificence pensez-vous qu’elle fut receuë de son Fils bien-aymé, en contre-eschange de l'amour avec lequel elle avoit receu lorsqu'il vint en la terre? O certes! nous devons bien croire, que luy qui a tant recommandé l’amour et le respect envers les parens, ne fut pas mecognoissant envers sa saincte Mere; ains qu'il la recompensa d’un degré de gloire d'autant plus grand par dessus tous les esprits bien-heureux, que ses merites surpassoient incomparablement les merites de tous les saincts ensemble.
Le glorieux apostre S. Paul fait un argument en son premier chapitre de l’epistre aux Hebreux, parlant de la gloire de Nostre- Seigneur, qui est-fort à propos pour nous faire entendre le haut degré de gloire de sa tres-saincte Mere : Tanto melior angelis effectus, quanto differentius præ illis nomen hæreditavit; Nostre-Seigneur, dit-il, a esté d'autant plus eslevé par dessus tout les cherubins et autres esprits angeliques, que son nom est
(1) Droite.
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relevé par dessus tousiles autres noms; car il est dit des anges, qu'ils sont ses serviteurs et messagers, Qui facit angelos suos Spiritus, et ministros suos ; mais à qui d’entre eux a-t-il jamais esté dit : Vous estes mon Fils, je vous ay engendré aujourd'hui, Cui enim dixit angelorum : Filius meus es tu, ego hodie genui te? De mesme nous pouvons dire de la tres-saincte Vierge, qui est le parangon (1) de tout ce qu’il y a de grand, de beau et d’excellent au ciel et en la terre; car à laquelle des creatures peuton dire : Vous estes la Mere du Tout-Puissant, sinon à elle seule ? Il n’y a donc nul doute qu’elle fut eslevée au dessus de tout ce qui n’est point Dieu.
Or, apres que cette tres-saincte ame eut quitté son tres-pur et chaste corps, 1l fut porté au sepulchre et rendu à la terre, ainsi que celuy de son divin Fils ; car il estoit bien raisonnable que la Mere-n’eust pas plus de privilege que son Fils : mais tout ainsi qu'il ressuscita au troisiesme jour, elle ressuscita de mesme trois jours apres sa mort, differemment neantmoins; d'autant que Nostre-Seigneur ressuscita par sa propre puissance et authorité, et Nostre-Dame ressuscita par la toute-puissance de son sacré Fils, qui commanda à l’ame beniste de sa saincte Mere de s’aller reunir à son corps; n’estant pas raisonnable que ce corps tres-sainct, fust aucunement entaché de corruption, puisque celuy de Nostre-Seigneur en avoit esté tiré et y avoit reposé l’espace de neuf mois. Et si l’arche d'alliance dans laquelle estoient les tables de la loy ne pouvoit estre atteinte d’aucune corruption, parce qu'elle estoit faite d’un bois incorruptible, combien estoitil plus raisonnable que cette arche vivante, dans laquelle avoit reposé le Maistre et l’autheur de la loy, dont l’autre n’estoit que la figure, fust exempte de toute sorte de corruption ?
Le prophete royal David, en ses psalmes, nous declare merveilleusement bien la resurrection de la tres-saincte Vierge par ces parolles : Surge, Domine, in requiem tuam, tu et arca sanctificationis tuæ (Psal. 131); Levez-vous, Seigneur, dit-il, triomphant et glorieux pour entrer en vostre repos, vous et l'arche de vostre sanctification. Or ces premieres parolles : Surge, Domine, font mention de la resurrection de Nostre-Seigneur qui, en tant que Dieu, ressuscita de luy-mesme par sa propre vertu; mais celles qui suivent : Tu et arca sanchficationis tuæ, Vous et l’arche de vostre sanclification, se doivent entendre de la resurrection de sa tres-saincte Mere, qui est cette divine arche dans laquelle il a reposé neuf mois. Il est vray que c’est une loy ge-
(1) Modèle.
nerale, que nos corps, apres nostre mort, doivent estre reduits en poussiere; c’est un tribut que nous devons tous, et qu'il faut que nous payons à cause du peché que nous avons tous commis en Adam, pour lequel il luy fut dit, et à toute sa posterité & Pulvis es, et in pulverem reverteris (Gen. 3); Tu es terre, et tu retourneras en terre; pour estre la viande des vers qui mangeront nos corps apres nostre mort, à raison dequoy nous pouvons bien dire, avec Job, à la pourriture : Vous estes mon pere; et aux vers : Vous estes ma mere et ma sœur; Putredini diri : Pater meus es, mater mea, et soror mea vermibus (Job: 17). Mais la tres-saincte Vierge n'ayant jamais contracté aucun peché, ny originel, ny actuel, il estoit tres-à-propos qu’elle fust exempte de cette loy, et de payer ce tribut commun à tous les enfans d'Adam.
Il est dit, au premier livre des Roys, que lorsque le petit David voulut combattre contre Goliath, ce grand geant et cruel ennemy du peuple de Dieu, il s'informa soigneusement parmy les soldats, avant qu'entreprendre la bataille, qu'est-ce que l’on donneroit à celuy qui le vaincroit? Quid dabitur viro qui percusserit Pmhstœum hunc (1. Reg. 17)? et on luy respondit que le roy avoit promis de grandes richesses à celuy qui seroit si heureux que de surmonter ce geant : Ditabit rex divitiis magnis virum qui percusserit eum. Mais cela n’estoit pas suffisant pour contenter le cœur de David, qui estant genereux, ne pensoit rien moins. qu'aux richesses; c’est pourquoy aux richesses l’on adjouste l'honneur : Et filiam suam dabit ei, et domum patris ejus facret absque tributo in Israel; Et le roy, luy dit-on, non seulement l’enrichira , mais il luy donnera encore sa fille en mariage, et le rendra son gendre; mais outre cela il a promis d’exempter sa maison de tribut.
Nostre-Seigneur voulant venir en ce monde, il s’informa, comme fit son grand-pere David, qu'est-ce que l’on donneroit à celuy qui vaincroit ce puissant Goliath, c’est-à-dire le diable, que luy-mesme appelle : Principem hujus mundi; Le prince du monde, à cause du grand pouvoir qu'il avoit acquis sur les hommes par le peché avant son incarnation; et on luy fit la mesme reponse qui fut faite à David : Le roy a dit qu'il enrichiroit celuy qui surmonteroit ce cruel Goliath : et qu'ainsi ne soit (1), escoutez les promesses que le Pere eternel luy fait par son prophete : Dabo tibi gentes hæreditatem tuam, et possessionem tuam terminos terræ (Psal. 2); Je le constitueray roy, dit-il, et
(4) Et comme preuve.
luy donneray plein pouvoir sur tout ce qui est au ciel et en la terre. Mais Nostre-Seigneur n’eust pas esté content de cela, si l'on n’eust encore adjousté que le roy avoit promis qu'il luy donneroit sa fille en mariage : or la fille du roy, c’est-à-dire la fille de Dieu, n'est autre que la gloire. Certes, il est vray que Nostre- Seigneur fut tousjours parfaictement glorieux, et posseda tousjours la gloire, quant à la partie supreme de son ame, d’autant qu'elle fut tousjours conjoincte et unie inseparablement à sa divinité dés l’instant de son incarnation; mais la gloire qu’on luy permettoit estoit la glorification et resurrection de son corps. Neantmoins, il semble que ce divin Sauveur n’eust pas encore esté content de cela, si l’on n’eust adjousté que sa maison, c'està-dire le corps de sa tres-saincte Mere, dans lequel il devoit demeurer neuf mois, seroit exempte de tribut; par où nous voyons qu'ilmerita tres-bien la resurrection de la tres-saincte et virginale chair de Nostre-Dame, avant qu'elle eust receu aucune corruption dedans le sepulchre. Elle fut donc exempte de payer ce tribut commun à tous les hommes, par les merites de son Fils, et ressuscita glorieuse et triomphante, montant au ciel en corps et en ame, où elle fut colloquée à la dextre de son Fils bienaymé, le troisiesme jour apres son trespas.
Que nous reste-t-il maintenant à dire, sinon de considerer si nous ne pourrons point en quelque facon imiter l’assomption glorieuse de Nostre-Dame et tres-chere Maistresse. Or, quant au corps, il est certain que nous ne le pouvons pas faire, jusques au jour du jugement dernier que les corps des bien-heureux ressusciteront pour jouyr de la gloire, et ceux des reprouvez pour estre eternellement damnez : mais quant à l’ame de la Saincte Vierge, qui à l'instant de son trespas s’alla unir et conjoindre inseparablement à la divine Majesté, considerons comment nous pourrons faire pour limiter en cela. Il est dit dans l'Evangile que Marthe, en la maison de laquelle entra Nostre-Seigneur, s'empressoit et se troubloit de plusieurs choses, allant decà et delà par la maison, pour le bien traitter, tandis que sa sœur Marie estoit assise à ses pieds où elle escoutoit sa parolle : Maria sedens secus pedes Domim, audiebat verbum illius. Et pendant que Marthe s’employoit pour nourrir le corps de Nostre-Seigneur, Marie quittoit tout autre soin pour nourrir et substanter son ame, ce qu'elle faysoit en escoutant les parolles sacrées de son divin Maistre; de quoy Marthe touchée d’un petit traict d'envie, comme il y en a extremement peu qui ne soient atteins de ce vice, pour spirituels qu'ils soient, se plaignit à Nostre-Seigneur;
et d'autant plus que l’on est spirituel, l'envie est plus fine, et comme imperceptüble, faysant ses actes si dextrement que l’on a assez de peine de les remarquer : or ces traicts d'envie sont des productions de nostre amour propre, lesquels, comme des petits renardaux, vont gastant et rumant la vigne de nostre ame. Par exemple, quand on louë quelqu'un, et que nous reservons un peu de la loüange que nous sçavons luy estre duë, qui est-ce qui fait cela, sinon l’envie que nous avons de ses vertus? Mais S® Marthe jette son petit traict d'envie par forme de joyeuseté, qui est la plus fine : Maistre, dit-elle, permettez-vous que ma sœur ne m'ayde point, et qu'elle me laisse tout le soin de la maison? commandez-luy qu'elle vienne m'aider : Déc ergo illi ut me adjuvet. Or Nostre-Seigneur, qui est incomparablement bon, encore qu'il cognust son imperfection, si (1) ne la reprit-il pas pourtant severement, ains tout doucement en l’appellant par son nom, comme la caressant amoureusement; car cet Evangile est tout d'amour et l'Evangeliste remarque qu'il luy dit : Marthe, Marthe, tu t'empresses de beaucoup de choses ; et neantmoins une seule est necessaire : Marie a choisi la meilleure part qui ne luy sera point ostée; Martha, Martha, sollhicita es, el turbaris erga plurima; porrû unum est necessarium : Maria optimam partem elegit, quæ non auferetur ab ea.
Certes, nous sommes si miserables, que rarement pouvonsnous faire quelque chose sans empressement, ny avoir aucun soin qui ne soit accompagné de trouble quant à nostre homme exterieur; Car il y a deux parties en nous qui ne font qu'une seule personne, à sçavoir le corps et l'esprit, que l’on peut appeller l’homme exterieur, et l'homme interieur. L'homme interieur, qui est l'esprit, est celuy qui tend tousjours à l'union avec Dieu, et qui fait les discours necessaires pour parvenir à cette union. L'homme exterieur, qui est le corps, est celuy qui regarde, qui parle, qui touche, qui gouste et qui escoute : or c'est celuy-là qui s'empresse, lorsque, par l'instinct de l'homme interieur, il s'exerce à la prattique des vertus, specialement à celle de la charité, afin d'observer le commandement de l’amour du prochain en s’occupant à le servir, comme l’homme interieur observe le commandement de l’amour de Dieu, en s’employant à l’oraison, et autres exercices de devotion; et par ainsi le corps et l'esprit s’exercent en l’observance des deux principaux commandemens, sur lesquels, comme sur deux colomnes, est fondée toute la Loy et les Prophetes.
(1) Toutefois.
ii at in
Les aneiens philosophes ont dit qu'il faut tousjours regarder à la fin de l’œuvre plutost qu’à son exercice : mais nous faysons tout au contraire; car nous nous empressons à l'exercice de
l’œuvre que nous avons entreprise, plutost que de considerer
quelle en doit estre la fin. Mais pour dire cecy plus clairement, la fin de nostre vie, c'est la mort : nous devrions donc penser soigneusement quelle doit estre nostre mort, et ce qui en doit reussir, et nous doit arriver apres icelle (1), afin de faire correspondre nostre vie à la mort que nous desirons faire, estant chose tres-asseurée que telle qu'est nostre vie, telle est d'ordinaire nostre mort; et telle qu'est nostre mort, telle a esté nosire vie.
Or, voyons maintenant comment cet homme exterieur ne sçauroit rien faire sans un extreme soin et sans s’empresser, non pas mesme de s'exercer en la prattique des vertus. Les anciens qui en ont voulu faire la recherche, en ont remarqué un grand nombre, et à la fin ils s’y sont encore treuvez courts ; mais entrons un peu dans cette œconomie des vertus, pour voir si nous en pourrons treuver quelqu’une qu'on puisse prattiquer sans un grand soin. Quel soin ne faut-il pas avoir pour se tenir en une continuelle modestie, afin de ne point eschapper en quelque action qui ressent la legereté? Quel soin ne faut-il pas aussi avoir pour prattiquer la patience, et pour ne se, point laisser
- surprendre à la cholere et n’en point produire d’actes ensuite?
Mais pour prattiquer la vaillance spirituelle, et ne se laisser jamais decourager à la poursuite du bien, quelque difficulté qu'on y rencontre, cela ne se peut faire qu'avec un tres-grand soin et attention sur soy-mesme. Et enfin la constance, la perseverance, l’affabilité, la prudence et la temperance ne se peuvent aussi pratiquer qu'avec un grand soin, principalement pour la temperance en ses parolles : quelle bride ne faut-il pas mettre à sa langue, afin de l’empescher de courir comme un cheval eschappé par les ruës, et d'entrer dans la maison du prochain, voire mesme dans sa vie, ou pour la censurer et controller, ou bien pour luy oster tousjours un peu de la loüange que nous sçavons luy estre duë?
Mais quel remede, me direz-vous, pour ne point avoir tant de soins, puisqu'il faut que je m’exerce en la prattique des vertus? O certes! ce soin, pourveu qu'il soit sans anxieté et empressement, est tres-loüable. Un remede neantmoins pour nous delivrer de tant de soins et de sollicitudes, est de prattiquer l’exercice de Marie, puisque Nostre-Seigneur dit qu'elle a choisi la
(4) Elle.
meilleure part, et qu'une seule chose est necessaire : Porrd unum est necessartum, Maria optimam partem elegit. Or cette seule chose necessaire, que Marie a choisie, n’est autre que l'exercice du sainet amour, lequel contenant en soy la perfection de toutes les autres vertus, il en produit les actes en tems et lieu, selon les occurrences qui se presentent. C’est pourquoy je conclus, et dy en un mot : Ayez la saincte charité, et vous aurez toutes les vertus ; car elle les comprend toutes : et qu’ainsi ne soit, escoutez le grand Apostre (1. Cor. 13) : La charité, ditil, est douce, patiente, benigne, condescendante, humble, affable, et supporte tout; bref, elle contient en soy la perfection de toutes les autres vertus, beaucoup plus excellemment qu'elles ne font pas elles-mesmes, et nous unit non-seulement avec Dieu, mais encore avec le prochain.
Aymer Dieu sur toutes choses, c’est le premier commandement; aymer le prochain comme soy-mesme, c’est l’image de ce premier commandement. O que la tres-saincte Vierge, nostre glorieuse Maistresse, prattiqua merveilleusement bien l’un et l’autre de ces amours, en la reception qu’elle fit de son divin Fils quand il vint au monde! car elle l’ayma et le receut premierement en qualité de son Dieu, et secondement elle l’'ayma et le receut encore en qualité de son prochain, estant une chose impossible d'avoir l’un de ces amours sans avoir l'autre. Done, si vous aymez parfaictement Dieu, vous aymerez aussi parfaictement le prochain, parce qu'à mesure que l’un de ces amours croist, l’autre croist de mesme, et si l’un diminuë, l’autre ne peut pas croistre : si vous avez l’amour de Dieu, ne vous mettez pas en peine de prattiquer les autres vertus, d'autant qu'il ne se presentera point d'occasion de vous y exercer, que sans soin vous ne le fassiez; je dy quelque vertu que ce soit, de patience, de douceur, de modestie, et ainsi des autres. L’on treuve des connils (1) en quantité, et des mousches à milliers; mais des aigles, on en treuve fort peu; l’elephante, à ce que l’on dit, ne fait jamais qu'un elephanton, et la Iÿonne qu’un lyon : ainsi l'exercice de Marthe a quantité d'actes, mais celuy de Marie, qui est l'amour, n’en à qu'un seul, qui est, comme nous avons dit, d'union avec Dieu, lequel neantmoins comprend tous les autres, à cause de son excellence.
Enfin, pour conclure ce discours, je dy que si Nostre-Dame eut un si grand soin de bien recevoir Nostre-Seigneur, lorsqu'il vint en ce monde, avec quelle magnificence pensez-vous qu'il
(4) Lapins, Cuniculus.
la receut aujourd’huy dans le ciel! O certes, il semble que son assomption fut en quelque façon plus glorieuse que l’ascension de Nostre-Seigneur, d'autant qu'à l'ascension il ny eut que des anges qui vindrent au-devant de ce divin Sauveur; mais à l’assomption de sa tres-saincte Mere il y vintluy-mesme, qui est le roy des anges. C’est pourquoy les troupes angeliques s’escrioient comme toutes estonnées : Quæ est ista quæ ascendit de deserto delicus affluens, innixa super dilectum suum (Cant. 8)? Qui est celle-cy qui monte du desert si abondante en delices, et qui est appuyée sur son bien-aymé? Parolles par lesquelles nous pouvons entendre, que si bien Nostre-Dame, à l'heure de son glorieux trespas, monta droict au ciel, comme estant toute pure, elle estoit neantmoins appuyée sur les merites de son sacré Fils, Nostre-Seigneur, en vertu desquels elle entra ainsi en la gloire. Et comme il ne se vid jamais tant de parfums dans la ville de Hierusalem, que la reine de Saba y en porta avec soy lorsqu'elle alla visiter le grand Salomon, lequel en contre-eschange luy fit de tres-riches presens conformes à sa grandeur et magnificence royale : de mesme, je dy qu'on ne vid jamais tant de merites et tant d’amour portez au ciel, par aucune pure creature, comme la tres-saincte Vierge y en porta à sa glorieuse assomption; en contre-eschange de quoy ce grand roy eternel, Dieu tout-puissant, luy donna un degré de gloire digne de sa grandeur et des incomparables merites de cette saincte Vierge, comme aussi le pouvoir et le privilege de distribuer à ses devots des graces dignes de sa liberalité et magnificence royale, la colloquant par dessus tous les anges, cherubins, et seraphins pour regner avec luy dans l'eternité bien-heureuse, où nous conduise le Pere, le Fils et le Sainct-Esprit. Ainsi soit-il.
DIEU SOIT BENY
(RECUEILLI
Dirupisti vincula mea, tibi sacrificabo hostiam laudis. O Seigneur, vous avez rompu et brisé mes liens , je vous offriray un sacrifice de loüange. (PsaLx. 115.)
APRES que S. Augustin a raconté, au livre huictiesme de ses Confessions, ce grand combat et cette grande contention qu'il avoit sur le poinct de sa conversion, és (1) deux parties de son ame, inferieure et superieure, combat le plus grand et le plus difficile à surmonter qui se puisse dire, apercevant enfin les yeux de la divine misericorde qui le regardoient, il s’escrie : O mon Dieu, je confesse que je suis vostre serviteur, et le fils de vostre servante; vous avez rompu les liens dont j'estois lié; Domine, ego servus tuus et filius ancillæ tuæ, dirupishi vin- Cula mea; je vous offriray un sacrifice de loüange, Tobi sacrmficabo hoshiam laudis (Conf. lib. 1x, 1). Maintenant donc que mon cœur et ma langue vous loüent, et que tous mes os disent : Seigneur, qui est semblable à vous? Domine, quis similis tibi (Psal. 34)? Qu'ils vous fassent cette demande, et vous leur respondrez, et direz à mon ame : Je suis ton salut, Salus tua ego sum. Qui suis-je, moy, et quel mal n'ay-je point fait et commis, quel peché y a-t-il au monde auquel je n’aye offensé Dieu par œuvres, Où sice n'a esté par mes œuvres, Ç'a esté par mes parolles , ou si je me suis gardé de l'offenser par mes parolles, quel mal y a-t-l que je‘ n'aye fait par ma volonté? Tu autem, Domine, bonus et misericors, et dextera tua respiciens profunditatem mortis meæ ; Mais vous, Seigneur, vous estes bon et plein de misericorde, et de .vostre dextre (2) vous avez regardé la profondeur de ma mort, et m'avez deslié des liens de mes pechez; c'est pourquoy je vous offriray un sacrifice de loüange.
Quel meilleur subjet pourrois-je prendre, pour l'entretien que j'ay à vous faire aujourd'huy, mes cheres sœurs, que ces parolles du psalmiste : Dirupisti vincula mea, tibi sacrificabo hostiam laudis? Mais pour rendre mon discours plus familier, je le diviseray en deux poincts. Au premier nous verrons quels sont les liens desquels S. Augustin estoit lié; et au second, quel sacrifice de loüange il a offert à Nostre-Seigneur. ?
(4) Dans les. — (2) Droite.
Quant au premier poinct, c’est une chose admirable de voir comme ce grand sainct, au livre de ses Confessions, parle de luy-mesme, et comme il raconte d’un style tout divin les liens desquels il estoit miserablement lié, sur lesquels toutesfois je ne m'arresteray pas beaucoup; ains (1) ne feray que les marquer en passant, d'autant que vous les pourrez lire avec beaucoup plus de playsir que de les entendre dire : c'est pourquoy je me contenteray de vous rapporter seulement ce qui sert à mon propos. J’estois, dit le grand S. Augustin, lié et enchaisné des chaisnes et des liens d’une maudite volupté, avec une volonté enferrée qui faysoit que, de mon plein gré, Je me vautrois dans mes vicieuses habitudes.
Les theologiens, parlant des liens dont les hommes sont liez, disent qu'il y en a de trois sortes. Premierement, le diable a des liens et des chaisnes, avec lesquels il tient les hommes liez et enchaisnez, et les rend ses subjets et ses esclaves. Or ces liens ne sont autre que le peché, qui nous rend non-seulement esclaves de nos passions, ains encore du diable; et nul ne nous peut deslier de ses liens, que la main toute puissante de Dieu; et ces liens, comme dit le mesme $S. Augustin, nous sont merveilleusement bien representez par les liens de $S. Pierre, lorsqu'il fut lié dans la prison avec des chaisnes et menottes de fer; car, bien qu'il fust lié et emprisonné par la justice, ses liens neantmoins ne laissent pas de nous representer le peché, qui, comme menottes et chaisnes de fer, tient le pecheur si estroitement lié, qu'autre que Dieu ne le peut deslier.
Les seconds liens sont les liens de la chair, qui ne sont autres que la sensualité et volupté, liens certes qui sont grandement dangereux et difficiles à rompre.
Les troisiesmes liens sont ceux du monde, qui lie les ames des liens d’une malheureuse convoitise, d’où vient un desir dereglé d’acquerir des richesses, des honneurs et dignitez, d'où procede encore l’orgueil, l'ambition et la vanité.
Mais Dieu a aussi des chaisnes et des liens desquels il lie et enchaisne les ames, dont les uns sont de fer et les autres d’or; et comme dit le grand S. Augustin, ces liens et chaisnes de fer ne sont autres que la crainte du jugement, de la mort et des peines eternelles dont 1l menace les pecheurs en plusieurs lieux de l'Evangile : menaces par lesquelles l’apostre S. Paul espouvantoit les princes et les roys, les petits et les grands, en leur annonçant qu'il y à un juge souverain qui est Dieu, qui doit
(4) Mais.
venir juger les vivans et les morts, et auquel tous les hommes doivent rendre compte de toutes leurs actions, et de tous les pechez qu'ils auront faits; et par telles et semblables parolles que disoit ce grand apostre, plusieurs, redoutant les terribles jugemens de Dieu, et les peines eternelles dont il punit les meschans, faysoient penitence, et se laissant lier des liens d’une forte crainte, et d’une vive apprehension de ses divins jugemens, ils se convertissoient.
Outre ces liens de fer, Nostre-Seigneur a encore des liens d’or, qui sont des liens d'amour et de dilection, desquels il lie plusieurs ames, et les rend ses esclaves, mais d’un esclavage si suave et amoureux, qu'il vaut mille fois mieux que la miserable hberté, que les enfans du monde estiment tant. Or, les ames qui sont liées de ces liens, sont celles qui, sans aucune crainte ny consideration du jugement, ny des peines d'enfer, viennent à Nostre-Seigneur, attirées par les doux et aymables attraicts de sa dilection, se dedier et consacrer entierement à son divin service.
Et pour revenir à S. Augustin, il estoit lié de trois liens, à scavoir, de la volupté, de la vanité et de l’avarice, ainsi qu'il raconte luy-mesme dans ses Confessions; mais certes de telle maniere qu'il fait pleurer. ceux qui les lisent avec attention, voyant qu'il estoit tellement embarrassé et si fort pressé dans ces liens du vice, qu'il ne s’en pouvoit deprendre. Considerez-le engagé dans ce miserable lien de la volupté : il y estoit tellement plongé, qu’il luy sembloit impossible de vivre sans commettre ce detestable peché; il vouloit s’en retirer, et ne le vouloit pas. C’est pourquoi sa bonne mere et ses amis luy conseilloient de se marier; mais la providence de Dieu, qui le destinoit à autre chose, dissipa tous ces conseils. Vostre conseil, Ô Seigneur, dit ce grand sainct, demeure ferme et stable eternellement : Consilium Domint in æternum manet (Psal. 32); Conseil eternel par lequel vous vous mocquez des nostres et de tous nos desseins, disposant et ordonnant toutes choses selon vostre bon playsir. Je confesse, à mon Dieu, qu'il falloit vostre sagesse, vostre bonté et vostre main toute puissante pour me faire changer de vie, et me deslier des liens de mes pechez, et m’arracher des griffes de mon ennemy, entre lesquelles je m'estois volontairement jetté. Certes, ce peché est tres-detestable, et le plus dangereux de tous; et quoy qu'il ne soit pas si grand que le blaspheme et la hayne de Dieu, il est neantmoins beaucoup plus difficile de s’en depestrer et desbrouïller.
Le second lien duquel ce grand sainct estoit lié, c’estoit la vanité ; il confesse luŸ-mesme qu'il avoit ce deffaut. O pauvre Augustin, vous estiez maistre de la rhetorique, et parmy ces belles phrases, ces proses et ses declamations, vostre esprit estoit vain et enflé de superbe ; car les sciences humaines enflent, dit l’Apostre : Scientiainflat (1. Cor. 8). Il estoit un grand docteur et orateur, 1l faysoit des oraisons de rhetorique belles à merveille, et par sa grande science il se faysoit tellement craindre et redouter, qu'on ne l’osoit aborder ny entrer en dispute avec luy, crainte d’en sortir avec confusion; ce qui l’enfloit tousjours davantage, voyant l'estime qu’on faysoit de son bel esprit, qui estoit grandement subtil.
J'ay accoustumé de dire qu'il y a la mesme difference entre les beaux et les bons esprits, qu'il y a entre le paon et l'aigle. Le paon, comme chacun sçayt, est un tres-bel oyseau : 1l a un piumage extremement beau et agreable à voir, pour la varieté de ses couleurs; mais cela le rend grandement superbe et orgueilleux. Voyez comme il fait la rouë, estendant ses plumes pour se mirer dedans et les faire voir! mais quelles sont ses œuvres, et à quoy s'amuse-t-il? certes, à rien autre qu’à prendre des mousches et des araignes (1), pour se nourrir : c’est pourquoy le laboureur n’en tient point en sa maison; car outre que cet animal luy est inutile, il luy apporte encore du dommage, parce qu'il monte sur les toicts et les decouvre, pour chercher des araignes afin de se nourrir. Mais l'aigle, qui n'a point cette beauté en son plumage, fait des œuvres bien plus solides et plus nobles ; car on ne le void presque jamais sur la terre, ains il se guinde (2) tousjours en haut vers le ciel : c'est pourquoy les naturalistes disent qu’il est le roy des oyseaux, non pour sa beauté, ains pour sa generosité.
Il en est de mesme des beaux et des bons esprits, que du paon et de l'aigle : les beaux esprits, estant remplis de vanité, ne s'amusent qu'à de vaines imaginations, et pour peu qu'ils fassent, 1ls deviennent vains et enflez de superbe et d'estime d’eux-mesmes, pensant tousjours qu'ils font beaucoup, et qu’ils sont fort capables ; au contraire les bons esprits font des œuvres genereuses et solides et ne s’en enflent point, ains en deviennent tousjours plus humbles et rabaissez. Or, c’est ainsi que fit &. Augustin apres sa conversion, lequel changea la beauté de son esprit en bonté, ou plutost joignit la beauté avec la bonté; car ç'a esté un phenix entre les docteurs, et l’on partage la gloire
(1) Araignées. — (2) S’élève.
des beaux et des bons esprits entre S. Augustin et S. Thomas d'Aquin, pour ce qui est de la saincte theologie, et profonde science des choses de Dieu.
Le troisiesme lien duquel $. Augustin estoit lié, c’estoit l'avarice; car il enseignoit pour le gain temporel, et il confesse luymesme qu'il estoit avaricieux et attaché au gain. O que c’estoit un puissant et dangereux lien que celuy-là! parce qu’il avoit beaucoup d’ambition et de grandes pretentions et esperances de s'enrichir et advancer dans le monde par ce moyen.
O certes ! il falloit bien une main toute-puissante pour deslier S. Augustin de tant et de si forts liens. Hé Dieu ! qui pourroit concevoir les combats etconvulsions qu’enduroit sa pauvre ame, lorsqu'il vouloit reprendre sa liberté, et se defaire des fers et menottes desquels il estoit enferré ! Traisnant tousjours mon lien, dit-il, ægrotabam et excruciabar, j'estois combattu et tourmenté interieurement jusques à en estre malade; parolles qui font bien voir la peine et le combat de son ame. Mais lorsque Dieu, par son infinie misericorde, eut touché et rompu ses liens, et qu'il se sentit en liberté, il commença, comme tout ravy et transporté hors de luy-mesme, à chanter le cantique de la divine misericorde; et s’escriant saisy d’un sainct estonnement, 1l dit ces parolles : Dirupisti vincula mea, tibi sacrificabo hostiam laudis; O Seigneur! puisque par vostre bonté vous m'avez deslié des liens de mes pechez, passions, mauvaises coustumes et habitudes, je vous sacrifieray un sacrifice de loüange.
O Dieu! que grands et admirables sont les effects de vostre puissance et misericorde! Plusieurs, comme S. Augustin, estant desliez, par le secours de vostre grace, des liens du peché, viennent par apres consacrer le reste de leur vie en la religion, afin de servir vostre divine Majesté, en sancteté et Justice. Il y en a d’autres qui y viennent chastes et libres de toutes voluptez : à qu’ils sont heureux de ne s’estre point engagez dans les liens de ce peché! Il y en a d’autres qui ne sont point avaricieux, lesquels quittent volontairement tout ce qu'ils possedent, afin d’embrasser la pauvreté : l’on quitte bien la terre et autres telles bagatelles; mais ce n’est pas assez pour estre parfaict, il faut passer outre. Plusieurs, à la verité, quittent bien les choses exterieures, mais il y en a fort peu qui quittent leurs vaines pretens tions : l’on a encore tant de belles esperances de cecy et de cela, l’on ne se vuide point entierement de son propre interest. Mais quant à ce qui est des liens de la vanité, à certes! il est tres-difficile de s’en defaire, et je ne sçay s’il y en a pas un qui n’en
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soit lié ; car ce mal est si commun et universel entre les hommes, qu'il ne s’en treuve quasi point qui ne soient enlacez dans ses filets; et S. Augustin, apres sa conversion, parlant de ce deffaut, dit ces parolles : Je ne scay s’il s’en treuve quelqu'un qui soit exempt de vanité, de complaysance de soy-mesme et de sa propre estime : si cela est je n’en sçay rien; quant à moy je ne suis pas du nombre, car je suis un homme pecheur.
O Dieu! combien ce glorieux sainct, apres sa conversion, estoit contrit ét humilié, et plein de recognoissance des graces qu’il avoit receuës de cette souveraine bonté! avec quel ressentiment de dilection disoit-il ces parolles du psalmiste : Quid retribuam Domino, pro omnibus quæ relribuit mihi? Que rendray-je au Seigneur, pour tant de biens qu'il m’a faits? Puis poursuivant, d'un esprit tout plein de gratitude et d’une amoureuse recognoissance, il luy disoit : Tobé sacrificabo hostiam laudis; Je