LIVRE I, CHAPITRE HI
personnes baptisées par les heretiques, impies et idolastres, tels que vous nous appellez, n'ont besoin d’estre rebaptisées ? Calvin, Beze, Viret, ne furent jamais baptisez par autre main que par celles des prestres, et vous me semblez, à vostre langage, non-seulement d’estre sorty d’entre nous, mais encore d’avoir esté ou prestre, ou moyne, tant vous faites profession en vostre traitté de sçcavoir le breviaire. Vous avez donc esté baptisé, si vous estes tel, par ceux que vous appellez idolastres ; comment vous tenez-vous donc pour bien baptisé? car l’Escriture ne dit rien exprez, ny du baptesme passif des petits enfans en general, et beaucoup moins de femelles, ny du baptesme actif des heretiques. L'observation du dimanche, au lieu de sabbath, la coustume d’avoir des parrains au baptesme, d'y imposer les noms, de celebrer ce sacrement, et celuy du mariage en l’eglise solemnellement, où treuvez-vous que cela soit escrit? Et vostre façon de ne faire la cene qu’en certain tems de l’année, et le matin, de la bailler aux femmes, plutost qu'aux petits enfans, ce sont façons qui ne sont ny peu ny prou (1) ordonnées en l’Escriture. Au contraire, tous les jours on faysoit la cene parmy les disciples : elle fut instituée au soir, et entre des seuls hommes masles (Act. 2). Vous parler donc mal, escrivant que vous rejettez toutes ceremonies avancées outre, et sans parolle de Dieu, si vous ne confessez qu'il y a une parolle de Dieu hors de l’Escriture. Item, vous mangez les bestes suffoquées et le sang; en quelle escriture treuvez-vous qu'il soit loisible? Le Sainct-Esprit et les Apostres l’ont expressement deffendu (Act. 15), et vous ne treuverez point que cette prohibition ayt esté revoquée en l’Escriture car les permissions generales des viandes ne s’estendent point contre cette prohibition particuliere pour mettre en usage le sang et le suffoqué, non plus que la chair humaine et le bien d'autruy. Davantage, le canon des Escritures, tel que les Lutheriens ou vous le produisez (car en cecy le Sainct-Esprit des Lutheriens et le vostre ne sont pas d'accord), ne se treuve en aucune part de PEscriture. Et tout cecy, le tenez-vous pour neant et chose nulle? Pour vray, vostre belle proposition vous rend faux chrestien, puisqu'entre les vrays chrestiens, ce qui n’est pas escrit est teneu pour neant, et que vous observez tant de choses non escrites; ou elle vous rend imposteur, estant si fausse, comme vous la devez confesser.
Mais, pour Dieu, pensez un peu à cecy. Les Escritures anciennes ne faysoient aucune mention de la vertu de l’eau de la
(4) Beaucoup.
piscine ; et toutesfois tant s’en faut que ceux qui y avoient recours ayent esté repris et censurez comme superstitieux, pour recognoistre une vertu en cette eau, sans aucun tesmoignage de l'Escriture; qu'au contraire, Nostre-Seigneur a honoré leur creance d'un celebre miracle, et S. Jean d’une tres-asseurée attestation. Item, ceux qui portoient leurs malades à l’ombre de S. Pierre (Act. 5), et les mouchoirs de S. Paul à leurs malades pour obtenir quelque miraculeuse guerison (Act. 19), et la femme qui toucha le bord de la robbe de Nostre-Seigneur (Matth. 9), à mesme intention, où avoient-ils treuvé ces receptes en l’Escriture saincte? et neantmoins leur foy est loüée, et leur desir accomply. Si donc ces fidelles ont raisonnablement prisé la vertu de la piscine, de l'ombre, des mouchoirs, et de la robbe saincte, sans aucune authorité de l’Escriture, pourquoy ne pourront les chrestiens, ains (1) ne devront beaucoup esperer de la vertu de la croix de Dieu, quoique l’Escriture n’en fist aucune mention ? à
Je treuve vostre proposition extremement hardie et trop generale. « Ce qui n’est escrit, dites-vous, est teneu comme nul. » Ceux qui ont disputé devant vous contre les sainctes traditions ne sont pas si aspres au mestier. Chandieu, l’un des rusez eserivains pour vostre nouveauté, confesse que les choses qui ne sont pas necessaires au salut peuvent estre bonnes et recevables sans Escritures; mais non pas les choses necessaires à salut. C'est sa distinction perpetuelle qu'il a faite au traitté contre les Traditions humaines. Mais vous parlez absolument sans borne ny mesure.
Je sçay ce que vous respondez à l'exemple des mouchoirs de S. Paul, c'est « Que Dieu a voulu par tels miracles honorer l'a- » postolat de $. Paul. » Et pourquoy, je vous prie, n'aura-t-il voulu honorer de pareils miracles la majesté du Maistre de S. Paul, à ce que ceux qui ne l’avoient point veu en face fussent persuadez que celuy que Dieu authorisoit par tels miracles estoit le vray Messie? « Mais il y a ce que nous avons dit, rephi- » quez-vous, à scavoir, que tels miracles des mouchoirs: de » 5. Paul sont testifiez par la parolle de Dieu. Ce qu'on ne peut » dire du bois de la croix. » À quoy je dy que la vertu des autres reliques, et que plusieurs choses ne sont testifiées en l’Escriture, qui ne laissent d’estre tres-asseurées, ce que j'ay jusques iCy prouvé.
Voyons maintenant quelle couleur d'honnesteté vous baillerez à ces inepties. Vous citez l'Epistre aux Hebrieux, où il est dit
(1) Mais plutôt. -