‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 5)Chapitre 79 sur 158 · CONSTITUTION XXXVIII · texte numérisé non relu

CONSTITUTION XXXVIII

De la Sacristaine.

La Sacristaine aura charge, et tiendra un roolle de tout ce qui appartient à l’eglise et chapelle de la Congregation, et tiendra tous les ornemens, paremens, et meubles qui appartiennent au service de l'autel et de l’eglise, proprement, nettement, et en bon ordre; parera la chapelle, et preparera les habits sacerdo-

taux avec grande diligence, selon la varieté des festes et des tems, se souvenant que Nostre-Seigneur a tousjours aymé la netteté et mondicité, et que Joseph et Nicodeme sont loüez d’avoir proprement et nettement ‘ensevely son corps, avec parfums et unguens precieux.

Elle advertira la Superieure s’il arrive quelque prestre estranger pour dire la messe, et sçaura s’ils ont licence de l'Evesque.

Si quelqu'un, venant à la sacristie veut parler d'affaire, elle l'envoyera à la porte, sinon que pour la qualité des personnes il fust mieux d’advertir la Superieure.

Elle sonnera tous les Offices, les messes, les Ave Maria à propos.

Elle advertira de bonne heure, s’il y a des Confessions et Communions à faire.

Elle ne s’arrestera point à parler avec le Pere confesseur et chapelain ordinaire, non plus qu'avec le clerc, ny moins avec les estrangers, sinon pour les choses necessaires.

Elle ira le matin, avant que sonner l’orayson , par toutes les cellules des Sœurs, pour voir si quelqu’une par incommodité ne peut pas venir à l'Office ; et si elle en treuve, elle en advertira la Superieure.

On ne fera point de poupées en toute la mayson, et moins en mettra-t-on sur l’autel, ny pour representer Nostre-Seigneur, ny Nostre-Dame, ny les Anges, ny choses quelconques; ains on aura des imaiges bien faites et appreuvées par le Pere spirituel, notamment celles qu’on met sur l'autel.

Et parce que les particularitez du soing que doit avoir la Sacristaine , pour la propreté et bien-seance de toutes les choses sacrées qu'elle a en sa charge, sont en trop grand nombre, on luy en doit faire un Directoire à part, et qu’elle l'ayt tousjours devant les yeux, en le lisant tous les mois, affin de ne point manquer à tout ce qui sera par escrit, la Congregation ayant interest nompareil, que cette charge soit passionnement bien exercée.

De l’Infirmiere.

Cezce-cy ne doit respirer que charité, tant pour bien servir les Sœurs malades, que pour supporter les phantaysies, chagrins, et mauvaises humeurs que le mal cause quelquesfois aux pauvres infirmes : les divertissant neantmoins de leur impres-

sion, le plus dextrement et le plus suavement qu'elle pourra, sans jamais tesmoigner d’estre desgoustée, ny ennuyée de les servir. Ainsi donc, elle les doit regarder comme la vive imaige de Jesus-Christ crucifié; et si les anciens chrestiens, comme sainet Chrysostome asseure, alloient bien loin en Arabie, voir et reverer le famier sur lequel sainct Job souffrit tant de travaux, avec quelle reverence devons-nous approcher le lict sur lequel nos freres et sœurs sont couchez pour endurer leurs maladies au nom de Dieu.

Elle se chargera de tout ce qui appartient à l'infirmerie, et au service des malades, dont elle tiendra un memoire; et aura un extresme soing que les chambres soyent nettes, propres, et bien ornées d’imaiges, feüillages, et boucquets, selon que la sayson le permettra, et que rien ne demeure autour des malades qui puisse rendre des puanteurs; ains au contraire, si le medecin le permet, elle y tiendra tousjours des bonnes senteurs et odeurs.

Elle s'essayera de donner aux malades toute confiance, sans acquiescer toutesfois à leurs volontez en ce qui leur pourroit nuyre.

Des menus Offices de la mayson. — De la Robbiere.

CELLE-CY aura la charge de tous les habits et chaussures des Sœurs, comme aussi des licts, et de toutes leurs appartenances, de quoy elle tiendra un roolle, et les conservera diligemment, prenant garde que tout cela soit en bon ordre, et raccommodé selon le besoin : si que rien ne s’y gaste par negligence, et que rien n y soit contraire à la pauvreté et simplicité.

Elle fera la distribution, selon l'ordonnance de la Superieure, sans permettre que les Sœurs fassent aucun choix; ains regardera simplement à la necessité de chacune.

Elle tiendra un roolle particulier des habits seculiers des novices, et les conservera soigneusement pour en rendre compte au jour de leur profession.

De la Lingere.

Celle-cy doit avoir le mesme soing des linges, que la Robbiere des habits, pour les bien conserver, raccoustrer, et distribuer selon la necessité des Sœurs; puis les retirer, faire blanchir, plyer et seicher.

Elle en fera un roolle, et en tiendra compte au bout de chaque année ; et les serrera en bon ordre, mettant à part ceux qui sont propres pour les Sœurs de grande taille, d'avec ceux qui sont pour les petites, affin de les treuver plus aysement, et les distribuer sans choix.

Quand les Sœurs auront des necessitez extraordinaires, elle leur en donnera charitablement; et au reste, luy sera fait un petit Directoire pour toutes les particularitez qui regardent sa charge.

De la Refectoriere.

Celle-cy doit tenir proprement tout ce qui regarde les meubles du refectoire, et preparer toutes les choses à propos.

De la Despensiere.

L'office de la Despensiere despend de celuy de l’OEconome ; c’est à elle de despenser en detail le vin, le pain, l'huyle, le sel, le beurre, et autres choses requises pour la no urriture des Sœurs, pour l’aumosne et autres telles occasions.

Elle fera des portions, et prendra garde que tout se fasse fort honnestement en la cuisine.

Des Sœurs domestiques.

Les Sœurs employées à la cuisine, et autres services du mesnage, le feront avec allegresse et consolation, se ressouvenant que saincte Marthe le fit, se representant les petites, mais douces meditations que faysoit saincte Catherine de Sienne, laquelle, parmy des semblables exercices, ne laissoit pas d’estre ravye en Dieu; ainsi doivent les Sœurs, tant qu’il leur sera possible, tenir leurs cœurs recueillis en la divine Bonté, laquelle, si elles sont fidelles, desclarera un jour devant tout le monde, que ce qu'elles ont fait pour ses servantes, a esté fait pour Elle.

Elles feront neantmoins les exercices spirituels, selon qu'il y aura plus ou moins à faire, et que la Superieure leur ordonnera, laquelle aura un soing particulier, de ne laisser les Sœurs sans la nourriture convenable à leur esprit, puis qu’elles servent à la nourriture corporelle de toute la Congregation.

Toutes seront esgales en cet office, et s’entr'ayderont mutuel-

lement en paix el charité; et lorsque le loysir le permettra, elles iront l’une apres l’autre alternativement aux assemblées de la Communauté.

Elles tiendront compte de tous les meubles servant à leur office, tant linges qu'autres ; et rendront compte une fois l'année à l'OEconome.

LDONSPÉAOMIONECETLIE Des Sœurs tourieres.

La Congregation recevra le moins qu’elle pourra des Sœurs tourieres; et semble bien que deux ou trois seront esgalement et necessaires et suffisantes, pour tout ce qui est requis au service de la mayson.

Or, la Superieure prendra garde, que celles qu’elles prendra soient de bon corps et de bon cœur, de bonne complexion et de bon naturel; mais surtout grandement resolues de servir Nostre- Seigneur en travaillant pour la Congregation, avec obeyssance, douceur et humilité.

On les espreuvera doncques six semaines durant, pendant lequel tems on leur proposera les articles du service et de l'obeyssance qu’elles &uront à rendre, la sousmission de leur propre volonté en toutes choses, avec le reste de l’observance de la Regle. Apres quoy, on les recevra avec les mesmes conditions et considerations que les autres Sœurs.

Elles ne changeront point d'habits en leur reception, ny en leur establissement; ains demeureront vestaës comme les honnestes filles de leur.qualité originaire, à la façon du lieu où est la Congregation, sans aucune difference : sinon qu'elles seront vestues simplement et modestement de noir, sans ouvrage, ny mignardise quelconque, avec une croix d’argent penduë en leur col comme les autres.

Elles demeureront deux années novices, passées lesquelles elles seront establies en la Congregration, par le væu simple de l'obeyssance et de l’oblation, comme il sera dit.

Elles observeront les jeusnes comme les autres, et communieront tous les dimanches et bonnes festes, diront tous les jours le Chapelet, feront l'examen qui se fait apres Matines. Les festes et dimanches, ne se treuvant pas occupées, elles assisteront à Vespres. Bref, autant que les occupations auxquelles

elles sont destinées le permettront, on les rendra conformes en mœurs, en exercices, et en affection, aux Sœurs de la Congregation.

Personne ne leur commandera, que la Superieure et l'OEconome, lesquelles leur donneront une Sœur pour les instruire et consoler aux choses spirituelles. En tout, la Superieure leur commandera avec amour, et les Sœurs les nommeront Sœurs, se ressouvenant que quoy qu'elles servent à l'exterieur, elles ne laissent pas, selon l’interieur, d’estre filles de Dieu, coheritieres de Jesus-Christ, esgales en nature, et en la pretention de la grace et de la gloire, aux plus grandes du monde, et qu’enfin, comme dit sainct Paul, elles et nous n'avons qu’un Maistre Jesus-Christ, esgalement Seigneur et Sauveur des unes et des autres.

Quand doncques elles seront malades, la Superieure les fera retirer dans l’Infirmerie, et l'Infirmiere les traittera ne plus ne moins que les autres, en toutes sortes de services, et en toutes occasions, de quelque necessité corporelle et spirituelle qu’elles puissent avoir. La Superieure leur ouvrira son sein maternel comme au reste des Sœurs, allegeant leur travail corporel par ce soulagement spirituel.

Quand elles iront faire les provisions, elles se conduiront avec tant de modestie et de retenuë, qu'elles edifient un chacun, et se comporteront en tout ne plus ne moins que si elles estoient dans la mayson à la veuë de la Superieure.

Elles ne doivent entrer en aucune mayson, ny manger dehors, sans avoir demandé à la Superieure, sinon qu'il y eust quelque necessité qu’elles n’eussent pas peu prevoir avant que sortir, ny ne parleront, ny s’amuseront par les ruës, sinon pour les affaires qu’elles y auront.

Qu'elles n'apportent nulle sorte de nouvelles de la ville, ny messages, lettres ou recommandations, sinon à la seule Superieure.

CONSTITUTION XLJII.

De la premiere reception de celles qui desireront estre de la Congregation.

ON ne recevra aucune fille, pour entrer en la Congregation, qui n’ayt quinze ans accomplis, et ne sçache lire, si elle est presentée pour estre du chœur, et qui ne tesmoigne un grand desir de la perfection chrestienne; et quant aux moyens requis pour l’en-

tretenement, on y advisera de tems en tems, selon les commoditez de la mayson.

Et quand quelque fille ou femme sera proposée pour estre receuë, avant toutes choses, on la fera venir en la mayson, où elle arrestera quelques jours comme estrangere, pour estre veuë et considerée de la Superieure et des Sœurs.

Et quand la Superieure jugera qu’il en soit tems, elle fera faire la demande de l'entrée par la pretendante en plein Chapitre; puis elle prendra les voix de toutes les Sœurs, et si la Superieure, avec la pluspart des Sœurs, s'accordent à la reception, on l'admettra au premier essay : le tout neantmoins ayant prealablement prins l’advis du Pere spirituel, qui, de son costé, s enquerra des conditions de la fille, affin de mieux conseiller les Sœurs en cette occurrence. |

Les veufves seront de mesme condition quant à ce point, hormis qu'il faudra prendre garde de n'en point recevoir qui ayent des enfans pour la conduitte desquels il soit vrayement necessaire qu'elles demeurent au monde; ny de celles qu'on recognoist estre fort tendres de leurs enfans, et subjettes à se troubler : car, encore que telles veufves semblent à l’abord bien disposées, tandis que la ferveur des premieres impressions de la devotion les anime, elles sont toutesfois grandement subjettes, peu apres, aux tentations de l’inquiettude, à la moindre difficulté qui se presente, s'imaginant que si elles estoient au monde, elles feroient des miracles pour leurs enfans, et ne cessent jamais de parler d'eux et de les lamenter; et quoy que leur entrée fust grandement utile à leurs enfans mesme, pour peu qu’elles fussent faschées d’ailleurs, elles prendroient occasion de blasmer et censeurer leur retraitte, avec scandale de plusieurs.

Et en general, on evitera de prendre des filles ou femmes qui soient mutines, ou opiniastres, ou trop esgarées et folastres, les unes s’arrestant trop à leur propre cervelle, et les autres ne s'arrestant à rien. Comme encore on se gardera, tant qu'il sera possible, de prendre celles qui sont trop addonnées à la tendreté et compassion sur elles-mesmes.

CONSTIRLMIONECIAINE De l’entrée des Novices.

La pretendante avant asseurance de sa reception, pourra, quand la Superieure l’ordonnera, faire le premier essay avec ses habits ordinaires, esquels elle demeurera pour quelques sepmaines, selon que la Superieure advisera, pour essayer, et considerer si elle pourra bien s'accommoder aux Regles et observances de la Congregation, lesquelles on commencera à luy faire exactement prattiquer; et luy fera-t-on entendre que la Congregation est une eschole de l’abnegation de soy-mesme, de la mortification des sens, et de la resignation de toutes les volontez humaines, et en somme un Mont de Calvaire, où, avec Jesus-Christ, ses chastes Espouses doivent estre crucifiées spirituellement, pour apres cette vie estre glorifiées avec luy. Et cependant on la fera preparer, par meditations et oraysons, à faire une bonne confession generale, sinon qu'elle l’eust desjà faite, en sorte que le Pere spirituel et la Superieure jugeassent qu'il ne fust pas expedient de la refaire encore une fois : auquel cas on luy fera seulement faire une confession depuis la generale qu’elle aura faite; et elle, par apres, dira de gros en gros ses inclinations, humeurs et passions, qui ont jusques à l'heure principalement regné en elle, faysant un abregé de l’histoire de sa vie, tant du mal que du bien, avec confiance et fidellité, affin que la Superieure entende mieux comme il la faut conduire et faire exercer, gardant comme un secret de conscience tout ce qui luy aura esté dit pour ce subjet.

Or, le tems prefix (1) estant passé, on tirera les voix, lesquelles luy estant favorables, ell&se preparera, et on luy donnera l'habit du noviciat.

Pendant le noviciat des Sœurs, on taschera de fortifier leurs cœurs , et les rendre devotes, non d’une devotion mignarde, tendre ou pleureuse; mais d’une devotion esgalement douce et courageuse, humble et confiante. Et sur tout on procurera que la novice esgale et applanisse ses humeurs et inclinations à la regle de la charité et discretion, c’est-à-dire, qu’elle apprenne à ne point vivre selon ses humeurs, passions, inclinations, et adversions; mais selon l’ordre de la vraye pieté, ne pleurant, ryant, parlant, se taysant que par rayson, et non quand le ca-

(4) Fixé d'açance.

price ou phantaysie luy en vient; en sorte qu'elle reserve les demonstrations de sa joye ordinaire pour les recreations, l’inclination de se taire pour le silence, celle de pleurer, quañd la grace l’excitera aux larmes de devotion, sans les employer en des frivoles occasions. Et enfin on luy fera entendre qu'elle ne doit se servir de son cœur, ny de ses yeux, ny de ses parolles, que pour le service de la dilection de son Espoux, et non pour le service des humeurs et inclinations humaines.

Des Vœux et Professions.

IL ne sera jamais loysible aux novices de demander la profession; ains seulement, estant interrogées de leur desir pour ce regard, elles l’expliqueront en verité, et la Superieure aura soing de leur faire faire les vœux et la profession quand il en sera tems, selon les ceremonies accoustumées.

CONSTITUTION XLVI. Du Renouvellement et Confirmation des Vœux.

LE jour de la feste de S. Michel, la Superieure advertira toutes les sœurs professes de se preparer à faire le renouvellement de leurs vœux, pour le jour de la Presentation de Nostre-Dame; et pour s'y preparer, elles feront chacune la retraitte, selon qu'il sera ordonné par la Superieure.

Oultre laquelle les Sœurs feront trois jours de retraitte avant Noël, avant la Pentecoste et avant la Presentation de Nostre- Dame, et de plus toute la sepmaine saincte, jusques apres la messe du samedy; et ne se fera aucune assemblée pendant lesdits tems de retraitte, que celle de la recreation du soir, qui sera employée à parler des choses saiuctes et de devotion.

De lEslection de la Superieure et autres Officieres.

LA Superieure ne demeurera en charge que trois ans, à la fin desquels, le samedy apres l'Ascension de Nostre-Seigneur, le Chapitre assemblé dans le chœur, en presence du Pere spirituel,

qui sera assis à la treille, se mettant à genoux au milieu des Sœurs, elle renoncera et deposera sa superiorité entre les mains du Pere spirituel, qui, ayant accepté sa resignation, l’absoudra de sa charge, disant :

La Congregation vous descharge au nom du Pere, et du Fils, et du Sainct-Esprit, et la remettra à l'Assistante; et la Superieure demeurera ainsi deposée, et dira ses coulpes des fautes commises en sa charge, et le Pere spirituel luy donnera la penitence, et elle se retirera en la derniere place. Apres quoy le Pere spirituel exhortera de penser serieusement à une nouvelle eslection pour le jeudy suivant, sans autre consideration que de la plus grande gloire de Dieu, et sanctification de son nom. Puis on dira le Vens Creator Spiritus, et on se retirera.

Le dimanche suivant, on fera la Communion generale pour l'eslection future, de laquelle eslection, ny de la deposition faite, les Sœurs ne parleront point, ny és assemblées ; ains une chacune pensera à faire l’eslection qu’elle estimera estre meilleure selon Dieu ; et dira-t-on tous les jours apres la Messe, et le soir apres les Litanies, le Vent Creator Spiritus; puis le jeudy, apres la Communion generale, faite à cette intention, toutes les Sœurs estant sorties du chœur, apres qu'on aura mis une table au milieu d'iceluy, avec du papier, de l'encre, et de la poussiere, l'Assistante rentrera la premiere, et s’estant mise à genoux, apres avoir fait le signe de la croix, elle escrira le nom de celle qu'elle voudra eslire, puis l'ayant plyé, elle sortira, et les autres, toutes l’une apres l’autre feront de mesme.

A une heure apres midy, le Pere spirituel estant revenu, s’il y a des Sœurs malades, il ira prendre leurs voix, les escrira en des billets, et les mettra dans la boette où les autres seront mis.

S'il y a des Sœurs qui ne sçachent pas escrire, il les fera venir au parloir, et luy-mesme escrira leurs billets; puis, toutes les voix estant escrites, on ira au chœur comme le samedy precedent, et apres avoir dit le Vens Creator Spiritus, toutes les Sœurs viendront les unes apres les autres apporter leur billet au Pere spirituel, qui les ayant tous receus dans la boette, les retirera, et les liera l’un apres l’autre : et deux des Sœurs, qui auront une liste du nom de toutes les Sœurs qui peuvent estre esleuës, avec des lignes tirées à l’endroict de chaque Sœur, marqueront d’une traverse la ligne du nom qui se lira.

Et enfin on verra laquelle des Sœurs aura plus de voix, et celle-là sera la Superieure, sans qu’il luy soit loysible, ny de re-

fuser, ny de s’excuser, ny de dire des belles parolles; ans, s’estant agenoüillée, elle fera la profession de foy.

Le Pere spirituel confirmera l’eslection au nom de l'Evesque, disant : Et nous, de l’authorité que nous avons, confirmons vostre esleclion, à ce que vous soyez Mere et Superieure de toute ceste Congregation, au nom du Pere, et du Fils, et du Sainct-Esprit.

Apres quoy elle va s'asseoir en la place de la Superieure : et toutes les Sœurs l’une apres l’autre luy vont bayser la main à genoux; on dit l’Ave maris stella, et enfin, Laudate Dominum omnes gentes. Et cela fait, l’Assistante va escrire dans le livre le jour de ceste eslection.

S'il se treuvoit que deux Sœurs eussent esgalement des voix, il faudra.alors que le Pere spirituel escrive leurs: noms en une feülle, tirant une ligne à l’endroict de chacun d'iceux; puis les Sœurs sortiront et viendront l’une apres l’autre à luy, et diront laquelle des Sœurs elles desirent, et il la marquera par la traverse; en sorte que nul ne puisse voir le papier où se font les marques, ny ouyr les voix, sinon le Pere spirituel et celuy qui l’'accompaigne : et s’il y a des malades, il ira prendre leurs voix luy-mesme, comme dessus.

Toutes les voix estant prinses, le Pere spirituel bruslera tous les billets, affin qu'il n’en soit plus memoire, et que les voix demeurent secrettes.

Au reste, on ne pourra eslire aucune Sœur pour Superieure, qui n’excede l’aage de quarante ans, et qui ne soit professe de buict ans. Et s'il n’y en a pas au monastere, on en pourra eslire une des autres monasterés, et du mesme Institut de la Visitation; où du moins faudra-t-il que celle qui sera esleuë ayt cinq ans de profession, et trente ans d’aage, selon que le sacré Concile l’ordonne.

La Superieure estant esleuë, et ayant choysi celles que, selon Dieu, elle jugera estre plus propres pour exercer les charges d'Assistante et Coadjuatrice, elle les proposera au Chapitre, et l’eslection s’en fera par la pluralité des voix; que si elles n’en ont les deux tiers, la Superieure en proposera des autres, et l’eslection en estant faite, elle choysira, avec l'advis des dites Sœurs esleuës, celles d'entre les autres Sœurs qu'elle jugera estre plus propres pour exercer les autres offices, et toutes demeureront en l'exercice de leurs charges, jusqu'à ce que la Superieure jugera à propos de les changer.

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CONSTITUTION XLVIII. Des Penitences et Chastimens.

Le glorieux Pere sainct Augustin tesmoigne assez qu'il veut la Justice punitive estre employée au service et conservation de la charité en sa Congregation; mais il laisse au Jugement de la Superieure, la qualité et quantité des penitences et punitions qu'elle doit imposer selon la diversité des coulpes.

Ce sera donc à elle de proportionner les chastimens avec les fautes, enjoygnant des penitences petites ou grandes, à mesure que les fautes le meriteront, ainsi qu'il se fait maintenant, et que le Directoire le porte.

Mais si les fautes sont griefves, et qu'il y ayt de la malice, opimiastreté, et obstination, alors elle conferera avec ses Coadjutrices, pour prendre leurs advis sur la correction convenable ; et s'il est besoin, fera paroistre la coupable devant elles pour la convaincre, et mesme, s’il est jugé à propos, devant le Confesseur, affin qu'il l'ayde, ou devant le Pere spirituel : et là luy faire sa sentence, pour luy donner la saincte confusion qui reduict à penitence.

Mais s'il arrivoit, ce que Dieu ne vueille jamais permettre, que quelqu'une se rendist tout à fait incorrigible et incurable en son obstination, alors il faudra assembler le Chapitre devant le Pere spirituel, pour pourvoir de remede, Et s’il estoit expedient, on en conferera, non-seulement avec le Pere spirituel, mais aussi avec l'Evesque, s’il est au lieu, ou s’il n’y est pas, avec son Vicaire general, pour prendre tous les moyens requis et convenables, affin de remedier à ce mal.

Briefve desclaration de l’obligation des Sœurs, à l'observation de la Regle et des Constitutions.

C’esr l'opinion des Docteurs, et la vraye verité, que ny la Regle de S. Augustin, ny certes la pluspart des Regles des autres Religions, n’obligent nullement à peché d’elles-mesmes ; ains seulement à raison des circonstances suivantes :

I. Quand la chose deffenduë est en soy peché, ou que ce qui est commandé est necessaire à salut.

IT. Quand on fait, ou qu’on laisse à faire quelque chose, par dedain et mespris de la Regle.

HIT. Quand on contrevient à l’obeyssance que la Superieure impose en ces termes, ou semblables : Je commande au nom du Sainct-Esprit, ou sous peine de peché mortel. Mais la Superieure ne doit faire tels'commandemens, que pour des choses de tresgrande importance, et ce par escrit, s’il se peut.

IV. Quand le Pere spirituel, ou l'Evesque commandent, ou deffendent quelque chose, sous peine d’excommunication majeure, qui soit encourue par la transgression mesme.

V. Quand on transgresse absolument la Regle és vœux essentiels de chasteté, pauvreté, ou de la vie reguliere : comme il arriveroit, donnant ou prenant, ou gardant chose notable sans congé, rompant la clausure, quittant tout à fait l’habit, et semblables.

VI. Quand on viole la Regle avec scandale, et en sorte que la consequence apporte manifestement quelque grand prejudice au monaslere. ‘

VIT. Quand on fait quelque manquement en la Regle par quelque desordonnée passion, comme par exemple, de n’aller pas au chœur aux heures marquées, par une grande negligence et paresse, de manger hors du repas, par une grande avidité et friandise, de rompre le silence par cholere, et autres semblables, bien que tels pechez ne soient pas souvent mortels : mais comme il appert, ce n’est pas la Regle, ny les Constitutions, qui en ces cas causent le peché; ains les circonstances, qui de leur nature le causeroient en toute autre occasion : car ce seroit tousjours peché aux seculiers mesmes, de faire ce qui est peché en soy, de laisser ce qui est requis au salut, d’enfreindre quelque loy par mespris, de violer les vœux, de scandaliser le prochain, de se relascher à quelque passion desordonnée.

La Regle doncques, et, comme il est dit, beaucoup moins les Constitutions, n’obligent nullement à peché d’elles-mesmes; mais les Sœurs craindront pourtant tousjours de les violer, si elles se ressouviennent que leur vocation est une grace tres-particuliere, de laquelle il faudra rendre compte au jour du trespas, et qu’elles portent gravée en leur memoire la sentence du Sage : Qui neglige sa voye sera tué. Or, la voye des Sœurs de la Visitation, ce sont leurs Regles et Constitutions, esquelles elles doivent marcher de vertu en vertu, jusques à ce qu'elles voyent leur Espoux eternel en Sion : et partant qu’elles y cheminent sagement et soigneusement, sans se fourvoÿer ny à droicte ny à gauche.

FE (=) co

De l’Enterrement des Sœurs.

Quanp les Sœurs decederont, on fera appeller le Curé du lieu, avec deux autres prestres assistans, pour faire l'enterrement, ainsi qu'il est marqué au Directoire.

On ne recevra aucune sepulture de dehors, que de ceux qui, par quelque signalé bienfaict, auront obligé le Monastere, ou desquels la devotion singuliere meritera exception : avec permission neantmoins et dispense particuliere de l'Evesque. Et les Sœurs ne s'employeront nullement pour les choses requises à telles sepultures; en lairront la conduitte, avec tous les proficts et emolumens à qui il appartiendra.

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