‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 5)Chapitre 38 sur 158 · ARCHEVESQUE: DE LYON · texte numérisé non relu

ARCHEVESQUE: DE LYON

SUR LES INCONVENIENS DE LAISSER LA VISITATION EN FORME DE SIMPLE CONGREGATION.

(Année 1616 }

IL a remarqué en l’Institut de la Congregation de la Visitation ce qui s'ensuit, que Monseigneur de Geneve est supplié tres-humblement de considerer et y faire, avec son prudent, docte et pieux jugement, une charitable reflexion, apres laquelle le tout est sousmis avec une grande ingenuité à sa censeure.

L'on met premierement et principalement en consideration que cette Congregation n’est point appreuvée du Sainct-Siege, et qu’en quelque maniere, et sous quelque loi qu'on la mette, les vœux qui se feront en icelle , seront tousjours vœux simples, et les filles ou veufves qui entreront en la Congregation, ne seront jamais proprement ny vrayement religieuses.

Et de cela l’on infere deux choses, l’une est qu’il y a pour les filles du regret et du desplaysir qu’elles ayent les obligations essentielles de la religion et qu’elles n’en ayent ny le nom, ny le merite, ny la perfection, ny les indulgences, et que les lyens qui les tiendront en cette Congregation, ne soyent pas si fermes et indissolubles, qu’elles ne puissent craindre de voir, sinon en ces premices de l'esprit de devotion, au moins dans quelques années, et par succession des tems, des tentations et des desordres parmy elles.

L'autre poinct qu’on infere est qu’il y a en cela grande apprehension et grand danger pour les parents et les familles. La rayson est, que si les filles, après avoir fait les vœux, et estre demeurées longues années en la Congregation, venoient, par tentations, seductions ou autrement, à contracter maryage, bien qu’elles n’offenseroient griefvement Dieu, neantmoins le maryage seroit valide; et lors, quelle honte et quel malheur à la fille, et quel regret à ses parens! Mais quelles semences de procez et de mauvais mesnages dans les familles! car, à la rigueur et severité du droict, l’on ne pourroit lors refuser à cette fille son partage. Ce qui est d'autant plus grief

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en France, à cause de la liberté de conscience; car si une fille tentée vient à se faire protestante, elle demandera son partage au bout de vingt ans, et faudra le luy bailler, et le prendra sur tel qui l'aura dissipé il y aura dix ans, et sur cela combien d'actions hypothecaires, combien de reductions de familles!

Les esdits ont resglé et empesché cela, quant à celles qui ont fait les vœux solemnels et profession en des religions appreuvées. Mais ces filles de la Visitation, lesquelles n'auront fait ny vœux sulemnels, ny profession en religion, ne sont point comprises dans les reglemens et exceptions des esdits; et partant elles reviendroient en partage comme les autres protestans : c’est l’un des poincts que les Parlemens de ce royaume ont remarqué contre l'Institut des Jesuites, encore que PRE le regard de ce denier, il y ayt moins de dangers.

Il faut adjouster que, par la coustume generale de ce royaume, les hommes ou femmes profez en des religions ne succedent plus aux biens temporels qui leur pourroient escheoir; mais tels biens appartiennent à leurs parens plus proches. Comment fera-t-on donc pour les filles de la Congregalion? Si elles ne succedent point, c’est blesser la disposition du droict; si elles succedent, leurs parens ne voudront point qu’elles entrent en cette Congregation; et si quelques-unes y entrent, voilà des procez, et la Congregation à la censeure du Parlement, qui sans doubte n’appreuvera pas cela, et renversera tout l’Institut comme des choses nouvelles et contraires aux coustumes du royaume.

Les vœux de Jesuites, bien que simples en certaines facons, par l’approbation et privileges particuliers du Pape, sont pourtant tousjours vœux de religion; et partant, celui qui sort avec congé de son superieur, peut contracter maryage; mais celuy qui sort sans congé est apostat, et nonseulement il peche griefvement en contractant maryage, mais encore de plus, tel maryage est invalide.

Done, pour se recueillir, les parens disent qu’ils ne voyent pas volontiers entrer leurs filles en cette Congregation, d'autant qu’ils ne sçavent si elles sont religieuses ou seculieres, si elles persevereront ou non, si elles partageront avec leurs freres et sœurs, ou si elles demeureront contentes de la dot qui leur aura esté attribuée; et cette incertitude est aussi longue que la vie de la fille.

Or, ce n’est point une speculation des plus sçavans, maïs une plainte fort ordinaire, et qui s’entend tous les jours en cette ville, en laquelle les parens ne sont pas fort portez à consacrer leurs filles au service de Dieu, hors du monde, et quand ils s'y laissent aller, il y a bien souvent beaucoup de considerations temporelles. Et à la verité, quand il n’en seroit point question, la prudence doit apprendre aux prelats et superieurs de ces maysons, qu'ils prennent soigneusement garde à ne laisser pas des portes ouvertes , par lesquelles le peché et l’inquiettude puissent entrer en l’ame des sœurs, le desordre et la honte dans les maysons, et de scandale dans le monde.

On propose pour remede à cela, de convertir ces Congregations en vrayes

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