MEMOIRE
et formelles Religions qui demeurent sous la juridiction de l’evesque diocesain, et que les religieuses ayent à vivre en la mesme façon qu'il est porté dans les Regles de la Congregation, qui sont, à la verité, excellentes, et respirent de toutes parts la pieté et l'Esprit de Dieu. Cela se peut faire en leur donnant la Regle de S. Augustin, qui est fort douce, peu: chargeante et appreuvée depuis tant de siecles du Sainct-Siege. Pour Constitutions on leur peut donner celles de la Visitation, estant loysible à chaque evesque de les donner à son arbitre, pourveu qu’elles soyent honnestes et raysonnables. Ainsi er usa S. Charles envers les Angeliques de Sainct-Paul de Milan, gouvernées par les Barnabites; ainsi a fait depuis Monseigneur de Paris avec les Ursulines; ainsi font tous les evesques.
Quand les sœurs seront religieuses, et qu’elles auront fait ièg vœux solemnels, elles seront pour leur regard en estat plus parfaict; elles, les monasteres et les parens hors des dangers, craintes et apprehensions susdites.
Et au reste, de deux fins auxquelles l'Institut de la Visitation jette son dessein, cet et en embrasse une, qui est d'ouvrir une porte par laquelle puissent passer au service de Nostre-Seigneur les personnes desjà aagées ou foibles, ou qui ne se sentent pas appellées aux rigueurs des religions plus estroittes.
Quant à l’autre fin, qui est de donner une retraitte à des personnes lesquelles sont encore dans le monde, pour quelques restes d’affaires, et sont pourtant obligées d'en sortir quelquesfois pour y pourvoir, la vers est que la religion ne peut admettre telles personnes, pour ce qu’elle enjoinct de vivre en perpetuelle closture, laquelle exclud toutes sorties; mais on respond qu’en ce siecle et dans la France, ces vœux simples et ces sorties pourroient tirer apres soy des inconveniens et des incommoditez sans comparayson plus importantes et plus considerables pour le publie, que ne doit estre la consolation et le contentement d’un fort petit nombre de personnes : car c’est une chose bien rare, qu'une veufve touchée de ces ardeurs efficaces de devotion, et neantmoins tellement attachée aux affaires de ses enfans, qu’elle ne s’en puisse descharger sur quelques parens. Pour passer à de secondes nopces, ou pour entrer en religion, on sçayt bien s’en deffaire.
Et quand il n’y a point de moyen de rompre ses lyens, possible est-il plus asseuré de demeurer au monde, que d'entrer en Congregation; eur, exceptant quelques vertus extraordinaires, et parlant comme il faut des choses qui se font ordinairement, il est fort mal-aysé qu'une mere renfermée en une mayson de devotion, appliquée à l’orayson et à la mortification, puisse en huict ou dix jours, en un ou deux ans, donner l’ordre necessaire aux affaires de ses enfans; et neantmoins, si vous la presupposez attachée à ce soing par une absolue necessité, elle est comptable à Dieu des omissions qu’elle fait à ce devoir; et qui dira qu’une mere bonne, mesnagere et sage ne fasse estant dans le monde, mille mesnages et prattiques pour ses enfans, qu’elle ne sçauroit faire estant renfermée dans une Congregation ?
On void souvent à Rome les nieces veufves des Papes, faire publiquement
en l’eglise vœux de continence et chasteté viduale, et puis retourner en leur mayson à l’instruction de leurs enfans et gouvernement de leurs biens. Les principaux docteurs de la Sorbonne n'ont-ils pas resolu que la marquise de Magneley seroit mieux au monde qu’en Religion? Et le Pape, ensuite de celte resolution, ne luy a-t-il pas recommandé par son Nonce, qu'elle demeurast au monde ? Sera-t-il dit que pour une veufve qui paroistra au monde, comme un phænix en un siecle, il faille tenir un bon nombre de filles en des Congregations , plutost que dans le nom et la profession d'une Religion ?
Mais il y a eu, et il y a encore à Rome, à Milan et en autres endroicts d'Italie, de ces Congregations. Je ne sçaurois que dire de celles qui sont hors de Rome, sinon que par les petits livres que nous en avons, il se peut colliger que les dites Congregations sont instituées principalement pour recueillir les pauvres filles qui n’ont pas les moyens qu’il faut pour entrer en Religion. Il se collige encore des dits livres que ces Congregations sont fort differentes de celles de la Visitation, et pourtant, si l’on veut inferer de celles-là à celles-cy, il en faut treuver quelques-unes qui luy soient du tout semblables, et signamment en donner une en laquelle il y ayt une communauté, eglise, chœur, Sainct-Sacrement, habits de religieuses, profession des trois vœux, et de laquelle on voit sortir de tems à autre une Mere, pour aller, comme tutrice et curatrice de ses enfans, faire des contracts, ét beauxà-ferme.
Je puis asseurer que cela n’est point à la Tour des Mirouërs à Rome, en laquelle, depuis long-tems en ça, on ne reçoit guere que les filles auxquel:es on permet quelquesfois d'aller dans la ville visiter quelques parens malades, à la charge de retourner le soir au logis; mais de se mesler d’affaires , il ne s'en parla jamais. Encore puis-je dire davantage, qu’on à parlé plusieurs fois de supprimer ce monastere. Son antiquité et les cardinaux parens des religieuses l’ont conservé; mais il est unique en Italie.
Et bien qu’en toutes les villes de cette province l’on erige continuellement
de nouveaux monasteres de filles, l’on ne void point qu’on en ayt erigé un
autre comme celuy-ey, parce que l'on ne l’auroit pas permis. Certes, il semble inconvenant qu’une femme que l’on a veue en grande solemnité, couverte d’un drap de mort dans l’eglise, comme mourante à toutes les choses du monde, on la voie quelque tems apres dans le soing d’un mesnage temporel, ce qui ne se dit point par exaggeration, ny pour treuver à redire en celles qui, assistées de l'Esprit de Dieu, et de la direction d’un angelique prelat, ont frayé heureusement ce chemin, et se font admirer et non reprendre. Mais il faut jetter les yeux dans les années à venir, et penser au tems que cette direction manquant et les ardeurs de cette devotion ralenties, les choses pourront succeder moins heureusement.
De plus, il faut penser au jugement du monde, et s’imaginer que ceux qui verront cette sœur de la Congregation par les champs et dans les villes, n'auront pas tous veu le Concile de Navarre, et ne sçauront pas les distinctions subtiles entre Religion et Congregation. Tant y a que voyant une religieuse par le monde, et dans les affaires, il s'en scandalisera ; tant y a que