HOMELIE POUR LA FESTE DE N.-D.-DES-NEIGES
parce qu’elle preserve la terre des grandes gelées; et si bien il semble que la neige ne puisse pas rechauffer la terre à cause de sa froideur, si (1) ne laisse-t-elle pas de la rendre feconde pour la cause que je viens de dire ; et le grain se conserve sous elle. La vocation religieuse est une vocation feconde, parce qu’elle rend les actions les plus indifferentes fertiles et pleines de merites. Le boire, le manger et le dormir sont des choses qui, d’elles-mesmes, sont indifferentes, et n’ont aucun merite. Je sçay bien qu'il faut manger pour nourrir le corps, afin qu'estant uny à l’ame ils puissent ensemble passer le cours de cette vie selon l'ordonnance de Dieu, et qu'il faut boire pour empescher le corps de se dessecher, de mesme qu'il faut dormir pour estre ensuite plus vigoureux au service de la divine Majesté. Faire toutes ces choses ainsi, c'est obeyr au grand Apostre qui dit : Sive ergo manducatis, sive bibitis, sive aliud quid facilis, omnia in gloriam Dei facite (1. Cor. 10); et celui qui fait ces actions autrement, ne vit pas en chrestien, il vit en beste.
Mais ceux qui sont dans un monastere font toutes leurs actions bien plus particulierement pour la gloire de Dieu, parce qu'ils les font toutes par obeyssance. Ils auroient beau avoir appetit, ils n'iroient pas manger pour satisfaire leur appetit, mais ils y vont pour obeyr; de mesme ils ne vont point dormir parce qu'ils ont sommeil, ny parce qu'il faut dormir pour rendre le corps plus vigoureux; Car si le tems n'en est pas encore venu et si la cloche qui est le signe de l’obeyssance ne les appelle point, ils n’y iront pas.
Oh! que le bonheur de pouvoir obeyr en tout ce que nous faysons est grand! Mais sçavez-vous d’où procede la felicité de ces ames religieuses? C'est de ce qu’elles ont obey à ces parolles que Nostre-Seigneur leur a dites en la personne de son prophete : Audi, fiia, et vide, et inclina aurem tuam, et obliviscere populum tuum et domum patris tui (Psal. 44).
Remarquez, je vous prie, qu'il ne se contente pas de luy dire qu'elle escoute, mais il luy recommande encore d’incliner son oreille, c'est-à-dire qu'il veut être escouté avec une particuliere attention et avec affection. Mais dites-nous, sainct prophete, quel sera l’effect de cette obeyssance? C'est, ajoute-t-il, que le roy deviendra amoureux de ta beauté, Et concupiscet rex decorem tuum, c'est-à-dire, il fera de toi son espouse bien-aymée et prendra ses delices en toy.
Voyez comment cette obeyssance comprend en soi tout le bon-
(1) Encore.