DE. L'ADORATION, QUE C'EST
Voyons l'opinion du traitteur, et considerons la valeur de ses argumens ; son opinion est en un mot : « Adorer, c’est s’incliner, » faire encensement, ployer les genoux. » Mon Dieu, que cela est grossier. Mettons en avant la verité, elle renversera assez d'elle-mesme le mensonge.
L’adoration est une speciale maniere et sorte d'honneur; car l'excellente bonté pour laquelle on honore un autre peut estre de deux façons : ou elle est eminente, superieure et avantageuse sur celuy qui honore, ou non; si elle ne l’est pas, il n’y a lieu que pour le simple honneur, tel qu’il peut estre mesme de pair à pair, voire de superieur à inferieur, et duquel parle l’Apostre, quand il dit: Honore invicem prævenientes (Rom. 12), Vous prevenant en honneur; et S. Pierre disant : Omnes honorate (r. Petr. 2), Honorez un chacun ; dont il est dit mesmement qu'Assuerus honora Mardochée. Eustratius met pour exemple l’honneur que s’entre-portoient S. Gregoire Nazianzene et S. Basile. Si au contraire l'excellence de la bonté pour laquelle on honore se treuve superieure et avantageuse sur l’honorant, lors il y va, non d’un simple honneur, mais de l'honneur d’adoration : et partant, comme l'honneur n’est que la profession ou recognoissance de l'excellence de la bonté de quelqu'un, aussi l’adoration est la recognoissance de l'excellence de la bonté eminente et superieure, à l’endroict de celuy qui honore. Une simple excellence de bonté suffit au simple honneur; mais à l’honneur d’adoration, il faut une excellence superieure, au regard, de l’honorant.
Or, à bien honorer, comme j'ay dit cy-devant, il y va trois actions ; il y en va bien autant, et à plus forte raison, à bien adorer, puisqu'adorer n’est autre chose qu’une excellente sorte d'honorer. 1° Il faut cognoistre et apprehender la superiorité de l'excellence adorable; c’est la premiere action, laquelle appartient à l’entendement. 2° Il faut se sousmettre, recognoistre et faire profession d’inferiorité; ce qui touche à la volonté. Et pour la troisiesme, il faut faire au dehors des signes et demonstrations de la sousmission qui est en la volonté.
Mais en laquelle de ces actions consiste la vraye et propre substance de l’adoration? Ce n’est pas en la premiere ; car les