‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 108 sur 355 · LIVRE II, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XI

phrase qui n’est pas sortable, ny à la priere, laquelle ils avoieut desjà faite toute la nuict, ny au sermon, car prescher ne s'appelle pas faire, mais publier le divin mystere, ny certes à vostre cene, en laquelle il ne se fait rien de divin, mais s’administre seulement un pain desjà fait et preparé.

Je ne voy pas que vous puissiez respondre à ce tesmoignage de la vertu de la croix ; car si vous dites que le diable fit cela pour faire le matois, S. Amphiloche vous remonstre que par ce miracle les catholiques furent consolez, et plusieurs Ariens se convertirent : quel advantage donc eust recherché le diable en cette affaire ? Et je vous remonstre que vous n'avez pas assez d'honneur pour rendre suspect S. Basile de magie ou sorcellelie, ny S. Amphiloche de mensonge ou fadaise.

Si vous dites que S. Amphiloche attribuë le miracle à la vertu de l’oraison, c’est ce que je veux; car le signe de la croix est une partie de l’oraison que fit S. Basile, tant sur le peuple, le benissant, que sur les portes, les en signant; et à quel autre effect l’eust-1il employé?

Une dame carthaginoise avoit un chancre au telin, mal, selon l’'advis d'Hippocrate, du tout incurable; elle se recommande à Dieu, et s'approchant Pasques, elle est advertie en sommeil d'aller au baptistere, et se faire signer de la croix, par la premiere femme baptizée qu'elle rencontreroit : elle le fait, et soudain elle est guerie.

Le traitteur à ce coup est bien empesché, il chancelle, et ayant fait le recit de l'histoire tres-impertinemment, tasche de se desrober à cette pointe, que luy avoit jettée le plaquart. Quant au recit, 1l le fait ainsi : « Une certaine dame de Carthage fut” » guerie d'un chancre à la mammelle, ayant esté advertie en » dormant de remarquer avec le signe de la croix la premiere » femme baptizée qui viendroit au devant d'elle. » Cela n’est aucunement ny vray, ny à propos; car elle ne fut point advertie de remarquer l’autre avec le signe de la croix, mais de se faire signer elle-mesme du signe de la croix, sur ie lieu du mal. Le desir de reprendre offusque ces pauvres reformateurs.

Quant à la response, 1l la fait à son accoustumée, sans jugement ny candeur, à sçavoir : que cette dame s’estoit addressée auparavant au seul Dieu, auquel elle rapporta sa guerison, et non à aucun signe. C’est estre insensé; car qui dit jamais qu'aucune guerison ou miracle, fait ou par le signe de la croix, ou autrement, doive estre rapporté à autre qu’à Dieu seul, qui est le Dieu de toute consolation ?

Nostre differend gist à scavoir si Dieu employe le signe de la croix à faire des miracles par les hommes, puisque c’est chose hors de doubte qu'il employe bien souvent plusieurs choses aux effects surnaturels. Le traitteur dit que non, et ne sçayt pour quoy nous disons qu'oùy, et le preuvons par experience : est-il pas inepte de repliquer que c’est Dieu qui fait ces miracles, puisqu'on ne demande pas qui les fait, mais comment, et par quels instrumens et moyens? C'est Dieu qui la guerit, et pouvoit la guerir, sans la renvoyer à l’autre femme qui la signa : il ne veut pas, mais la renvoye à ces moyens, desquels il se veut servir. Voulons-nous estre plus sages que luy, et dire que ces moyens ne sont pas sortables? Il luy playst que nous les employions, les voulons-nous rejetter?

Or, c’est S. Augustin qui est autheur de ce recit, et l'estime tellement propre à la loüange de Dieu, qu'il dit ensuite quil avoit fort tancé cette dame guerie de ce qu'elle n’avoit pas assez publié ce miracle. Un bon huguenot au contraire l’eust fait enterrer bien avant, et ce par zele de la pureté reformée; mais ces grandes ames anciennes se contentoient de la pureté formée.

Au demeurant, l’oraison du signe de la croix estoit en si grand credit en l’ancienne et primitive Eglise, qu'on l’employoit à toutes rencontres ; on s’en servait comme d’un general preservatif de tous mal-heurs, en mer, en terre, comme dit S. Chrysostome ; és corps des bestes malades, et en ceux qui estoient possedez du diable. S. Martin protestoit de percer tous les esquadrons des ennemys et les outre-passer, pourveu qu'il fust armé du signe de la croix. S. Laurent guerissoit les aveugles par iceluy. Paula mourante se signa la bouche de la croix. S. Gordius martyr, devant qu’aller au tourment en la ville de Cesarée, se munit du signe de la croix, dit S. Basile. Ainsi le. grand S. Antoine rencontrant ce monstre Sylvestre Faune, ou Hypocentaure, qui le vint treuver lorsqu'il alloit voir S. Paul, premier hermite, il fit incontinent le signe de la croix pour s’asseurer.

Icy je ne puis oublier le livre de Mathias Flaccus Illyricus, augmenté à Geneve, intitulé : Cataloqus testium veritalis, lequel, par une authentique impudence, citant S. Antoine contre nous, en son rang, dit qu'il a leu sa vie, et n’a pas treuvé qu'il ayt employé le signe de la croix. Jusques à quand tromperat-on ainsi les peuples ? Certes, les tesmoignages que j'ay citez au chapitre precedent sont pris dans S. Athanase, et celuy-ci dans S. Hierosme.

Or, j'ay dit qu'en ces occasions la croix avoit vertu comme

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