‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 2)Chapitre 82 sur 106 · SECONDE REGLE DE LA FOY · texte numérisé non relu

SECONDE REGLE DE LA FOY

IL faut par consequent , outre cette regle premiere et fondamentale de la parolle de Dieu, une autre seconde regle, par laquelle la premiere nous soit bien et duëment proposée, appliquée et declarée : et affin que nous ne soyions pas subjets à l'esbranlement et à l'incertitude , il faut que non-seulement la premiere regle, à sçavoir, la parolle de Dieu, mais encore la seconde, qui propose et applique cette parolle, soit du tout infaillible : autrement nous demeurerions tousjours en branle et dans le doubte d’estre mal reglez et appuyez en nostre foy et en nostre croyance, non point par le deffaut de la premiere regle, mais par l’erreur et faute de la proposition et application d'icelle. Or certes, le danger est esgal, ou d’estre dereglé à faute d’une juste regle, ou d’estre mal reglé, à faute d’une application bien

* regiée et juste de la regle mesme; mais cette infaillibilité requiert, tant en la regle, qu’en son application, de ne pouvoir avoir sa source que de Dieu mesme , qui est la vive et premiere fontaine de toute Verité. Passons outre.

Tout de mesme que Dieu revela sa parolle, et la prescha par la bouche des Peres et des Prophetes, et finalement par son Fils unique, puis par les Apostres et les Evangelistes, desquels les langues ne furent que comme les plumes des Secretaires, escrivant tres-promptement et fidellement, et employant en cette sorte les hommes pour parler aux hommes; ainsi, pour nous proposer, appliquer et declarer cette divine parolle, il employe encore aujourd'huy son Espouse visible, la sainete Eglise, comme le truchement et linterpreste de ses intentions. C’est donc Dieu seul qui regle nostre foy chrestienne, mais avec ces deux instrumens qui nous sont appliquez en diverses façons : premierement, par sa parolle, comme avec une regle formelle ; secondement, par son Eglise, comme par la main du regleur et du compasseur. Disons, s’il est permis, que Dieu est le peintre, nostre Foy la peinture : les couleurs sont la parolle de Dieu, le pinceau c’est l'Eglise. Voilà donc les deux regles ordinaires et infaillibles de nostre croyance : la parolle de Dieu, qui est la regle fondamentale, et la mesure formelle; et l'Eglise de Dieu , qui est la regle d'application.

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