‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 107 sur 355 · LIVRE III, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XI

prend un miserable, l'appaste (1) et le manie en sorte qu'il le fait contre-faire l’aveugle, et se mettre en pleine assemblée, pour l’attendre, quand il passeroit, et luy demander guerison.

Ce pauvre abusé se met en posture, et jouë son personnage. Cyrola pense jouër le sien, retire, met la main sur cet aveugle, et avec certaines parolles luy commande d'ouvrir les yeux et voir. Mais ce fut un vray miracle heretique; car ce pauvre homme, qui feignoit d'estre aveugle, se treuva reellement aveugle, avec une si vehemente douleur d’yeux, qu'il luy sembloit qu'on les luy crevast. Il accusa sa feinte et simulation , et son seducteur tout ensemble, avec la somme d'argent qu'il avoit receuë pour ce jeu, auquel il perdit la veuë, et demanda ayde et remede à nos evesques catholiques, lesquels ayant sondé sa foy, eurent pitié de luy.

« Et se prevenant l’un l’autre d’un mutuel honneur (ce sont les parolles de S. Gregoire de Tours, qui est mon autheur), une saincte contention s’esmeut entr'eux, qui seroit celuy-là qui feroit le signe de la bien-heureuse croix sur ses yeux. Vindemiahs et Longinus prioient Eugene. Eugene au contraire les prioit de luy imposer la main. Ce qu'ayant fait, et la luy tenant sur la teste, S. Eugene faysant le signe de la croix sur les yeux de l’aveugle, dit: Au nom du Pere, et du Fils, et du Sainct-Esprit, vray Dieu, lequel nous confessons trine en une esgalité de toute-puissance, que tes yeux soient ouverts; et tout aussitost la douleur ostée, il revint à sa premiere santé. » Avez-vous veu, traitteur, le signe de la croix employé à la restitution de la veuë de ce miserable, et comme les saincts evesques s’entre-presentent l'honneur de le fayre? Direz-vous que le diable fit ce jeu en faveur des catholiques contre les Ariens ? Quelle eschappatoire pourrez-vous treuver?

Les Ariens de Nicée obtinrent de Valens, empereur heretique, l'eglise des catholiques. S. Basile, adverty de cela, recourt à l'empereur mesme, et luy remonstre si vivement le tort qu'il faysoit aux catholiques, que l’empereur enfin laissa au pouvoir de S. Basile de decider ce differend , avec cette seule condition qu'il ne $e laisseroit point transporter äu zele de son party, c'est-à-dire des catholiques, au prejudice des Ariens. S. Basile reçoit cette charge et fit cette ordonnance, inspiré sans doute du ciel, que l’eglise fust bien fermée et cachetée, ou scellée, tant par les Ariens que par les catholiques; puis, que les Ariens employent trois jours et trois nuicts en prieres, et viennent par

(1) Le gagne par présents.

apres à l’eglise : que si elle s’ouvroit pour eux, ils en demeureroient maistres pour jamais ; si moins (1), les catholiques veilleroient une nuict, apres laquelle ils iroient à l’eglise psalmodiant avec la lianie; et si elle s’ouvroit pour eux, ils en demeureroient possesseurs perpetuels; si elle ne s’ouvroit, qu'elle fust aux Ariens.

Les Ariens eurent la sentence pour aggreable : mais les catholiques murmuroient qu'elle estoit trop favorable: aux Ariens, el qu'elle avoit esté proferée par crainte de l’empereur. Cependant elle s’execute : les Ariens prient trois jours et trois nuicts, viennent aux portes de l’eglise, extremement bien fermées (car l'un et l’autre party en avoit esté fort curieux), y arrestent dés le matin jusques à sexte, criant leur Xyrie eleison; mais pour neant, si qu'enfin, ennuyez de l'attente, ils s’en vont.

Apres cela S. Basile convoquant generalement tout le peuple fidelle, le conduict hors la ville en l’eglise de S. Diomede martyr, où il employe toute la nuict en prieres, et le maün l’amene vers l'eglise, chantant ce verset : Dieu sainct, Sainct fort, Sainct et immortel, ayez misericorde de nous. Puis arrivé au parvis du temple, où les Ariens s’estoient arrestez precedemment, il dit au peuple : Dressez les mains en haut au ciel vers le Seigneur, et criez Kyrie eleison. Ce que Hs le peuple, S. Basile les signant et benissant, il commande que l’on fasse silence, et signant par trois fois les portes de l'eglise, dit : Beny soit le De des chrestiens és siecles des siècles: Amen. Le peuple repliquant : Amen, en vertu de loraison, les verroux et serrures se defont, et les portes, comme poussées par quelque . ventimpelueux, s'ouvrent soudainement. Lors ce grand evesque chanta : O princes, levez vos portes, ef vous, portes eternelles, eslevez-vous, et le Roy de gloire entrera (Psal. 2)! et entrant dedans le temple avec le sainct peuple, il y fit le divin mystere.

Il y a en cette histoire trois ou quatre poincis de mauvaise digestion pour vostre estomach, Ô traitteur, si vous n’estes guery depuis votre traitté. Les eglises des saincts, où l’on va prier Dieu ; les sainctes psalmodies, avec les litanies en forme de processions ; la benediction episcopale sur le peuple, avec le signe de la croix (Sanctus episcopus illos consignans, dit S. Amphilochius qui est mon autheur); le signe de la croix employé pour faire ce miracle, et ce qui est dit, que S. Basile estant entré, fit le divin mystere : Fecit divinum mysterium : car c'est une

(1) Sinon.

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