‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 2)Chapitre 49 sur 106 · POUR LE JOUR DE S. CLAUDE · texte numérisé non relu

POUR LE JOUR DE S. CLAUDE

je les appelle biens d'adventure, à sçavoir, les richesses, les honneurs, les grandeurs, les preeminences : desormais, il faut mourir à tout cela. Vous ne possederez plus rien en propre, l’on ne preschera plus vos loüanges, il ne sera plus fait aucune mention de vous, non plus que si vous n’estiez plus au monde; bref, il faut que vous mouriez à la propre volonté, à la volupté, à la vänité : mourir à la volonté, oh! que ce poinct est necessaire! l’on ne sçauroit assez penser à sa necessité.

Le grand S. Basile, considerant cecy, se fait une question à luy-mesme : Ne seroit-il pas possible de servir Dieu parfaictement, faysant de grandes penitences et rudes austeritez, voire de grandes œuvres pour Nostre-Seigneur, conservant la propre volonté? Soudain apres, il se respond à soy-mesme, mais en la personne de Nostre-Seigneur et tres-sacré Maistre, disant : Je me suis vuidé de ma propre gloire, je suis descendu du ciel, j'ay pris sur moy toutes les miseres humaines, et en fin finale je suis mort, et de la mort de la croix; et pourquoy tout cela? c'eskpeut-estre pour pastir, et par ce moyen sauver les hommes, ou peut-estre je l'ay fait par mon choix et volonté? Oh! non; la seule cause pour laquelle j’ay fait tout ce que j’ay fait, c’a esté pour me sousmettre à la volonté de mon Pere, qui estoit telle. Et pour monstrer que ce n'est pas mon choix, il faut que vous sçachiez que si la volonté de mon Pere eust esté que je fusse mort d’une autre mort que celle de la croix, ou bien que j’eusse vescu en ce monde dans les delices, je me fusse tourné aussi prompt à

sa volonté que j'ay fait, parce que je n’estois pas venu au monde pour faire ma volonté, mais pour faire celle de mon Pere qui m'a envoyé.

O Dieu! si Nostre-Seigneur, dont la volonté ne pouvoit estre que tousjours absolument parfaicte, et partant ne pouvoit choysir aucune chose qui ne fust tres-aggreable à son Pere, n’a point voulu vivre selon icelle (e//e); comment donc, nous autres, aurons-nous la hardyesse de laisser vivre la nostre, le choix de laquelle, pour l'ordinaire, gaste toutes nos œuvres?

Enfin, point de vertus dans l'amour de la propre volonté; S. Bernard le dit tout court, que rien ne brusle en enfer que la propre volonté. Mais ce n'est pas tout; car nous disons à ces filles qui veulent entrer en religion, qu'il faut qu’elles meurent à tous leurs sens, c'est-à-dire, qu'il ne faut plus d’yeux pour voir, ny d'oreilles pour ouyr. Ainsi des autres sens ; il leur faudra retrancher leurs fonctions. Vous aviez accoustumé de porter la veuë haute et vos yeux tousjours ouverts, pour voir toutes choses;

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