LES SŒURS RELIGIEUSES DE LA VISITATION
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De la fin pour laquelle cette Congregation a esté instituée.
PLusiurs filles et femmes divinement inspirées, aspirent bien souvent à la vie religieuse, qui toutes, ou par imbecillité (1) de leur complexion naturelle, ou pour estre desjà affoiblies par l’'aage, ou enfin pour n’estre pas attirées à la prattique des austeritez et rigueurs exterieures, ne peuvent pas entrer és Religions esquelles on est obligé à de grandes penitences corporelles, comme sont la pluspart des Congregations reformées qu'on void par deçà ; et par ce moyen sont contrainctes de s’arrester parmy le tracas ordinaire du monde, exposées aux continuelles occasions de pecher, ou du moins de perdre la ferveur de la devotion. En quoy certes elles sont dignes de grande compassion : car, qui ne plaindroit, je vous prie, une ame genereuse , laquelle, desirant extremement de se retirer de la presse de ce siecle pour vivre tout à Dieu, ne peut neantmoins le faire, faute d’avoir un corps assez fort, une complexion assez saine, où un aage assez vigoureux : la poursuitte qu’elle voudroit faire, Pour acquerir une plus grande sainctete, demeurant ou empeschée , ou retardée par le manquement de la santé?
Affin donc que telles ames eussent desormais quelque asseurée retraitte en ces contrées de decà, ceste Congregation à esté erigée, en sorte que nulle grande aspreté ne puisse divertir les foibles et infirmes de s’y ranger, pour y vacquer à la perfection du divin amour. Ensuitte de quoy on pourra premierement recevoir les veufves esgalement comme les filles, pourveu que, si elles ont des enfans, elles en soyent bien et legitimement deschargées, et qu'elles ayent suflisamment pourveu à leurs affaires, selon
(1} Faïblesse,
qu'il sera jugé expedient par le Pere spirituel, et autres personnes de qualité, sur l’advis desquels on se puisse reposer, affin d'oster aux gens du monde toute occasion de murmurer, autant que faire se pourra, et de destourner l’inquiettude que l’ennemy a accoustumé de donner par le soing inutile et indiscret qu'il suggere aux veufves, des choses qu’elles ont laissées au monde.
On pourra secondement recevoir celles qui, pour leur aage, ou pour quelque imbecillité corporelle, ne peuvent avoir accez aux monasteres plus austeres, pourveu qu'elles ayent l'esprit sain et bien disposé à vivre en une profonde humilité, obeyssance, simplicité, douceur et resignation ; neantmoins on excepte celles qui seroient atteintes de quelque mal contagieux, comme de lepre, escroüelles, et autres semblables, ou qui auroient des infirmitez si pressantes, qu’elles fussent tout à fait incapables de suivre la Regle et les exercices ordinaires de la Congregation.
Tiercement, celles qui seront de bonne et forte complexion y seront receuës , comme appellées de Dieu au secours et soulagement des infirmes, et tout ainsi que les foibles joüyront du fruict de la santé des robustes, les robustes joüyront reciproquement du merite de la patience des imbecilles; et affin que tant les unes que les autres puissent tousjours avoir accez à cette Congregation, la Superieure prendra soigneusement garde à ce qu'on n’y introduise ny directement, ny indirectement aucunes austeritez corporelles, oultre celles qui y sont maintenant, qui puissent estre d'obligation ou de coustume generale. À quoy le glorieux Pere $.. Augustin à visé, marquant si cordialement en la Regle le support des infirmes, et tesmoignant assez par là qu'il veut que les infirmes soyent receuës, et qu'à leur consideration on n'amplifie point les aspretez. Et semble que, selon la parabolle, il fasse entrer en l’estat religieux, comme au festin nuptial de l’Espoux celeste, non-seulement les sains et gaillards, mais aussi les infirmes, boiteux, et aveugles; en sorte que sa mayson se remplisse d’invitez.
Des trois rangs des Sœurs.
Les Sœurs de la Congregation seront de trois rangs. Les unes seront Choristes, c'est-à-dire, employées à l'Office sacré du chœur pour y chanter les Heures. Les autres seront les Sœurs associées, c'est-à-dire, lesquelles n’ayant pas les forces et les talens de dire
et chanter les Offices, sont neantmoins admises à la Congregation pour y prattiquer les autres exercices spirituels, et que tout le reste de la vie religieuse. Les autres sont les Sœurs domestiques. Quant aux Sœurs associées, elles ne laisseront pas d’estre capables de toutes les charges du Monastere (excepté celle de l’Assistante), et auront voix active et passive, lout de mesme que les Sœurs choristes. Que si quelqu’une d’entre elles estoit esleuë pour Superieure, elle fera tout ce qui appartient à cette chargelà, sinon en ce qui regarde l'Office du chœur qu’elle laissera faire à l’Assistante, laquelle, comme ayant charge du chœur et des Offices sacrez, ne pourra jamais estre que des Sœurs choristes.
Mais les Sœurs domestiques, ou du mesnage, n'auront nulle voix, ny active ny passive. Et ne leur sera Jamais permis de demander d’estre admises au premier, ou second rang des Sœurs. Que si elles le font, qu'on ne puisse plus en façon quelconque proposer leur admission, sinon trois ans apres qu'elles auront fait la demande. Nulle Sœur des autres rangs ne pourra non plus jamais proposer ladite admission; ains sera cette proposition reservée à la Superieure, apres avoir oùy l'advis des Sœurs coadjutrices ou conseilleres, et laquelle prendra gardé à ne point proposer telle admission, que pour des Sœurs qui volontiers et de bon cœur auront esté douces, paysibles et humbles, et qui auront des talens convenables pour pouvoir servir és autres rangs, auxquels nonobstant tout cela elles ne devront entrer que par les deux tiers des voix de la Congregation. Quant à celles qui, pour leur long travail, ou pour avoir quelque infirmité d'aage ou de maladie, devront estre soulagées, et neantmoins ne seront pas propres pour les autres rangs, on leur pourvoyra de repos et de consolation en leur condition.
Les Sœurs associées, comme les Sœurs domestiques, ne seront point obligées aux Heures, les unes ne pouvant les dire, et les autres estant destinées à d'autres services; mais au lieu de Prime, Tierce, Sexte, et None, elles diront douze fois le Pater noster, et Ave, Maria au matin, et une fois le Credo à la fin.
En lieu de Vespres et Complies, sept Pater, et Ave; et pour
Matines et Laudes, dix; et ne manqueront point d'assister à ka Messe tous les jours, tant que faire se pourra, et de mesme les festes à tous les offices, en quelque lieu où elles n'interrompent point les Sœurs choristes, ny ne leur causent point de distraction, s’il leur falloit entrer et sortir.
Les Sœurs domestiques ne prendront point de voile noir à la
procession; ains seulement la Croix d'argent, par laquelle Sie seront differentes des Sœurs novices.
Mais elles ne seront nullement traittées differemment dés autres, ny és habits, ny és licts, ny au manger et boire, ny au soing de leur santé, ny és exercices propres à leur advancement spirituel, ny en autre chose quelconque; ains seront traittées cherement et cordialement par la Superieure, et par toutes les autres Sœurs, puisqu'en cette Congregation on doit vivre sans murmuration ny mespris; ains avec esgale dilection, Marthe et Magdelene en vrayes Sœurs et bien-aymées de Nostre-Seigneur.
Au reste, les Sœurs ne pourront estre que trente-trois en tout, dont il y en aura pour le moins vingt Choristes, et pour le plus neuf Sœurs associées, et quatre Sœurs domestiques, sinon que, pour quelque legitime et digne respect, 1l semblast au Pere spirituel, à la tbereure et au Chapitre: d'en prendre quelquesunes de plus avec dispense de l’evesque.
De la Clausure.
LA Clausure s’observera selon les propres termes du sacré Concile de Trente, qui sont tels : « Qu'il ne soit loysible à aucune » religieuse , apres la profession, de sortir du Monastère, non » pas mesme pour quelque tems, pour court et bref qu'il puisse » estre ny pour aucun pretexte que ce soit, si ce n’est pour » quelque cause legitime, qui doit estre appreuvée par l'evesque. » Et quant à ce qui est d'entrer dans l’enclos du Monastere, que » cela ne soit permis à personne quelconque, de quel genre, » condition, sexe, où aage qu'elle soit, sans licence expresse » obteneuë en escrit de l’evesque, sous peine d'excommunica- » tion encoureüe, soudain la faute faite. Or, l’evesque doit seu- » lement donner licence és cas necessaires. Et aux cas ésquels » n'arrivera l’authorité de l’evesque, l’on recourra au Sainct- » Siege apostolique. » Mais. quand le Concile parle de l'evesque, il comprend celuÿ auquel l'evesque a donné charge expresse de departir telles licences.
Quand le confesseur, medecin, apothicaire, chirurgien, maçon, charpentier, ou tel autre, qui, par necessité et avec licence, entrera dans le Monastere, sera arrivé à la porte, deux Sœurs le viendront prendre pour le conduire au lieu où il doit faire sa charge, ayant auparavant fait sonner une clochette, affin que
les Sœurs se retirent en leurs chambres, ou és lieux de leurs offices, pour esviter d’estre rencontrées, ce qui se fera de mesme à la sortie, sans que les Sœurs deputées à la conduitte devisent avec ces personnes-là, sinon pour respondre. ù
Le Confesseur oyant la confession, conferant l'Extreme-Onction, ou assistant les mourantes, demeurera en sorte qu'il soit veu des Sœurs qui l'auront amené, et la porte de la chambre ouverte. -
Toutes telles personnes ne s’arresteront dedans le Monastere qu'autant que la necessité le requerra : si on est contrainct pour occasion pressante et utilité de les appeller de nuict, quatre Sœurs avec plusieurs lumieres les accompaigneront à l'entrée, à la sortie, et pendant le sejour dans la mayson, quon procurera estre le plus court que faire se pourra.
De l’Obeyssance.
L'oBeyssanr, dit l'Escriture, racontera les victoires : affin donc que ceste Congregation puisse surmonter ses ennemys spirituels, et compter un jour à Nostre-Seigneur plusieurs saintes victoires, elle doit estre establie en une parfaicte obeyssance.
En suitte de quoy, toutes les Sœurs obeyront soigneusement, fidellement, promptement, simplement, franchement, et cordialément à la Superieure, comme à leur Mere, dit la Regle, c'est à sçavoir, avec une affection toute filiale.
Que si quelqu'une viole l’obeyssance deuë à la Regle, ou aux Constitutions, ou à la Superieure, elle sera soigneusement corrigée, et mesme par imposition de penitences et mortifications, selon la qualité de la faute, et tousjours neantmoins en esprit de charité.
Tous les messages et toules les lettres qui seront apportées dedans la mayson, ou qui devront estre envoyées dehors, seront premierement representez à la Superieure, qui en ordonnera selon qu'elle jugera pour le mieux. On excepte neantmoins les lettres du Pere spirituel, lesquelles estant receuës par la Superieure, seront remises à celles à qui elles seront addressées sans estre ouvertes, comme de mesme celles que les Sœurs escriront au Pere spirituel ne seront point veuës par la Superieure; ains
elles les remettront à celle qui en a le soing pour estre cachettées , et les faire rerdre audit Pere spirituel. à
Les OCCaSIons parliculieres où il sera requis de dispenser de l'ordinaire façon de vivre selon la Regle, et de moderer les exercices pour quelques Sœurs, ou mesme quelquesfois pour toutes (ce qui ne se doit faire que pour des occurrences rares et signalées), la Superieure en aura le pouvoir, comme par exemple, de dispenser une Sœur de venir au chœur pour l'Office, de jeusner és jeusnes des Constitutions, de venir à la table commune, de parler à quelques-uns le voile levé, ou de faire la saincte Communion, et de dispenser mesme toute la Communauté du silence pour quelque juste occasion, de manger trois ou quatre fois l'année hors des repas ordinaires; laquelle neantmoins devra esire fort attentive à bien observer la discretion, pour n’estre ny trop plyable, ny trop implyable, mais és choses d'importance et qui tirent consequence, comme par exemple, de descharger tout à fait du jeusne et de la residence du chœur une Sœur; et en pareilles occasions, elle prendra tousjours l'advis du Pere spirituel, et, s’il est besoin, de l'Evesque, ainsi que la Régle dit.
Aucune des Sœurs n’entreprendra de faire des jeusnes, disciplines, ou telles austeritez corporelles, qu'avec le congé de Ja Superieure, et s’il s’en treuve qui soient fortes pour cela, la Superieure le leur permettra, selon qu’elle le jugera convenable. Que si plusieurs ont licence de prattiquer cette mortification de la discipline, elles la feront le vendredy l’espace d'un Ave maris stella, et toutes ensemble, affin d'observer en toutes choses, tant qu'il se pourra, la Cominunauté.
La Superieure estant malade, ou tellement occupée qu'elle ne puisse exercer l'office de sa superiorité, l'Assistante tiendra sa place, et luy sera fidellement et humblement obey et porté respect comme à la propre Superieure. Que si l’une et l’autre estoient malades ou occupées, la Superieure commettra la charge à celle selon Dieu, elle estimera en estre la plus capable. Que
, par quelque soudain ou impreveu accident, ou faute d’attenio la Superieure ne commet pas la charge, celle des Sœurs surveillantes qui sera la plus ancienne en Religion l’exercera.
De la Chasteté.
Puisque la pudicité est l’honneur du sexe feminin, et que le vœu de Chasteté a tousjours esté estimé fondamental és Congregations des filles et femmes, il n’est pas besoin de desclarer combien les Sœurs y sont obligées; car en somme, elles ne doivent vivre, respirer, ny aspirer que pour leur Espoux celeste, en toute honnesteté, pureté, netteté et saincteté d'esprit, de parolles, de maintien et d'actions, par une conversation immaculée et angelique. Et l’on void assez en la Regle le zele que le glorieux Pere a de cette vertu pour les Sœurs, en la severité par laquelle il veut estre reprimez les seuls regards desreglez.
De la Pauvreté.
C’est chose digne de remarque combien S. Augustin presse ardemment l'observance de la communauté en toutes choses : ensuite dequoy tout ce qui est, et sera apporté et donné à la mayson, doit estre parfaictement reduict en communauté, sans que jamais aucune Sœur puisse avoir chose quelconque, pour petite qu’elle soit, et sous quelque pretexte que l’on puisse alleguer, en proprieté particuliere ; ains chaque Sœur faysant profession resignera et renoncera purement et simplement en faveur de la Congregation, és mains de la Superieure, non-seulement la propricté et l’usufruict, mais aussi l'usage et la disposition de tout ce qu'à sa consideration sera remis et assigné à ladite Congregation.
Et affin que cet article si important soit à jamais exactement observé, et que toutes affections à la jouyssance et usage des choses temporelles soyent retranchées, et que les Sœurs vivent en une parfaicte abnegation des choses dont elles useront, ainsi que la Regle l’'ordonne en termes admirables, on distribuera tout ce qui est requis à la vie, soit en viandes, soit en vestemens, soit en meubles, linges, et en somme en quoy que ce soit, sans choix ny distinction, que de la necessité d’une chacune.
Et cecy s'observera si exactement, que ny les chambres ny les
licts, ny mesme les medailles, croix, chapelets, imaiges, ne demeureront point tousjours aux mesmes Sœurs: ains séront changées toutes ces choses entre les Sœurs au bout de chaque année, lorsque l’on tire les billets des Sainets, comme on a fait jusques à present.
On excepte neantmoins, que la Superieure puisse pourvoir, nonobstant le sort du billet, aux Sœurs qui ont beaucoup à escrire, comme l’OEconome, et à celle que le medecin jugeroit que pour le soulagement de la santé, il fallust donner quelque chambre plus. aërée : et la Superieure mesme pourra choysir pour elle, pendant sa superiorité, la chambre la plus aysée au recours que les Sœurs font à elle, et à la descente aux offices.
Et pour plus parfaictement observer la saincte vertu de pauvreté, les bastimens des monasteres estant achevez, on limitera les revenus que l'on devra avoir, selon le lieu où le monastere se treuvera, affin qu’en cela mesme la mediocrité soit suivie, et qu'il n’y ayt nulle superfluité de biens en la Congregation; ains seulement l'honneste suffisance, à laquelle quand on sera par- : venu, on en prendra plus rien pour la reception des filles qui seront receües, que ce qui sera requis pour conserver et maintenir bonnement la juste suffisance du Monastere.
Et pour cela mesme, on ne permettra qu'il y aytés Monasteres aucun meuble qui ne ressente la veritable simplicité religieuse, et surtout il n’y aura aucune sorte d’argenterie, sinon des cueilliers qui pourront estre d'argent à cause de l'honnesteté, et pour en cela suivre l'exemple du bien-heureux Pere sainct Augustin, qui n'eut jamais autre sorte de vaisselle, ou meuble d'argent.
On excepte toutesfois l’autel et l’eglise, où les meubles pourront estre riches et precieux, selon qu'ils se pourront sainctement avoir, pour l'honneur et gloire de Dieu, qui y reside en une façon tres-speciale et admirable.
Que si quelque Sœur apportoit avec soy quelque meuble precieux qui ne fust propre pour l’eglise, on le vendra apres sa profession, pour du prix d'iceluy en conserver sa suffisance, ou faire quelque meuble ecclesiastique.
De lemploy du jour, dés la feste de Pasques jusques à celle de sainct Michel.
Depuis les cinq heures du matin, jusques à huict : Premierement, les Sœurs se leveront à cinq heures. Secondement, à cinq heures et demie, elles s’assembleront au chœur, et apres l’adoration du Sainct-Sacrement, on relira les poincts de la meditation, on dira le Vent, Sancte Spiritus, puis on entrera en l’Orayson mentale , jusques à six heures et demie. Tiercement, elles diront Prime. Quatriesmement, laquelle estant finie, elles se retireront pour ce qui leur aura esté ordonné.
Depuis huict jusques à dix : 1° à huict heures on chante Tierce; 2° puis on dit Sexte; 3° qui est suivi de la Messe: 4° et la Messe, de None; 5° à la fin de laquelle on fait l'examen durant un Miserere; 6° et le reste du temps, les Sœurs se retirent à faire ce qui leur convient.
Depuis dix jusques à midy : 4° à dix heures on prendra la refection; 2° qui est suivie de la recreation jusques à midy; 3° puis on prend les obeyssances.
Depuis midy jusques à trois heures : 1° à midy les Sœurs se retirent en silence pour faire leurs ouvrages; 2° et apres avoir pris le repos de demie-hewre, si bon leur semble; 3° à deux heures feront demie-heure de lecture en particulier, parmy laquelle si quelqu'une se sent attirée à l’orayson, qu’elle suive volontiers l’attraict, pourveu qu’elle lise suffisamment pour contribuer à l'entretien d'apres Vespres.
Depuis trois heures jusques à six : 1° à trois heures se disent Vespres ; 2° apres lesquelles on fait l'assemblée, en laquelle les Sœurs faysant leurs ouvrages s’entretiennent de leurs lectures jusques à Complies ; 3° qui se disent à cinq heures; 4° qui sont suivies des Litanies ; 5° et les Litanies, de demie-heure d’orayson mentale; 6° puis les Sœurs sont en liberté de relascher un peu leur esprit par quelque exercice exterieur observant toutesfois le silence.
Depuis six heures jusques à dix : 1° à six heures ou environ on prendra la refection ; 2° suivie de la recreation; 3° apres laquelle on prend les obeyssances; 4° à huict heures et demie on sonne Matines, et le grand silence commence; 5° un quart d’heure
apres on dit Matines et Laudes ; 6° qui sont suivies de l'examen de conscience; T° et l'examen de la lecture des poincts à mediter; 8° apres quoy toutes les Sœurs se retirent pour estre toutes couchées à dix heures precisement.
Mais és festes, outre l’orayson ordinaire, les Sœurs non occupées à quelque office pourront, si bon leur semble, faire demieheure d’orayson apres la Messe ou None, et une autre demieheure entre la recreation du disner et Vespres.
En tout tems on sonnera l'Ave Maria du soir entre jour et nuict, et dés lors ne sera plus loysible de demeurer au parloir, ny d'ouvrir la porte, sinon pour quelque chose pressante, qui ne puisse estre bonnement differée.
De l'employ du jour, dés la feste de sainct Michel jusques à Pasques.
PREMIEREMENT, elles se leveront seulement à cinq heures et demie; 2° elles entreront à l’orayson depuis six jusques à sept heures ; 3° Prime se dira. À huict heures et demie se diront les Heures, suivies de la Messe et de None. A dix heures et demie on disne. La recreation suit jJusques midy et demy qu’on entre en silence. Tout le reste se prattique comme il est dit au chapitre precedent.
En Caresme.
Tour se fait comme dessus, hormis qu'on dit Vespres à dix heures et demie, qui sont suivies de l’examen, et que la lecture ne se fait qu'à trois heures, et l'assemblée à quatre, et qu’apres Complies, qui se disent à l'heure ordinaire, on chante le Stabat, suivy des Litanies.
Des deux obeyssances journalieres.
APRES la recreation du disner, toutes se presenteront devant la Superieure, qui leur ordonnera ce qui se devra faire jusques au soir, et de mesme apres la recreation du soir, elle leur des-
partira les choses à faire jusques au disner du jour suivant. Que s’il n'y a rien à commander, elle leur commandera la mutuelle dilection des unes envers les autres, avec la saincte paix de Nostre-Seigneur.
Apres cela, les Sœurs qui ont les charges de la mayson pourront demeurer avec la Superieure, pour l’advertir des choses requises, dont on ne doit point parler devant les autres, affin de laisser leur esprit en tranquillité.
CONSTITUTION X Du Silence.
LE premier silence se fait dés le premier son des Matines, jusques apres Prime du jour suivant. Le second, dés qu'on a sonné le Benedicite, jusques à la recreation du disner. Le troisiesme, dés la recreation jusques à Vespres. Le quatriesme, dés qu'on à sonné Complies, jusques à la recreation du souper.
Mais és jours de jeusne , le silence s’observera dés Tierce, jusques à la recreation du disner, et dés la recreation jusques à trois heures.
Et faut noter, qu’en tout tems le silence s'observe au chœur, au dortoir, et au refectoire, sans que l’on y puisse parler que pour des occasions necessaires ; et de plus, que l’on peut tousjours parler à la Superieure, et les Novices à leur Maistresse, quand il est requis.
De la varielé du chant.
PRIME se dit à droicte voix; 2° Tierce, avec inflexion de chant ; 3° Sexte, à droicte voix; 4° None, à droicte voix, hormis és dimanches et grandes festes, et és jours des Apostres, qu'elle se chante avec inflexion ; 5° Vespres ordinairement à droicte voix, hormis le Magnaficat, qui se dit en tout tems en chant, excepté en Caresme; mais és dimanches et festes commandées, toutes les Vespres se chantent; 6° Complies se dit à droicte voix en tout tems, hormis l’Antienne de Nostre-Dame, qu'on dit à la fin, qui se chante, et le Nunc dimiltis, aux grandes festes ; 7° Matines et Laudes à droicte voix, hormis és grandes festes que l’on chante l’Invitatoire, le Te Deum laudamus, et Benedictus,
avec son Antienne. Es processions esquelles on chante les Hymnes, on chantera par l’inflexion ordinaire; mais en-celles esquelles on chante les Litanies, on pourra parfois varier le chant, comme il est porté par le Directoire. Au reste, on ne tirera jamais les Sœurs de l'Office, ny de l’'Orayson, sans quelque grande et pressante occasion. Que si on les en tire, elles reprendront tant qu'il se pourra, en quelque autre tems, le loysir de faire l’exercice qu’elles auront laissé.
Des Assemblées.
Les Sœurs s’assembleront, 1° à l'Office; 2° à l'Orayson mentale; 3° au Chapitre; 4° à la refection; 5° aux recreations ; 6° aux entretiens des lectures; 7° extraordinairement quand Ja Superieure l’ordonnera.
Des recreations et conversations des Sœurs.
Les Sœurs demeureront ensemble és recreations, et faysant, leurs ouvrages s’entretiendront de quelques propos aggreables, et sainctement joyeux, avec paix, douceur, et simplicité, et pourront mesme parler les unes avec les autres en particulier; en telle sorte neantmoins qu'elles ne soient pas moins de quatre où cinq qui se puissent entendre les unes les autres, sans toutesfois dire des choses messeantes et inciviles, ny railler, ou dire parolles de mespris sur le subjet des nations, provinces, ou . naissances.
Es autres conversations, elles tascheront de parler utilement, sainctement et modestement.
Elles ne jouëront point, ny auront 4 la mayson aucun oyseau, ny animal de passe-tems, comme escuirieux (1), petits chiens, et autres telles bestes d’amusement inutile.
(1) Ecureuils.
Des ouvrages.
Les ouvrages que les Sœurs prendront à faire des gens de dehors seront receus par la Superieure, ou celle qu'elle deputera, sans qu'aucune autre ayt soing de cela. La mayson ne fournira jamais la matiere d'aucune besongne, affin qu'ilne semble au monde qu'on veüille faire trafic de marchandise. Le prix du travail sera purement remis en commun, et ne sera proposé ny demandé que fort charitablement et amyablement, non exactement et cherement. Elles ne se mesleront point des affaires du monde, ne prenant aucune commission de vendre, ny d’achepter pour les estrangers et gens de dehors.
Au demeurant, elles ne feront aucune besongne pour la vanité, comme seroit laver des gants, faire des frisons, des fards, et choses semblables.
On ne dira point quelles sont celles d’entre les Sœurs qui font les ouvrages, ny aux Sœurs, à qui sont les ouvrages qu'elles . font yains seront rendus par quelque Sœur deputée à cela.
Et bien que toutes les Sœurs soient obligées de faire les ouvrages qui leur sont donnez, avec grande fidellité et diligence, si est-ce que, pour esviter toutes sortes d’empressemens, et laisser aux Sœurs la liberté de s'appliquer à l’orayson interieure, et ne point suffoquer l'esprit de devotion par une trop grande contraincte de s’employer aux ouvrages, la Superieure ne prefigera (1) point aucun terme aux Sœurs, dans lequel leurs ouvrages soient achevez; ains laissera cela à leur diligence et souplesse spirituelle; de laquelle pourtant, en cas qu’elle les vid nesgligentes et paresseuses, elle les advertira, ou fera advertir.
De la façon de parler avec les estrangers.
Quan il est requis que les Sœurs parlent à ceux de dehors la mayson, on observera que celle qui doit parler soit assistée d’une autre qui puisse ouyr ce qui se dira, sinon que pour quelque respect, la Superieure treuve bon que la Sœur qui parle soit veüe et non ouye par celle qui l’assistera , laquelle en ce cas se
(4) Ne fixera.
366 CONSTITUTIONS. à
retrera à part, faysant quelque ouvrage, ou si c’est jour de feste, lisant quelque livre, ou faysant quelque orayson, et cependant prendra garde aux parolles (si elle doit ouyr) et aux contenances de la Sœur, affin d’en rendre compte à la Supe-. rieure.
Au reste, les Sœurs prendront garde de n’ouyr ny dire des parolles inutiles, coupant court en toute sorte de devis, si ce n'est en ceux qui regardent le bien spirituel.
Elles tiendront le voile baissé devant les hommes, sinon que la Superieure les en dispense.
On donnera plus aysement dispense aux Novices de parler à leurs pere et mere, freres et sœurs, oncles et tantes, mesme à visage descouvert; comme au contraire, on les exemptera, tant qu'il se pourra bonnement faire, de parler à tous autres.
Les Sœurs ne toucheront point la grille en parlant; ains s’en tiendront un peu esloignées, si elles n’ont permission de faire autrement.
Du manger et boire.
ON pourra demeurer une heure entiere à table, s'il est expedient, affin que celles qui mangent lentement prennent leur refection à loysir; et cependant celles qui auront plustost achevé leurs repas, demeureront attentives à la lecture, sans sortir de leurs places avant graces, sinon que quelque grande et urgente necessité le requist.
Aucune ne boira ny mangera hors le repas sans congé, lequel elles demanderont avec confiance; ce qu’elles observeront en toutes autres occurrences, esquelles elles croiront d’avoir quelque necessité.
Chaque Sœur lira sa semaine à table en son rang, et tour à tour, hormis la Superieure, sauf si quelqu'une, pour avoir la voix foible, ou pour ne sçavoir pas convenablement lire, doive estre pour cela exceptée.
Or, la lecture se fera clairement, distinctement, et avec des justes pauses, de periode en periode. Et pour le mieux faire, celle qui aura cette charge fera fort bien de prevoir ce qu’elle aura à lire.
On commencera la lecture par un chapitre des Constitutions, bormis le vendredy qu’on lira les Regles tout au long du disner.
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