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La Superieure dira le Benedicite, et les graces des Clercs à droicte voix, et dans le refectdire, et pour la premiere table. Mais quant à la seconde, on ne dira que le petit Benedicite, et les petites graces : d'autant que la benediction de la premiere table s’estend encore à la seconde, en laquelle aussi il suffira de. lire un quart d'heure.
Oultre les jeusnes commandez par la saincte Eglise, les Sœurs jeusneront les veilles de la Trinité, Pentecoste, Ascension, Feste- Dieu, des Festes de Nostre-Dame, de sainct Augustin, et tous les vendredys dés la Feste de sainct Michel jusques à Pasques, sinon qu'en iceux echeust quelque feste de commandement : car en ce cas le jeusne se remettra au samedvy, auquel si encore il y avoit feste, le jeusne sera laissé.
Es autres vendredys de l’année se fera une simple abstinence au souper, laquelle consiste à ne manger qu'une sorte d’apprest avec le pain.
Des habits et licts.
ELLes s’habilleront de noir le plus simplement qu’il se pourra, tant en la matiere qu’en la forme, ainsi qu’elles sont maintenant. Les robbes seront faites à sac. assez amples neantmoins, pour faire des plis estant ceintes, les manches longues jusqués à l’extremité des doigts, et assez larges pour pouvoir tenir dans icelles les mains et les bras cachez, et repliez l'un sur l’autre.
Le voile sera d’estamine noire, sans aucune doubleure du moins d'autre couleur, et pendra par derriere jusques à demy-pied un peu plus bas que la ceinture, le bandeau du front noir, la barbette de toile blanche mediocre sans plis, et ne porteront ny attifets, ny empois, ny chose quelconque, qui ne ressente entierement la simplicité religieuse, et le mespris du monde.
Tant que faire se pourra, les Sœurs auront chacune sa petite chambre, et du moins elles coucheront seule une chacune en son lict.
Les licts seront de matelas, le chevet toutesfois pourra estre de plume, et entouré de futaine blanche, et l’esté elles pourront, si elles veulent, le retrousser pour prendre l'air.
CONSTITUTION XVIIL.
De l'Office.
ELLes diront l'Office au chœur, selon qu'il est marqué au Directoire, prononçant nettement et distinctement les parolles, observant les pauses, mediations, accens, moderant et adjustant leurs voix les unes aux autres, et composant leur maintien le plus devotement qu'elles pourront.
Elles seront promptes au premier son de la cloche pour aller au chœur, où elles s’achemineront avec gravité et reverence; et y estant, apres avoir fait la genuflexion et adoration devant le Sainct-Sacrement, elles prendront leurs places paysiblement et sans faire bruict, etn'y parleront jamais les unes avec les autres, sinon pour des chosés urgentes, et lors elles parleront fort bas et en peu de mots; etne sortiront que pour des causes tres-pressantes; et l'Office fait, aucune ne se remuëra que le signe ne soit donné pour s’en aller.
Si quelqu’une fait quelque faute qui se puisse reparer, celles qui s’en appercevront la repareront doucement, et, s'il se peut, insensiblement : comme par exemple, si celles qui commencent les Psalmes avoient prins l’un pour l’autre, les autres qui s'en apperçoivent, sans faire semblant de rien, reprendront le Psalme laissé, le poursuivant sans empressement. Mais celle qui aura fait quelque faute notable, demandera par apres pardon à la Superieure, en esprit d'humilité et de sousmission. Or, parce que les esprits humains prennent bien souvent des secrettes complaysances en leurs propres inventions, mesme quand c’est sous pretexte de devotion ou accroissement de pieté, et que neantmoins il arrive quelquesfois que la multitude des offices empesche l'attention, gayeté et reverence avec laquelle on les doit faire, il ne sera point loysible à la Congregation, sous quelque pretexte que ce soit, de se charger d’autres offices, ou prieres ordinaires, que de celles qui sont marquées en ces Constitutions et Directoire; car ainsi elle aura plus de moyen et de subjet de dire et chanter l'Office, avec la gravité et le respect qu'elle y observe maintenant.
CONSTITUTION XTX" Du Confesseur ordinaire.
EN toutes les occurrences esquelles il sera necessaire ou expedient de faire eslection d’un Confesseur ordinaire, le Pere spirituel, avec la Superieure, et les Sœurs conseilleres, confereront soigneusement ensemble des qualitez et conditions des ecclesiastiques qu'on pensera pouvoir prendre cette charge tant importante; puis, toutes choses bien considerées, le Pere spirituel et la Superieure choysiront celuy qu’en bonne conscience ils jugeront plus propre à cela.
Or, faut-il qu'il soit homme de doctrine, de prudence, et de vie irreprehensible, discret, honneste, stable et devot, et tel que l'Evesque, le Pere spirituel et la Superieure se puissent reposer en son soing et en son zele, en ce qui est requis pour le bon estat de la conscience des Sœurs : car, encore que l’on employe à
cela mesme plusieurs autres bons moyens, comme sont les confessions extraordinaires, et les communications avec des personnes spirituelles, et specialement avec la Superieure, ainsi qu'il est dit en divers endroicts des Constitutions, et notamment au chapitre suivant, si est-ce que le Confesseur ordinaire a plus de pouvoir pour maintenir les consciences des Sœurs en pureté et sincerité que nul autre, estant comme l'ange visible deputé à la conservation des ames du monastere, et pour leur advancement au salut eternel. :
Et de mesme, s’il arrivoit qu'il fallust en demettre un pour quelque occasion, la Superieure et les Sœurs coadjuatrices en confereront avec le Pere spirituel; et la conference estant faite, le Pere spirituel et la Superieure se resoudront, et tant pour
* l’eslection comme pour la deposition, on rapportera à l'Evesque, où à son Vicaire general, ce qui aura esté fait, affin qu'il l’appreuve, et qu’en ce cas que le Pere spirituel et la Superieure ne fussent pas de mesme avis, il determinast l’eslection ou la deposition par son authorité.
Le Confesseur ordinaire devant estre si bien qualifié, le Pere spirituel luy pourra laisser toute la charge des affaires spirituelles ordinaires du Monastere, ouy mesme d'octroyer les congez par escrit, pour faire entrer, selon les Constitutions, les charpentiers, maçons, laboureurs, medecins, chirurgiens, et autres personnes, dont les entrées sont fort souvent requises, affin que
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les Peres spirituels soyent tant moins importunez et incommodez, et qu'on n'ayt recours à eux que pour les choses de grande consideration ; comme aussi pour les choses temporelles, où la presence du Pere spirituel seroit requise, le Confesseur ordinaire pourroit tenir sa place quand il luy semblera à propos, et à la Superieure. Il prendra encore de l’Evesque l’authorité pour donner les dispenses de travailler, ou faire travailler, és jours de festes, quand il jugera qu’il soit requis, et de dispenser pour l'usage des viandes prohibées en Caresme, jours de jeusnes, vendredys et samedys, quand la Superieure jugera qu'il en soit besoin par l'advis des medecins.
Quand les Sœurs et la Superieure mesme lui parleront, elles l’appelleront, ou Monsieur, ou mon Pere, et luy porteront une grande et saincte reverence, comme à celuy duquel Dieu se sert pour leur distribuer ses graces et misericordes és tres-saincts Sacremens. Il prendra un soing particulier à ce que, ny par l'imposition des penitences extraordinaires, ny par les conseils et advis qu’il donnera en confession, rien ne se fasse qui puisse troubler l’ordre et le train du Monastere, autant que faire se pourra, et mesme affin qu'on ne s’apperçoive de l’estat des consciences des Sœurs qui se sont confessées.
Et finalement, comme les Sœurs le doivent grandement respecter, ainsi qu'il a esté dit, de mesme doit-il aussi traitter avec reverence envers elles, les considerant comme Espouses sacrées
du Fils de Dieu.
Des Confessions extraordinaires.
Quarre fois l’année, environ de trois mois en trois mois, la Superieure demandera à l’Evesque, ou au Pere spirituel, un Confesseur extraordinaire, homme bien conditionné, auquel toutes les Sœurs et elle aussi se confesseront : or, ledit Confesseur prendra garde, tout de mesme que l'ordinaire, de ne point imposer de penitences, ny donner aucun advis qui puisse contrarier à l’ordre, ou à l'esprit de cet Institut, comme seroit s'il leur imposoit, ou qu'il leur conseillast de demeurer en priere pendant les assemblées, de se lever avant l'heure, ou de veiller, et demeurer en quelque exercice apres l'heure ordinaire de la retraitte, ou de ne point se recreer au tems des recreations, ou de jeusner plus souvent que les autres, ou de caresmer és tems esquels la Congregation ne caresme pas.
Et oultre cela, quand quelqu'une desirera de se confesser, ou conferer de sa conscience avec quelque personne bien recognuë, et de bonne condition, la Superieure le permettra volontiers, sans s’enquerir du sujet pour lequel telle conference ou confession est demandée. Mais pourtant, si la Superieure, voyoit quelque Sœur requerir souvent telles conferences, ou confessions, specialement si c'est avec un mesme confesseur, elle en advertira le Pere spirituel, pour, avec son advis, pourvoir dextrement à ce que la saincte liberté de la confession et conference ordonnée pour le bien et la plus grande pureté, consolation et tranquillité des ames, ne soit convertie en detracquement de cœur, inquiettude d'esprit, curiosité, bigearrerie (1), meslancholie, pournourrir quelque tentation secrette de presomption, ou d'adversion au confesseur ordinaire, ou enfin la singularité et vaine inclinaüon aux personnes.
En cas que quelque personnage de qualité passast, de la conference duquel la Superieure cognust que les Sœurs pourroient ürer de l’edification, elle pourra, si bon luy semble, le faire inviter à cela, et permettre aux Sœurs de luy parler, ou en confession, ou autrement.
CONSTITUTION XXL:
De la Communion.
LE sacré Concile de Trente a desclaré : Qu'il desireroit qu'il y eust tousjours des communians à chaque messe; en suitte de quoy, et pour seconder, en tant qu’il se peut, cette saincte inclination de l'Eglise, on distribuera en sorte le benefice de la com-
munion entre les Sœurs, que tour à tour il s’en communie trois tous les jours.
Oultre cela, toutes communieront les dimanches et festes de commandement, et le jour de jeudy, sinon quand il y aura quelque feste le mercredy ou le vendredy. Que si quelques-unes desirent de communier hors ces jours-là, elles ne le pourront faire sans l’advis du Confesseur, et l'authorité de la Superieure.
Et quant aux malades qui ne pourront bonnement venir au chœur, on leur portera la tres-saincte Communion tous les huict jours, si la qualité de leur mal le leur permet.
(4) Bizarrerie.
De l’'Humuilité.
L'HUMILITÉ est l’abregé de toute la discipline religieuse, le fondement de l’edifice spirituel, et le vray caractere et marque infaillible des enfans de Jesus-Christ. C'est pourquoy les Sœurs auront une attention particuliere à la prattique de cette vertu, faysant toutes choses en esprit de profonde, sincere, et franche humilité.
Elles se porteront donc un grand honneur cordial les unes aux autres, non tant en gestes, contenances et parolles, comme en verité et effect.
La Superieure tiendra partout le premier rang, et l'Assistante le second, comme vicaire de la Superieure ; mais elles ne laisseront pas pour cela de s'exercer aux offices de l'humilité, comme de ballyer, laver les escuelles, nettoyer les malades une chacune à son tour. Et quant au reste des Sœurs, quelques offices qu'elles ayent, elles ne tiendront aucun rang, sinon en ce qui regarde leurs charges; ains elles les changeront au bout de l’année, selon le nombre qui leur echerra és billets des Saincts, hormis celle qui sera deposée de la superiorité, laquelle pour une année ira toute la derniere, quoy que la Superieure la puisse employer à se conseiller, et qu'en toutes autres occurrences on luy doive du respect.
Le tiltre de Dame, et Madame, ny celuy de vostre Reverence, ne seront point donnez à aucune des Sœurs, ny à la Supérieure; ains seulement celuy de ma Mere pour la Superieure, pendant sa superiorité, et de ma Sœur pour les autres : commeaussi elles useront des tiltres, de vostre charité, vostre dilection, les unes envers les autres.
Les jeunes honnoreront les vieilles d'aage, encore qu'elles fussent nouvellement venuës à la Congregation ; et toutes, avec une noble, genereuse, et cordiale humilité, se previendront mutuellement en honneur et respect, comme l’Apostre ordonne.
Elles useront encore de respect envers toutes les personnes, mesme seculieres, et les nommeront tousjours honnorablement, une chacune selon sa qualité, sans en mespriser aucune, pour pauvre, vile et abjecte qu'elle soit.
De la Modestie.
Que les Sœurs, en toutes leurs actions, observent une grande simplicité, modestie et tranquillité, fuyant le faste et appareil des contenances mondaines et affectées. Que leur parolle soit humble et basse, les yeux doux et sereins, et pour l'ordinaire baissez, specialement au chœur, au refectoire, au chapitre, et quand elles paroissent devant les seculiers.
Elles eviteront, tant qu’il leur sera possible, toutes sortes de gestes qui sentent la legereté, surtout estant au parloir, gardant une humble et douce gravité, sans familiariser avec ceux qui leur parleront.
Qu'’elles soient humbles, douces, cordiales et franches entre elles, se respectant amyablement, et s’entre-saluant par linclination de la teste lorsqu'elles se rencontreront, sans pourtant s’arrester les unes avec les autres en devis, ne parlant que pour choses necessaires, sinon lorsqu'il leur sera permis.
Qu'’elles n'usent d’aucunes caresses les unes envers les autres, qui puissent tant soit peu causer aucune imagination badine et folastre, on produire aucun amusement sensuel, si expressement deffendu en la Regle, et mesme quand quelquesfois elles s’entredonneront le bayser de paix, comme au jour de la reception de lPhabit, à la profession, et au renouvellement general, que ce soit seulement à la jouë, et non à la bouche, et que cela se fasse fort simplement, selon l’ordre que l’on se treuvera au chœur à la fin de tout l'Office, apres la Messe. -
Qu'elles ne contestent point, non pas mesme en choses legeres. Qu'elles gardent la netteté et l’honnesteté de la bienseance religieuse en leurs habits, sans aucune affectation ny. curiosité.
Estant adverties en chapitre, ou au refecloire, de leurs deffauts, elles recevront avec humilité l’advertissement, sans resplique ny excuse : ny n’en parleront point hors de là, ny d’aucune autre chose qui s’y fasse ou die; ains garderont la reverence deuë à toutes telles actions, mortifications, et humiliations, non-seulement faites de leur propre mouvement, mais beaucoup plus lorsqu'elles sont enjoinctes, ou qu'elles leur sont faites par la Superieure, regardant avec estime tous ces moyens, comme inspirez de Dieu pour leur advancement.
Quand on fera la correction à quelque Sœur, ou que l’on en mortifiera en presence des autres, nulle n’entreprendra .de la deffendre ny excuser; mais si quelqu’une sçayt quelque chose en faveur de son innocence, elle pourra en particulier le dire à la Superieure, avec humilité et modestie.
Nul ne presumera d'aller au parloir, ou tournoir, ny ailleurs, pour parler aux estrangers, ny escouter ceux qui parlent, ny demander à la portiere, ou ne autre qui y aura esté, ny que c'est que l’on a dit.
Elles ne parleront aucunement à ceux de dehors de ce qui se fait en la mayson, sinon que ce fust quelque chose qui pust servir d’edification.
Elles n’entreront point és chambres les unes des autres sans congé, et sans advertir celle qui est dedans, heurtant premierement à la porte, et attendant qu'elle die : Au nom de Dieu.
Et tandis qu’elles seront plusieurs en une chambre, faute de logis, elles ne remuëront point les besongnes les unes des autres.
Elles n’entreront point dans les chambres des offices les unes des autres sans congé, et n'y prendront rien qu'elles n’en advertissent la Sœur qui en a la charge, et par apres auront soing de le rapporter en tems convenable.
Du compte de tous les mois.
Tous les mois, les Sœurs descouvriront leur cœur, sommairement et briefvement, à la Superieure, et, en toute simplicité et fidelle confiance, luy en feront voir tous les replis, avec la mesme sincerité et candeur qu'un enfant monstreroit à sa mere ses egratigneures, ses foroncles (1), ou les picqueures que les guespes luy auroient faites; et par ce moyen rendront compte, tant de leur advancement et progrez, que de leurs pertes et deffauts és exercices de l’orayson, des vertus, et de la vie spirituelle, manifestant encore leurs tentations et peines interieures, et non-seulement pour se consoler, mais aussi pour se fortifier et humilier. Bien-heureuses seront celles qui prattiqueront naïfvement et devotement cet article, qui enseigne une partie de la sacrée enfance spirituelle, que Nostre-Seigneur a tant recommandée, de laquelle provient, et par laquelle est conservée la vraye tranquillité de l'esprit. Le premier jour de Communion de
(1) Furoncles , boutons.
chaque mois, une chacune fera à part soy le renouvellement de sa profession, à la fin de l’orayson du matin; et à cet effect, chaque Sœur aura en escrit la forme de sa profession, signée de sa main, qu'elle lira alors.
La veille du renouvellement de chaque mois, l'on advertira les Sœurs en donnant l’obedience à midy, de se preparer pour faire cette action avec le plus de soing et de devotion que faire se pourra, comme aussi une chacune lira les Constitutions et Directoires particuliers qui regardent son office ou condition, tous les mois, avec pareille devotion que si alors ils leur estoient donnez nouvellement. Et Dieu leur donnera tousjours des nouvelles lumieres par la lecture d'’icelles.
De la Correction.
QuanD quelqu’une fera quelque faute legere, les autres ne la reprendront point; mais en cas qu'elle continuast, elles en adverüiront la Superieure, affin qu'elle y mette ordre. Que si la faute estoit d'importance et secrette, celle qui l'aura apperceue fera doucement et amyablement la correction fraternelle, selon l'Evangile, jusques à trois fois ; apres quoy, si la deffaillante persevere à ses fautes, elle sera defferée à la seule Superieure, affin que, par tous les moyens possibles, elle y remedie; mais si la faute n’est pas secrette, elle en advertira la Superieure d’abord.
Et en cas que la faute qui est descouverte, pour le scandale, consequence et nuysance qu'elle tire apres soy, semblast devoir estre promptement manifestée à la Superieure, celle qui l'aura veuë ou sceuë prendra l'advis de la Superieure mesme, ou du Pere spirituel, sans nommer, ny faire cognoistre celle qui sera coupable, sinon apres qu’elle aura esté conseillée de la nommer.
Affin que l'amendement se fasse plus grand en la Congregaton, la veille de la Circoncision, apres que l’on aura tiré les Sainets, l’Assistante priera la Superieure, au nom de toutes les Sœurs, de donner à chacune une ayde, et la Superieure la baillera, leur enjoygnant d’avoir soing particulier de s’exciter reciproquement à l'amour de Dieu, à se corriger de leurs deffauts, en esprit de douceur et de charité, faire en sorte que ce soit sans aucune autre particularité ensemble; et lors elles se prieront l’une l’autre de faire soigneusement cet office reciproque, lequel
par apres elles prattiqueront fidellement, sans monstrer aucune sorte de desgoust ou de deffiance, se gardant neantmoins de mesler en leurs corrections la censeure ou murmuration pour les imperfections d’autruy.
Et parce que la coustume est, que non-seulement les surveillantes, mais aussi les autres Sœurs, fassent les advertissemens au refectoire, apres graces, des fautes qu’elles auront remarquées , ce qui est de tres-grand proffict, elle sera gardée et observée inviolablement, comme aussi celle de dire les coulpes, et faire les mortifications devant le Benedicite.
Du Chapitre.
LE samedy, toutes les Sœurs, sans qu'aucune s’en puisse excuser, si ce n'est pour cause extremement grande, tant les professes, que les novices, et les Sœurs du mesnage, s’assembleront au Chapitre ; et apres avoir dit le Vent sancte Spiritus, la Superieure dira tout ce qui luy semblera devoir estre dit pour le bien spirituel de la Congregation. Que si quelqu'une des Sœurs avoit quelque chose à proposer sur ce subjet mesme, elle le dira auparavant à la Superieure, laquelle, pour ayder sa memoire , fera une petite hste de tout ce qu’elle aura à desduire, si bon luy semble.
Apres cela, celles qui voudront diront leurs coulpes pour plus grande humilité, et on les corrigera doucement et amyablement, sans toutesfois attenuer leurs fautes.
Que s’il n’y a autre chose à dire, la Superieure lira, ou fera hre au Chapitre quelque advis tiré de quelque livre devot, ou un article de la Regle. Et attendu qu'en toute assemblée faite au nom de Dieu, il se treuve au milieu, les Sœurs doivent assister en celle-cy, qui est vrayment faite en ce tres-sainct nom, avec grande reverence, devotion et attention, s'imaginant de voir Nostre-Seigneur au milieu d'elles, par l'ordonnance et inspiration duquel leur sont dites plusieurs choses pour leur perfection.
CONSTITUTIONS. Sri
De la reception et distribution des moyens de la mayson.
Les denrées seront receues par l'OEconome, qui rendra compte de mois en mois à la Superieure, en presence de la Portiere, et d'une des Surveillantes ; mais l'argent sera deposé en un coffre à trois clefs, dont une sera gardée par la Superieure, l’autre par la Portiere, et la troisiesme par l'OEconome, et sera tenu roolle des sommes qu'on recevra, avec les particularitez du jour, et des personnes qui les deslivreront et les causes pourquoy.
Lorsque, par le commandement de la Superieure, on prendra ce qui sera requis pour les necessitez de la mayson et des Sœurs, Von fera un autre roolle qui contiendra les sommes tirées, escrit dé la main de l’une de celles qui garderont les clefs, etles causes pourquoy elles ont esté tirées ; et sera signé de la main de la Superieure, et de l’autre qui garde les clefs, affin qu’au bout de chaque année, un peu avant Noël, toutes les Officieres ensemble avec la Superieure, fassent sommairement un estat de tout ce qui s’est passé au maniement exterieur de la mayson : lequel estat sera representé au Superieur en la visite.
Et quant à la despense journaliere, l'OEconome en aura le soing , faysant faire les emploites requises par l’une des Sœurs tourieres.
Du Pere spirituel de la mayson.
La Congregation demeurera sous l’authorité ordinaire de l’'Evesque, ainsi que la Regle le porte, auquel elle demandera un Pere spirituel, qui, de lapartd’iceluy, prendra garde à ce que les Regles soient bien observées, et qu'aucun abus ny changement ne s’introduise; visitera la mayson une fois l’année, assisté d’un compaignon meur d’aage, discret, et vertueux; se treuvera aux eslections de la Superieure et du Confesseur ordinaire, signera les causes de sorties extraordinaires des Sœurs, s’il en arrive quelque legitime subjet, et celles des entrées des hommes et femmes qui y entrent pour quelque service necessaire ; sinon qu'il juge à propos, quant à cet article de l'entrée, d’en laisser la charge au
Confesseur ordinaire, ainsi qu'il a esté dit cy-dessus. Et à ce Pere spirituel, tant la Superieure que les autres Sœurs pourront avoir recours où il sera besoin d’une speciale providence.
Mais quant à la visite, il seroit expedient qu'elle se fist par l'Evesque mesme, avec l’assistance du Pere spirituel et du Confesseur ordinaire.
Ce Pere donc doit estre homme de grande vertu, et bien recognu docte, expert, et de grande charité, affin qu'il sçache conduire la Congregation, sans se lasser de la peine qu'il aura en cette saincte besongne.
Des Offhcieres de la mayson, premierement de la Superieure.
Comme l’ame et le cœur respandent leur assistance, mouvement et action en toutes les parties du corps, aussi la Superieure doit animer de sa charité, de son soing et de son exemple toute la Congregation, vivifiant par son zele toutes les Sœurs qui sont en sa charge , procurant que les Regles soient observées le plus exactement qu'il se pourra, et que la mutuelle charité et saincte amitié fleurisse en la mayson; et pour cela elle ouvrira sa poictrine maternelle et amyable à toutes les filles esgalement, affin qu’en toute confiance elles ayent recours à elle en leurs doubtes, scrupules, difficultez, troubles et tentations.
Qu'elle observe de tout son pouvoir les Regles et Constitutions, sans qu'elle prattique aucune singularité, ny prenne ou reçoive aucun advantage, en habits, viandes, et autres choses, sinon comme les autres, à mesure que la necessité le requerra.
Elle commandera à une chacune des Sœurs, et à toutes en general, avec des parolles et contenances graves, mais suaves ; avec un visage et maintien asseuré, mais doux et humble; et avec un cœur plein d'amour et de desir du profict de celle à qui elle commande.
Elle tiendra les yeux attentifs sur ce petit corps de Congregation, affin que toutes les parties d’iceluy respirent la paix, la concorde, l'unyon et le service tres-aymable de Jesus-Christ; et partant, lors qu'une fois le mois les Sœurs luy rendront compte de leurs ames, elle les examinera, s’enquerant discrettement de l’estat present de leur esprit, pour par apres les ayder, exciter, corriger, ou soulager.
Elle pourvoyra avec un soing particulier à la necessité des malades, et les servira fort souvent de ses propres mains és maladies de consequence.
Elle eslevera avec un amour paternel les Sœurs qui, comme petits enfans, seront encore foibles en la devotion, se ressouvenant de ce que dit sainct Bernard à ceux qui servent les ames : La charge des ames, dit-il, n’est pas des ames fortes, mais des infirmes : car si quelqu'un te secourt plus qu’il n’est secouru de toy, recognoy que tu es non son pere, mais son pair. Les justes et parfaicts n'ont point besoin de Superieur et Conducteur; ils sont eux-mesmes leur loy et leur direction par la grace de Dieu, et font assez sans qu’on leur commande.
La Superieure donc doit estre principalement pour les imbecilles, et debiles, bien qu’aussi elle ne doive pas abandonner les parfaictes, affin qu’elles perseverent sans se relascher.
Et partant, qu'elle prenne garde aux necessitez des Sœurs, selon la sincerité de la dilection chrestienne, et non selon les inclinations naturelles; et sans avoir esgard à l'extraction ou origine des filles, à la gentillesse de leurs esprits, bonnes mines, et autres telles conditions attrayantes, et qu'elle ne familiarise pas en telle sorte avec les unes, que cela puisse servir de tentation d'envie aux autres.
Elle ne reprendra point les fautes qui se commettront, sur-lechamp, devant les autres, ains en particulier avec charité; sinon que la faute fast telle, que pour l’edification de celles qui l’auront veu faire, elle requiert un prompt ressentiment, lequel en ce cas-là elle fera en telle sorte, que blasmant le deffaut, elle soulage la deffaillante, taschant d’estre vrayement redoubtée, mais pourtant beaucoup plus aymée, comme dit la sancte Regle.
Qu'elle ne concede point aysement à pas une l'usage des Sacremens, plus frequent que celuy qui est porté par les Constitutions, de peur qu’en lieu d'une amoureuse et respectueuse Communion, il ne s’en fasse plusieurs par imitation, jalousie, propre estime et vanité.
Qu'elle ayt un grand soing de faire continuer toute la Congregation à dire l'Office tres-devotement, et à faire les Offices spirituels de l’orayson, meditation, examen de conscience, preparation du matin, oraysons jaculatoires, lectures, et continuelle presence de Dieu : comme aussi elle tienne la main que toutes les Officieres ayent un Directoire particulier de toutes les choses qu'elles doivent observer en leurs charges.
Elle aura un soing tres-particulier, que les filles et femmes ne
soyent jamais receues en la Congregation, que leur vocation ne soit bien epreuvée, et qu'aucun respect humain n'entre point en la consideration de leur reception, ains la seule inspiration. Et partant, que l’on les fasse arrester quelques semaines en la mayson, avant que de leur donner l'habit du noviciat, affin qu’elles soient considerées à loysir, en leurs humeurs, ineHies tions et deportemens (4).
Qu'elle procure que le Pere spirituel, allant dehors, Fra: sa charge entre les mains d’un autre bien qualifié.
Qu'elle ayt un grand soing d’empescher que rien ne soit en la mayson, et ne s’y fasse, qui ne soit conforme à la saincte pudicité et pureté, à la parfaicte pauvreté, et à l'exacte obeyssance; et partant, si quelque Sœur avoit un peu trop d'inclination à converser avec les seculiers, quoy qu'ils fussent de profession ecclesiastique ou religieuse, ou proches parens, qu'elle luy en retranche toutes les commoditez. Et quant aux conseils spirituels, ou communications de conscience, comme la Superieure les doit librement permettre, aussi doit-elle faire que ce soit avec des personnes dignes d’estre employées à cet office angelique, avec le soing cy-dessus mentionné.
Que jamais on ne fasse aucun procez, sans premierement faire rechercher la partie d’en venir à la voye amyable, dont on puisse prendre acte; et que l’on prenne l’advis du Pere spirituel et de quelques-uns des principaux amys de la mayson, et des mieux entendus, lesquels conseillant d'entrer en procez, la Congregation se tiendra grandement sur ses gardes, à ce que rien ne se passe de son costé avec injustice, par animosité, contention et passion, ny en parolles, ny en escritures, ny en œuvres. Et en cas de perte de procez, que la Superieure et toute la Congregation s’abstienne de toutes murmurations, jugemens temeraires, et parolles picquantes, soit contre le juge, soit contre les parties.
Qu'elle ne change ny innove rien. Que si elle a besoin ellemesme d’estre dispensée de la Regle, elle le pourra faire de sa propre authorité, apres en avoir conferé avec sa coadjutrice ; sinon en chose de consequence qu’elle recourra au Pere spirituel, ou à l'Evesque. Qu’au demeurant elle reçoive si humblement et doucement les advis et remonstrances qui luy seront données, que les Sœurs puissent avoir une juste confiance et liberté de l’'advertir, ou faire advertir és occurrences, selon qu'il sera dit apres.
En somme, la Superieure se doit tenir si bien aupres de Dieu,
(1) Habitudes.
qu'elle soit le mirouër et le patron de toute vertu parmy les Sœurs , et qu'elle puisse puyser dans le sein du Sauveur la force et la lumiere dont elle a besoin.
De la maniere que la Superieure doit tenir pour les affaires.
La Superieure, estant esleuë, avant toutes autres choses, doit choysir quatre Sœurs, qu’elle jugera plus propres pour luy donner conseil és occurrences, avec lesquelles elle conferera pour l'ordinaire de quinze jours en quinze jours, des affaires tant spirituelles que temporelles de la mayson, sans toutesfois leur communiquer aucunement l’estat des ames, qu’elle aura apprins par la reddition des comptes qu’en font les Sœurs tous les mois.
Oultre cela, comme la Superieure doit, avec une modeste et prudente liberté, ordonner, commander, et dispenser selon la Regle et les Constitutions, et selon qu’elle jugera estre expedient és occurrences communes et ordinaires, aussi, és difficiles et importantes, elle doit prendre l’advis desdites Sœurs, et si la chose le merite, elle en doit encore conferer avec le Pere spirituel, ou mesme avec l'Evesque.
Or, il ne s'ensuit pas pourtant que la Superieure doive tousjours suivre le conseil desdites Sœurs; ains suffit qu'elle l'entende, pour mieux se resoudre elle-mesme à ce que, selon Dieu, elle estimera estre plus convenable, apres avoir bien consideré et pesé ce que lesdites Sœurs auront allegué et remonstré. Et neantmoins, bien qu’elle ne soit pas obligée de suivre le conseil, si est-ce qu'elle doit l’escouter avec tranquillité et suavité, sans tesmoigner aucun mespris ny dedain, affin de laisser la liberté et confiance aux Sœurs de dire ce qui leur semblera bon.
Mais il y a des occurrences, esquelles, selon les Canons et coustumes generales des monasteres des filles et femmes, il faut oüyr et suivre la pluralité des voix de tout le Chapitre des Sœurs : comme, s’il faut pour quelque rayson aliener et changer, ou abbreger les biens du monastere, recevoir une fille au noviciat, ou à la profession, eslire la Superieure, rejetter une Sœur, demander un Pere spirituel, et s’il se treuve d'autres occasions esquelles le Pere spirituel et la Superieure treuvent estre expedient que les choses passent en Chapitre.
Or, en toutes occurrences esquelles le Pere spirituel et la Supe-
Eve LE CRE
rieure ne se treuveront pas de mesme avis, on recourra à l'Evesque, ou à son Vicaire general, qui marquera ce qui devra estre suivi et determiné.
Des Sœurs choysies pour conseiller la Superieure, et qui pour cela sont appellées ses Coadjutrices.
Les quatre Sœurs choysies pour conseiller la Superieure, demanderont souvent l'assistance du Sainct-Esprit pour bien exercer leurs charges, tascheront de ne jamais se laisser preoccupper de leurs humeurs, inclinations, ou adversions, en ce qui regarde les delberations qu’on doit prendre; ains, avec une intention pure et simple, donneront sainctement leur advis, sans estriver, ny disputer ensemble, et sans mespriser etavilir l’'advis : les unes des autres, quel qu'il soit. Et s’il faut respliquer, que : cela se fasse suavement avec toute modestie.
Apres la consultation, qu’elles se sousmettent au jugement de la Superieure, luy laissant prendre telle resolution qu'elle treuvera plus à propos, sans murmurer, ny reveler aux autres Sœurs ce qui aura esté dit.
Que si neantmoins lesdites Sœurs voyoient que la Superieure se resolust à quelque chose notablement dangereuse, ou manifestement pernicieuse, elles en advertiront le Pere spirituel, ou mesme l’Evesque, le plus discrettement qu'elles pourront, affin qu'il y remedie. Au demeurant, elles doivent estre les plus humbles, sousmises, et obeyssantes de toutes à la Superieure.
De l’Assistante.
EN toutes les occasions esquelles la Superieure ne pourra pas estre presente, l’Assistante tiendra le pouvoir et le lieu d’icelle, hormis au chœur, où elle se tiendra en sa place, qui sera tousjours la premiere et la plus honnorable apres celle de la Superieure; et par consequent elle sera soigneuse de se treuver partout où les Sœurs seront assemblées, pour les tenir en respect et faire observer la Regle. Elle aura le soing particulier de la direction des offices du chœur, duquel elle departira les charges és
samedys et veilles des festes esquelles on change l'Office, et ce apres la recreation du disner, prenant garde que les pauses, mediations, prononciations, ceremonies, gravité et reverence, sovent devotement observées. Que si quelque Sœur y commet des manquemens, elle en advertira au Chapitre, affia qu'il y soit remedié; mais si ce sont des manquemens reparables, comme de prendre un Psalme pour un autre, ou un ton trop haut, ou trop bas, ou semblables accidens, elle les reparera sur-le-champ, le plus insensiblement que faire se pourra.
Elle prendra garde qu'on ne reçoive en la mayson aucun livre, que par la permission du Pere spirituel, ou du Confesseur ordinaire, si ce sont des livres nouveaux.
Elle donnera ordre aux lectures, et pour cela aura les livres en charge, qu'elle tiendra en bon ordre, et les distribuera selon que la Superieure luy dira, quant aux Sœurs professes; mais quant aux novices, selon que la Directrice ordonnera.
Elle deputera toutes les semaines les lectures, tant pour la premiere que la seconde table, et corrigera les deffauts de celles qui liront, si elles lisent trop precipitamment, ou qu’elles ne prononcent pas bien, ou qu'elles fassent quelqu’autre manquement; mais elle fera elle-mesme la lecture qui se fait le soir, pour la meditation du lendemain, ou bien la fera faire par quelque Sœur qui lise bien et clairement.
Elle aura un particulier soing du zele de la Regle, et advertira la Superieure du manquement qui y surviendra, et aura memoire que, comme lieutenante de la Superieure, elle doit en tout et par tout conspirer avec elle, pour le bon estat de la mayson, et advancement des Sœurs en la perfection, suivant au plus pres qu'il luy sera possible, non-seulement les ordonnances, mais encore les intentions de la Superieure.
S'il se presente quelque affaire duquel on ne puisse differer la resolution , lorsque la Superieure, empeschée de maladie, ou autrement, n’y pourra pas pourvoir, elle s’en resoudra ellemesme, avec l’advis des Sœurs que la Superieure employe pour se conseiller, en advertissant par apres la Superieure, si tost qu'il se pourra bonnement faire.
Elle prendra garde si toutes les Sœurs vont aux exercices spirituels, et si elles observent le bon ordre requis allant à la Confession et Communion.
Elle visitera au soir les portes qui ont leurs issuës hors de la mayson, pour voir si elles sont bien fermées; et visitera aussi les Sœurs un quart d'heure apres qu'elles seront retirées, pour
voir si elles sont couchées, et si elles ont esteint leurs lampes ; et s’en treuvant qui y ayent manqué, elle en advertira la Superieure.
CONSIRTPUIRLO NES De la Directrice.
DE la bonne nourriture et direction des novices, despend la conservation et le bonheur de la Congregation; et partant, la Directrice, qui en doit avoir soing, ne doit pas seulement estre discrette, douce et devote, mais elle doit estre la douceur, sagesse et devotion mesme, pour, avec un amour plus que maternel, eslever ses novices de degré en degré à la perfection religieuse, comme des futures espouses du Fils de Dieu.
Or, ce qu’elle taschera le plus de leur faire concevoir et bien entendre. c'est principalement l'intention qu’elles doivent avoir eu en l’eslection qu’elles ont faite d'abandonner le monde, pour se retirer au monastere, qui est affin de s’unir plus parfaictement à Dieu, mortifiant leurs sens exterieurs, et encore plus leurs passions interieures, pour rappeler toutes leurs forces au service de l’Espoux celeste, par une chasteté toute pure, une pauvreté despoüillée de toutes choses, et par une obeyssance establie en une parfaicte abnegation de sa propre volonté: et qu'en somme, cette Congregation est fondée spirituellement sur le Mont de Calvaire, pour le service de Jesus-Christ crucifié, à limitation duquel toutes les Sœurs doivent crucifier leurs sens, leurs ‘imaginations, passions, inclinations, adversions et humeurs, pour l'amour du Pere celeste.
Elle exercera les novices, en humilité, obeyssance, douceur, et modestie, leur aggrandissant le courage, et arrachant, tant que faire se pourra, les niayseries, tendretez, et fades humeurs, qui ont accoustumé d’alangourir et affoiblir les esprits, principalement du sexe feminin, affin que, comme des filles fortes, elles fassent des œuvres d’une perfection solide et puissante.
Et parce que l’entreprinse est grande, elle leur apprendra à ne point se confier en elles-mesmes; mais à jetter toute leur confiance en Dieu, et en l’intercession et protection de la glorieuse Vierge Marie. En suitte de quoy, elle les instruira à bien faire l'orayson et meditation, et autres exercices spirituels; comme aussi à se bien confesser briefvement, distinctement, et cordialement , et à bien employer les confessions et communions;
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à bien lire, prononcer, reciter et chanter l'Office, avec toutes les contenances et bons maintiens que l’on doit observer au chœur et en toutes autres occurrences. Ÿ
Et ne fera pas moins, en tout ce qui a esté dit, pour les Sœurs domestiques et associées que pour les autres, en ce que leur capacité pourra porter.
Elle fera que les novices prennent l'esprit d’un amour tresaffectionné au salut de tout le monde, affin qu’elles prient Dieu pour tous; mais specialement pour la tres-saincte Eglise catholique, et pour tous les prelats et officiers d'icelle, faysant souvent leurs oraysons et communions pour l’exaltation de la foy catholique, pour la conversion des infidelles et pecheurs, comme aussi pour tous les princes chrestiens, et nommement pour celuy du pays où la Congregation se treuve.
Elle leur annoncera souvent la sincere dilection envers tous les ordres des Religions qui sont en l'Eglise de Dieu, affin que non-seulement elles prient pour iceux, ains aussi qu’elles apprennent à les estimer et respecter cordialement. Surtout elle taschera d'imprimer dans le cœur de ses novices, que toutes les Sœurs de la Congregation né doivent avoir qu’un seul cœur, et qu'une seule ame, avec memoire continuelle que Nostre-Seisueur, par son inspiration et vocation, et Nostre-Dame, par une secrette visitation, de laquelle elle a visité leur cœur, les a Jjoinctes et unies ensemble, affin que jamais elles ne fussent separées d'amour et de dilection, ains qu'elles demeurassent en unité d'esprit par le lien de charité, qui est le lien de perfection.
La Directrice doncques doit avoir un esprit humblement genereux, noble et universel, pour conduire les filles à uae devotion non feminine, tendre et molle; mais’ puissante, courageuse, relevée, et universelle : manyant neantmoins differemment les cœurs des novices, selon la diversité de leur portée, et condition de leur esprit, affin de les former toutes selon le bon playsir de celuy au service duquel elles sont dediées. Que s’il s’en treuve, comme il pourroit arriver, qui ayent le cœur un peu plus rude, grossier, et agreste, mais qui ayent pourtant la volonté bien determinée à vouloir obeyr, et bien faire, donnant esperance de pouvoir estre adoucies et civilisées, elle usera d'un amour tout particulier et genereux, pour, avec patience et perseverance. bien cultiver et dresser ces plantes ainsi tortuës, parce que bien souvent, moyennant la main et le soing du laboureur, elles portent à la fin des fruicts fort delicieux. |
Les novices s'addresseront en toutes leurs necessitez à la Directrice, laquelle, si ce sont des necessitez d'importance et de consequence, en advertira la Superieure; mais pour les menuës et ordinaires necessitez, auxquelles la Directrice peut pourvoir aysement, elle le fera sans en donner la peine à la Superieure.
Elle prendra garde à ne point s'amuser aux apparences exterieures des novices, qui souvent despendent de la bonne mine et de la composition et du maintien du corps, ou de l’habileté de l'esprit et de la proprieté du langage; mais penetrera, tant qu'il luy sera possible, le fonds du cœur et de l'ame des filles, affin qu'elle sçache discerner leurs deffauts, et de quelle main il les faut conduire.
On la deschargera, tant qu'il sera possible, de toutes les autres affaires de la mayson, affin qu’elle puisse tant mieux vacquer à celle-ey, qui est sïimportante.
Elle pourra quelquesfois, selon qu’elle le jugera convenable, faire essay de la bonté et douceur des novices, leur commettant d’instruire les autres à lire, coudre, dire l'Office selon leurs talens.
Les mereredys apres Prime, elle fera l'assemblée au noviciat, en forme d'un petit Chapitre, où les novices diront leurs coulpes, desquelles elle les corrigera, les instruisant et mortifiant selon les subjets; et consecutivement elle leur dira quelque chose en general, pour leur advancement et profict spirituel, selon qu’elle jugera estre à propos, ou bien elle leur fera seulement faire le choix des vertus, et detestation des vices.
Or, bien qu’elle puisse diversifier les exercices spirituels, selon les occurrences, elle ne pourra neantmoins en admettre de nouveaux et extraordinaires, sans l’advis du Pere spirituel et de la Superieure, et qu'elle prenne garde à ce que les Novices ne soient pas chargées d'exercices, soit spirituels, soit temporels.
Des Surveillantes.
. LA Superieure choysira deux de ses Coadjutrices, ou telles autres des Sœurs que bon luy semblera, qui avec elle prendront garde aux fautes et manquemens particuliers qui se commettent, pour les luy faire sçavoir, et conferer avec elles des remedes convenables : voire mesme, quand la Superieure l'ordonnera, elles
pourront proposer les fautes et manquemens en plein Chapitre, avec modestie et simplicité; mais la Superieure ne fera jamais cela qu'avec meure et grave deliberation, et se gardera bien de leur faire proposer publiquement chose qui puisse infasmer, sinon qu'elle fust publicque.
Ces deux Sœurs doivent estre grandement unies ensemble, et s’entre-porter au zele de l’observance des Regles, marchant en esprit d’humilité. :
Ayant conferé avec la Superieure des fautes qu’elles ont recognuës , et proposé leurs advis, elles s’arresteront simplement à celuy de la Superieure, sinon qu’elles vissent en icelle une manifeste connivence, qui pust beaucoup nuyre à la Congregation : car alors elles pourront conferer avec le Pere spirituel, en toute sousmission et reverence.
Jamais elles ne diront rien de ce qui a esté traitté et resolu entre elles et la Superieure, ou bien mesme au Chapitre, laissant à la Superieure la poursuitte de la correction, ainsi qu’elle verra à faire.
En l'absence de l’Assistante et de la Superieure, la plus ancienne d'entre elles tiendra la place de la Superieure, et en la place de la plus ancienne l’autre succedera, sinon que la Superieure en ayt nommé une autre, cela demeurant en sa liberté.
Et sur tout, qu'elles s’abstiennent de parler des deffauts des Sœurs, sinon avec la Superieure, et en esprit de charité.
De l’Ayde de la Superieure.
La Superieure choysira à son gré une des Sœurs qui aura charge de l’admonnester des fautes qu’elle commettra, et à laquelle toutes les Sœurs s'addresseront, pour faire faire la correction par icelle à la Superieure, affin que la Superieure, qui doit ayder et corriger toutes les autres, ne demeure pas elle seule privée du bien d’estre aydée et corrigée.
A cet effect, elle annoncera en plein Chapitre celle qu'elle aura choysie pour son ayde et correctrice, exhortant pour l’amour de Nostre-Seigneur toutes les Sœurs, et surtout celle qu'elle aura choysie, de luy faire sincerement et fidellement, avec toute confiance, cet office de charité.
Or, cette Sœur doit tellement exercer sa charge, que pour
cela elle ne rabatte rien de l'honneur, respect et obeyssance qu'elle doit à la Superieure, ains taschera de servir en cela mesme d'exemple à toutes les Sœurs. [
Elle prendra garde de ne point importuner l’esprit de la Superieure par de trop frequentes et inutiles reprehensions, comme elle feroit, si pour des fautes legeres et passageres, et qui ne tirent point de consequence , elle venoit à tout propos faire des advertissemens.
Jamais elle ne donnera cognoissance à la Superieure des Sœurs qui auront prié de l’advertir; ny ne dira non plus aux Sœurs, ny à personne, ce qu'elle aura dit à la Superieure ny ce que la Superieure luy aura respondu; ains, si elle void la Superieure se rendre incorrigible en chose de consequence, elle pourra seulement en conferer avec le Confesseur ordinaire, ou mesme, s’il semble mieux, avec le Pere spirituel, qui aussi sera obligé de couvrir si discrettement ce secret, en remediant au mal, que l'ayde n’en puisse estre contristée.
Elle aura le sceau pour cacheter toutes les lettres des Sœurs, apres que la Superieure les aura veuës, sans qu’il luy soit loy= sible à elle de les voir, sinon que la Superieure luy en donne la charge.
CONS RICUMPONESMAQUNE De l’OEconome.
UNE des Sœurs aura le soin de toute la mayson, comme OEconome generale d'icelle, laquelle, avec une fidellité et allegresse toute particuliere, entreprendra cette charge, à limitation des sainctes dames qui suivoient Nostre-Seigneur et les Apostres, pour leur administrer les choses requises à leur vie corporelle, embrassant la diligence et ferveur de S® Marthe; mais fuyant son trouble et son empressement.
Elle communiquera donc de tems en tems, et selon que les oceurrences le requerront, de toutes les necessitez de la mayson avec la Superieure, pour prendre l’ordre et l'instruction d'icelle.
Elle fera toutes les provisions de la mayson en leur tems et sayson, les faysant retirer proprement et en lieu convenable, et les visitant comme il convient, affin que rien ne s’y gaste.
Elle pourvoyra que les Officieres ayent tout ce qui leur est necessaire pour leur charge.
Elle prendra deux fois l'année avec soy les Surveillantes, pour
visiter soigneusement tous les offices, et tout lé reste de la mayson, pour par apres faire le rapport à la Superieure, si tout est en bon ordre et estat. Et oultre cela, elle-mesme fera cette visite, selon qu’elle jugera estre expedient.
Elle tiendra un roolle bien datté de l'argent qui luy sera donné pour la despense, et pour celuy qui proviendra des ventes ou de presens charitables.
Elle ordonnera à la Despensiere, de mois en mois, ce qu'il faudra pour la table, et reprendra souventesfois ce qu'elle luy aura mis en main, affin que tout soit teneu en bon ordre.
Qu'elle prenne garde, au mois de febvrier et au mois d'aoust, que rien ne manque pour les vestemens de l’hyver et de l’esté.
Elle tiendra les inventaires de tous les meubles de chaque office, et procurera que chaque Officiere en ayt un particulier de ce qui est de sa charge, qu’elle reverra chaque année, en l’une des visites generales qu'elle fera de toute la mayson.
Elle distribuera les besongnes, comme de filer et coudre, aux Sœurs, selon les occurrences, et toutes les besongnes faites luy seront remises, affin qu'elle les mette sur son compte.
Elle fera un roolle de tout ce que les novices apporteront à la mayson, qu'elle leur fera signer, si elles le sçavent faire, sinon la Superieure le signera.
Elle fera voir son compte à la Superieure tous les mois, tant de ce qu’elle aura receu, que de ce qu’elle aura despensé.
Elle se rendra prompte et charitable à toutes les necessitez des Sœurs, selon l'ordonnance de la Superieure; et prendra garde que les Sœurs de l'office de la cuisine, et les Sœurs tourieres fassent bien à propos ce qui est de leur charge, et avec la douceur .et support requis.
Elle tirera tous les jours compte de la Sœur touriere qui fait les provisions.
Elle aura soing particulier que les Sœurs tourieres ne soyent point trop chargées de besongnes, ny aussi qu'elles ne perdent point le tems, et aura le mesme regard sur les Sœurs domestiques. Et fers que les Sœurs tourieres prennent le tems, és jours de festes, d’ouyr lire, ou s'entretenir des choses spirituelles et sainctes, pour s’exciter à la devotion selon leur capacité.
CONSEIRUMEO NS RME De la Portiere.
La Portiere doit estre grandement discrette, pour faire sagement les responses et messages qui viennent en la mayson, et en sortent; pour faire doucement attendre les personnes auxquelles on ne peut pas donner satisfaction sur-le-champ.
Or, elle n’ouvrira jamais à personne, sans la licence de la Superieure, et sans son Assistante, et prendra garde qu’en ouvrant, elle ne puisse estre veue de dehors, ny sa compaigne aussi.
Elle verra ce qui sort de la mayson, et l’escrira, si c’est chose d'importance : les Sœurs estant aux Offices, en l’orayson, et à table, elle s’excusera de les appeller, si ce n’est pour chose qui presse, et de grande importance.
Elle rendra toutes les lettres qui arriveront, à la Superieure , et n’en fera point sortir sans son ordre.
Si quelqu'un donne quelque chose à la Congregation, elle en fera le recit sur le soir apres la recreation, affin que l’on prie pour les bien-faicteurs.
Qu'elle soit courte en parolles avec ceux qui viendront à la porte, ne s'enquerant d'aucune chose non necessaire. ;
Elle ne laissera point les clefs à la porte, et les rendra tous les soirs à la Superieure, comme aussi celles du parloir et tournoir.
Elle ne fera aucun message de dehors aux Sœurs, ny des Sœurs à ceux de dehors, sinon par l’ordre de la Superieure, ou bien de la Directrice, en ce qui regarde les novices.
Elle n’usera d'aucune authorité sur sa compaigne ; aïñs s’en servira simplement pour estre tesmoin de ses actions ; et pour estre assistée à fermer à bonne heure les portes.