ARTICLE XII
De la saincte Com:nunion.
La principale intention que les Sœurs doivent avoir à la saincte Communion, doit estre pour la gloire de Nostre-Seigneur et leur unyon avec luy.
Or, pour s’y mieux preparer, le soir devant que de la faire, il sera bon, en l'orayson et en leur recueillement, de dresser quelque peu leur pensée à Nostre-Seigneur en ce sainct Sacrement, excitant en leur ame une saincte reverence et joye spirituelle, de devoir estre si heureuses que de recevoir nostre doux Sauveur ; et lors il faut faire nouvelle resolution de le servir fervemment, laquelle elles pourront confirmer l'ayant receu, non pas par vœu, mais par un bon et sainct propos.
Sur le poinct de la Communion, elles pourront user de quelques eslancemens de parolles mentales, ou vocales, comme celles de S. François : Qui suis-je, Seigneur, et qui estes-vous? ou bien de S* Elisabeth : D'où me vient ce bonheur, que mon Seigneur vienne à moy ? ou celle de S. Jean l'Evangeliste : Oüy,: venez, Seigneur Jesus; ou celle de l'Espouse sacrée : Que mon espoux me bayse d’un bayser de sa bouche, et semblables.
Apres la saincte Communion, il faut regarder Nostre-Seigneur assis dans nostre cœur comme dans son trosne, et luy faire venir l'une apres l'autre nos puissances et sens, pour oùyr ses commandemens, et luy promettre fidellité.
On pourra encore semondre (1) l'ame à plusieurs sainctes affections, comme de crainte de contrister et perdre le Seigneur, disant avec David : Ne vous departez point de moy; et avec les pelerins : Demeurez avec nous, car il se fait tard.
À la confiance et force d'esprit avec Daniel : Je ne craindray nullement, parce que, Seigneur, vous estes avec moy.
A l'amour, avec l’Espouse : Mon bien-aymé est à moy, et moy je suis à luy, il demeurera sur mon cœur. J’ay treuvé celuy que mou ame desire, je le conserveray soigneusement.
À l'action de graces, avec Abraham : O Seigneur ! parce que vous m'avez fait cette grande grace, je vous beniray de benedietions eternelles, et multiplieray vos loüanges comme les estoiles du ciel.
& (1) Exciter.
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À la resolution de le servir, par les parolles de Jacob : Dieu me sera mon Dieu, et la pierre de mon cœur, cy-devant endurcie, sera sa Mayson. (
On peut penser à l’ardeur interieure de Nostre-Dame, lorsque l’Ange luy dit que le Sainct-Esprit viendroit en elle, sa devotion, son humilité, sa confiance, son courage; et qu'en mesme tems qu'elle entendit que Dieu luy donnoit son cœur, qui est son Fils, elle se donna reciproquement à Dieu, et que lors cette saincte ame se fondit en charité, si qu'elle pouvoit dire : Mon ame s’est liquefiée et fonduë, quand mon Bien-aymé m'a parlé. Or quant à nous, nous recevons une pareille grace en la Communion, car non un ange, mais bien Jesus-Christ, nous asseure qu’en icelle le Sainct-Esprit vient en nous; et par maniere de dire, nayt en nous, et y est conceu.
0 Dieu! que de suavité et de douceur! Et partant, l'ame peut bien dire comme ceste saincte Dame, apres cette consideration : Voicy la servante du Seigneur, me soit fait selon sa parolle; puisqu'il a dit de sa sacrée bouche : Que quiconque le mange, il demeure en luy, qu'il vivra pour luy et en luy, et ne mourra
point eternellement.
Les Sœurs pourront, tant pour la saincte Messe que pour la tres-saincte Communion, faire ces considerations, ou telles autres que le Sainct-Esprit leur suggerera.
Elles communieront par ordre, commençant à la Superieure, et ainsi des autres.
Elles iront à la main droicte, feront l’enclin à la Superieure en allant, et la genuflexion devant que de s’agenoüiller pour communier.
La Sacristaine commencera le Confiteor intelligiblement, et à mesme tems la premiere s'ira mettre. à, genoux à la fenestre, le voile baissé jusques sur le nez, ou plus haut, tenant la teste droicte et ferme, sans se remuer ny advancer.
Apres la saincte Communion, elles se retireront aussi-tost à gauche, et feront la genuflexion au Sainct-Sacrement, et l’enclin à la Superieure, se remettant à leurs places à genoux.
Les Sœurs communieront de plus que la Constitution n’ordonne, une fois chaque semaine de Caresme, commencant le vendredy, et toutes les festes süivantes :
De S. Paul, S. Joseph, S'° Catherine de Sienne, S'° Croix, S. Claude, en memoire qu'à tel jour la Congregation fut commencée, 5° Magdelene, S'* Anne, Nostre-Dame des Neiges, S. Bernard, la feste du Sainct principal auquel leur eglise est dediée ;
S. François, S" Catherine martyre, S. Charles, les SS. Innocens, et le jour de la Profession, et la feste du S. Ange gardien.
Item, ces festes suivantes, si elles n’arrivent la veille ou le lendemain des Communions ordinaires, et que la Superieure l'ordonne, laquelle peut aussi faire advancer ou retarder la Communion du jeudy au vendredy, ou mercredy, pour s’adjuster aux susdites festes :
S. Anthoine, 5° Agnes, S. [gnace de Loyola, S. Thomas d’Aquin, S. Benoist, S:. Érañects de Paule, S. Jean-Porte-Latine, S'® Monique, S. Alexis, S" Marthe, S. Louys, la Decollation de S. Jean, S. Nicolas de Tolentin, S. Denys, S. Dominique, S. Bonaventure, S* Therese, S. Nicolas, le jour qu’elles ont prins l’habit, et du sainct de leur nom.
La premiere Communion de chaque mois se fera pour le renouvellement de leurs vœux.
La seconde, pour l’exaltation de la saincte Eglise, pour le Pape et les Ecclesiastiques.
La troisiesme, pour la conservation, unyon, et perfection de l'Ordre.
La quatriesme, pour la conversion des infidelles et pecheurs.
La cinquiesme, pour l’unyon entre les princes chrestiens, notamment pour celuy du pays où la Congregation se treuve establie, ou autres necessitez publiques.
Une avec une Messe pour les ames du Purgatoire, proche le tems que l’on dit l'Office des morts.
Une au decez des plus proches parens de quelque Sœur, quand la Superieure le treuvera bon. Et les Sœurs peuvent appliquer plusieurs de leurs Communions, avec permission, pour leurs parens decedez, durant l'anniversaire.
La Superieure, ou autres, communiant extraordinairement, n’empesche pas que trois Sœurs ne communient selon leur ordre.
Quand elles sont en petit nombre, elles ne communieront que deux à la fois, affin que chacune n’ayt qu'une Communion extraordinaire par sepmaine.
Au commencement de leurs Communions generales, on met-
tra du parfum tant qu'il se pourra.
Adois sur le Directoire.
Le Directoire propose quantité d'exercices, il est vray, et il est encore bon et convenable, pour le commencement, de tenir les esprits rangez et occupez : mais quand, par le progrez du tems,
les âmes se sont exercées en cette multiplicité d’acles interieurs, et qu'elles sont faconnées, derompuës, et desgourdies, alors il faut que ces exercices s'unissent en un exercice de plus grande simplicité, à sçavoir, où à l’amour de confiance, ou de l'unyon et reüñion du cœur à la volonté de Dieu, ainsi que l'exercice de l’unyon marque; de sorte que cette multiplicité se convertisse en unité. Mais c’est à la Superieure à cognoistre et discerner l’attraict interieur, et l’estat de chacune de ses filles en particulier, affin qu’elle les conduise toutes selon le bon playsir de Dieu. Et de plus, s’il se treuve quelques ames, voire mesme au noviciat, qui craignent trop d’assubjettir leur esprit aux exercices marquez, pourveu que cette crainte ne procede pas de caprice, outrecui- . dance, desdain, ou chagrin, c’est à la prudente Maistresse de les conduire par une autre voie, bien que pour l'ordinaire celle-cy soit utile, ainsi que l'experience le fait voir.