‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 117 sur 355 · DE CE QUI PEUT ADORER ET ESTRE ADORÉ · texte numérisé non relu

DE CE QUI PEUT ADORER ET ESTRE ADORÉ

La supreme excellence est adorable de tous, et ne peut adorer aucun. Si elle est supreme, comme (1) pourra-t-elle en recognoistre aucune autre pour superieure? Les advantages que l'excellence divine tient sur toute autre sont infinis et d’infinie eminence; tout est bas ou rien en comparaison. Dieu donc, comme Dieu, ne peut adorer; mais il peut bien honorer, puisque le simple honneur n’a pour objet que la simple excellence, et non pas une excellence superieure comme l’adoration.

Par contraire raison, les choses irraisonnables ne peuvent adorer, à cause de leur extreme bassesse ; car elles sont privées de cognoissance , et par consequent de volonté et de recognoissance.

Les diables et damnez ne peuvent adorer. J'en ay ditla raison nagueres : ils cognoissent la bonté; mais ils la detestent et blasphesment, leur volonté hayt et abomine : Qui te confessera en enfer, 6 Seigneur Dieu? disoit David (Psal. 6). Mais s'ils n’adorent Dieu, pourront-ils pas adorer autre que Dieu? Je dy que non, à proprement parler. L’adoration est une sorte d'honneur ; l'honneur est pour la vertu : or, ces miserables n’ont aucune affection à la vertu, et toutesfois en cette affection gist l’essence de l'honneur. L'honneur part d’une volonté bien ordonnée, qui fait profession et recognoissance de quelque excellence : les damnez ont leur volonté toute desordonnée et gastée, qui ne fait profession que de mal. S'ils recognoissent quelque superiorité, ce n’est jamais que forcement, et ne peut estre adoration. Voilà : quant à l’adoration active.

Mais quant à la passive, les seuls damnez en sont du tout et simplement privez par ces raisons : l’excellence de leur nature ne tend à aucune bonté, mais est irrevocablement contournée au mal; or, tout honneur tend à la vertu et honnesteté. Leur excellence est accablée et estouffée par l’extreme misere et vileté. L'honneur presuppose bonne affection à l’endroict de celuy qu'on honore : or, les malins nous sont irreconciliables, et ne devons les avoir en aucun commerce d'affection, ains (2) à une totale alienation et abomination. Toute autre chose peut estre adorée; mais avec une tres-grande difference et diversité d'adoration, et pourveu que ce soit sans donner aucune occasion de scandale.

(1) Comment. — (2) Mais.

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