‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 2)Chapitre 48 sur 106 · INSTRUCTION POUR LE JOUR DE S$S. CLAUDE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION POUR LE JOUR DE S$S. CLAUDE

dit in Israel (Psal. 77). Moyse et Aaron, dans une autre cir-

constance, recourent à Dieu pour avoir de l’eau. Moyse frappe

deux fois le rocher, l’eau coule avec abondance; mais parce que

son frere et luy avoient eu quelque doute, Dieu leur declare

qu'ils n’entreront point dans là terre promise : Quia non cre-

- didistis mihi, non introducetis hos populos in terram quam dabo eis (Num. 20).

- De quoy Jesus reprend-il ses Apostres? C’est de n’avoir pas creu au tesmoignage des personnes qui avoient veu qu'il estoit ressuscité : Qua ts qui viderant eum resurrexisse, non crediderunt (Marc. 16). C’est ainsi que, dans une autre occasion, il reprit S. Thomas de n'avoir pas creu au tesmoignage des autres Apostres : Mol esse incredulus, luy dit-il (Joan. 20). I] ne suffit pas de croyre à l’Escriture, il faut croyre au tesmoignage de l'Eglise. Les ministres protestans veulent bien que les simples se fient à leur parolle, quoyqu'ils recognoissent pouvoir se tromper sur le sens de la saincte Escriture.

Apres que Nostre-Seigneur eust fait ce reproche à ses Apostres, il leur commanda de prescher l'Evangile : Prædicate evangelium omni creaturæ (Marc. 16); il ne leur ordonna pas de l’escrire, ains (1) de le prescher. Avant de monter au ciel, il establit dans son Eglise non des escrivains, ains des pasteurs et des docteurs : Ascendens in altum... Ipse dedit. Alios autem pastores et doctores (Ephes. 4). C’est en entendant la predication que la foy s’est establie dans le monde : Quis credidit auditur nostro?.….

Fides ex auditu (Rom. 10).

POUR LE JOUR DE S. CLAUDE, JOUR AUQUEL LA CONGREGATION DE LA VISITATION À ESTÉ INSTITUÉE.

(6 juin.)

L'on a tousjours fait de grandes solemnitez à la reception des ames lesquelles se sont consacrées à Dieu pour le servir en religion : mais je remarque que l’on a tousjours fait plus de solemnilé pour celles des filles, que non pas pour celles des hommes, et pour moy, je croy que c'est parce qu'estant d’un sexe plus fragile, l'on doit d'autant plus admirer la force qu’elles ont eue pour mespriser toutes les choses de la terre : leur generosité fait certes honte à beaucoup de personnes, qui se tiennent pour bien

@) Mais.

vaillans et courageux. Ils estiment, disent-ils, grandement le bonheur qu'il y a d’estre tout à Dieu; mais pourquoy done, sil est vray que vous estimiez tant ce bonheur, ne vous retirez-vous du monde, pour estre plus parfaictement siens, et le servir plus parfaictement, puisque vous n'avez point de legitime occasion de demeurer dans le monde? O Dieu! je ne me puis, direz-vous, destacher de telle et telle chose que j’ayme tant; je le desirerois. bien, mais je ne puis. Confessez donc que vous manquez de force et de courage, et que vous vous laissez surmonter par des amours que vous estimez plus faibles et plus fragiles. Mais affin que les uns et les autres ayent occasion de s’humilier, 1l faut que nous recognoissions que nostre force et nostre courage ne vient pas de nous. Le grand apostre S. Paul dit que nostre suffisance vient du ciel : c’est au Sainct-Esprit à qui nous en devons rendre la gloire, lequel se playt à choysir les choses les plus foibles et viles, pour manifester sa grandeur et son incomparable bonté Cr: Cor. 1). Chose admirable, que la diversité des attraicts du Sainct-Esprit: L’Espouse, au Cantique des cantiques, dit à son divin Espoux : Ton nom, mon bien-aymé, est comme une huyle, et un baume respandu, qui donne une bonne odeur par toute la terre, et c’est pourquoy les jeunes filles t'ont desiré (Cant. 4). Oh ! que grand est le bonheur des jeunes filles, lesquelles desirent Nostre-Seigneur, et se consacrent toutes à son amour ! Je n’entens pas, par ce mot de Jeunes, parler de celles qui le sont d’aage, bien que le bonheur de celles-cy soit tres-grand, de pouvoir donner les premieres et meilleures années au service de la divine Majesté; mais je veux dire celles qui sontjeunes et tendres à la devotion. Mais que pensez-vous que soient ces odeurs qui les attirent? Hé donc! cette divine amante, et nous aussi, avons bien raison de nous en estonner; car ces odeurs ne sont autre chose, sinon des croix, les espines, les clous, la lance. O Dieu! quelle merveille est celle-cy, que Nostre-Seigneur se fasse desirer, et attire les ames à sa suitte, par le moyen de tout ce qui est si rude et affreux au sens humain ! Voyez-vous, nous n'avons point accoustumé de tromper les filles qui se presentent pour estre reçuës dans la religion; car nous leur disons qu'il faut qu’elles meurent en y entrant, et qu’il ne faut point qu'elles vivent à tout ce qu’elles ont vescu au monde. Au monde, vous viviez à vostre propre volonté, et maintenant il la faudra faire mourir; vous viviez à tous vos sens, et desormais 1l faut qu'ils soient morts; vous viviez en esperance d’avoir des biens, que les anciens philosophes ont voulu appeller fortune, mais moy,

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