‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 2)Chapitre 57 sur 106 · POUR LA FESTE DE NOSTRE-DAME-DES-NEIGES · texte numérisé non relu

POUR LA FESTE DE NOSTRE-DAME-DES-NEIGES

blanche que la neige : Asperges me hyssopo, et mundabor ; lavabis me, et super nivem dealbabor (Psal. 50).

Or ces ames appelées à l’estat religieux, sont rendues blanches comme la neige par le vœu de chasteté. Elles renoncent à tous les playsirs de la chair tant permis que deffendus, et elles en sont recompensées par des playsirs et des contentemens d'esprit.

Le prophete disoit à Dieu : Unam pet a Domino, hanc requiram, ut inhabitem in domo Domini omnibus diebus vitæ meæ, ul videam voluplatem Domini (Psal. 26). Cela signifie que nul ne jouyra des cheres caresses, ny des delicieux playsirs du Seigneur, que ceux qui renoncent à tous les vains playsirs de la chair et du monde. L'on ne sçauroit posseder ensemble les uns et les autres.

Il-est pourtant veritable que Nostre-Seigneur nourrit tous ses enfants de la misericorde qui, comme un laict sacré, disülle de son sein. Ce laict est une liqueur qui retire le pescheur de son iniquité, et la luy pardonne, et qui d’autre part nourrit les parfaicts, et les perfectionne tousjours davantage. C’est une liqueur plus douce que le miel, plus suave que le nectar et lambroysie; elle est toute sucrée. Bien-heureuses sont donc les ames qui, renonçant absolument aux playsirs et delices de la chair, lesquels nous sont communs avec les bestes, Jouyssent de ceux de l'esprit, qui nous rendent semblables aux anges.

Passons à la seconde qualité de la neige. Je dy qu'elle est obeyssante. Le divin Psalmiste asseure qu’elle fait la volonté de Dieu, et qu’elle obeyt à sa parolle : Mix, glacies, spiritus procellarum, quæ faciunt verbum ejus (Psal. 148). Considerez qu’elle demeure sur la terre jusqu'à ce qu’il playse à Dieu d'envoyer un rayon de soleil qui vienne la dissiper et la faire fondre. Telles sont les ames qui se consacrent à Dieu; car elles sont souples et se sousmettent absolument à la direction et conduite de ceux qui commandent, sans se laisser jamais maistriser par leur propre volonté ny par leur propre jugement; et comme elles renoncent à tous les playsirs de la chair, de mesme elles renoncent sans reserve au playsir qu'elles prenoient dans le monde à suivre le mouvement de leur propre volonté en tout ce qu'elles faysoient. Desormais elles ne luy seront plus subjettes ; ains elles seront subjettes aux regles de leur institut. O douce et amoureuse sousmission qui nous rend aggreables à Dieu!

En troisiesme lieu la neige est feconde. Les paysans et ceux qui labourent la terre asseurent que, lorsqu'il tombe de la neige en hyver abondamment, la moisson sera plus belle l’année suivante,

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