‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 113 sur 355 · LIVRE IV, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE II

Ce discours forclost (1) de pouvoir honorer, ny estre honoré, toute chose insensible, brute ou insensée, les diables et damnez; car tout cela n’a ny peut avoir aucune bonté d'honnesteté, pour estre honoré, ny n’a aucune volonté, ou bonne affection à l’endroict de la vertu, pour l’honorer. Si ces choses honoroiïent la vertu, elles seroient honorables elles-mesmes pour ce respect, d'autant qu'honorer la vertu est chose honorable : comme au contraire, qui est honorable, 1l peut honorer; car il a la vertu, et la vertu ne peut loger qu’en ceux qui la prisent et honorent. Que si on honore quelque chose insensible, ou non vertueuse, ce ne sera pas pour y arrester et colloquer simplement et absolument l'honneur, mais pour le passer et rapporter à quelque vertu et vertueux. L’honneur du magistrat passe et revient à Dieu et à la republique qu'il represente; l'honneur de la vieillesse à la sagesse, de laquelle elle est une honorable marque ; l'honneur de la science à la diligence, et autres vertus desquelles elle est et l’effect et la cause.

Parlons des choses sacrées. L’honneur des eglises et vases sacrez va et vise à la religion, de laquelle ils sont instrumens; l'honneur des images et croix se rapporte à la bonté de Dieu, de laquelle elles sont des memoires; l'honneur des personnes ecclesiastiques, à celuy duquel ils sont les officiers. Bref, le vieil mot est certain : L’honneur est le loyer de la vertu : non que la vertu ne merite une autre recompense inherente, utile et delectable; mais parce que l'honneur purement et simplement n’a point d'autre objet que la vertu et le vertueux. Si (2) qu’estant poussé ailleurs, comme sur les choses inanimées, il n’y fait aucun sejour; mais y passe seulement, en tant qu’elles apparüennent en quelque sorte à quelque subjet vertueux, ou à la vertu mesme, où enfin il se rend comme dans son propre et naturel domicile.

Que s'il est dit quelquefois que les choses inanimées et les diables donnent honneur à Dieu, ce n’est pas que cet honneur-là sorte de ces choses, comme de la cause ; mais seulement comme d'une occasion que les hommes en prennent d’honorer Dieu : ou c'est parce que telles choses sont les exterieures demonstrations d'honneur, lesquelles, quoy que privées de leur ame, qui est l’intention interieure , ne laissent pas de retenir devant les peuples le nom d'honneur, ainsi que l’homme mort est appellé homme.

(4) Exclut. — (2) Tellement.

Fa re

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