LIVRE IV, CHAPITRE I
deux conditions : l’une, qu'il fust ainsi volontairement; l’autre, que ce fust à l’honneur d’une idole. Ainsi jamais il ne fut dit que fleschir les genoux soit idolastrer ; mais ouy bien de les fieschir à Baalim, Astaroth, Dagon, et semblables abominations : autant en dis-je de baiser la main, voire le pied, faire encensement et se courber.
Quand donc le traitteur dit que les catholiques font ces actions exterieures aux reliques, images et croix, il dit vray en certaine facon; mais pour conclure par-là que les catholiques sont idolastres, il luy reste à preuver que les images, reliques et croix sont des idoles : ce qu'il ne sçauroit faire, nyluy,ny sespartisans, je les en defie. Il nesuffit pas, pour estre mauvais, idolastre et sorcier, de faire ce que telles gens font, si on ne les fait à mesme intention, et avec mesmes circonstances.
Les idolastres plient les genoux, font des encensemens, des temples, des autels, des festes, des sacrifices; autant en font les catholiques, donc ils sont idolastres, la consequence est sotte ; car, encore que ces actions soient pareilles, és uns et és autres, d’estoffes et de matiere, si ne le sont-elles pas de forme, de facon et intention. Or, Dieu ne regarde pas tant ce qui se fait, comme la maniere avec laquelle il se fait. L’idolastre dresse toutes ses actions à l’idole; c’est cela qui le fait idolastre. Au contraire, l'intention du catholique en toutes ses actions est toute portée à son Dieu; c’est cela qui le fait catholique.
Le tyran et le prince font mourir : à l’un c’est crime, à l’autre justice. Le brigand et le chirurgien coupent les membres, et tirent du sang, l’un pour tuer, l’autre pour guerir. Nous faysons quelque chose de ce que font les idolastres, mais nous ne faysons rien comme eux. L'objet de nostre religion est Dieu vivant, qui la rend toute saincte et sacrée.
Il faut donc tonclure indubitablement que la vraye et pure essence de l’adoration gist en l’action interieure de la volonté, par laquelle on se sousmet à celuy qui est adoré, et que la cognoissance, action de l’entendement, precede la sousmission comme fondement ; au contraire, l’action exterieure suit la sousmission, comme effect et dependance d'icelle.