LIVRE IV, CHAPITRE VIII
parce qu'il est seul en soy, de soy, et par soy-mesme excellent, ains l’excellence mesme.
2° Ou elle l’aura en soy, mais non pas de soy, comme ont plusieurs hommes, et les anges qui ont reellement en eux les bontez et vertus pour lesquelles on les honore, mais ils ne les ont pas d'eux-mesmes, mais par la grace de Dieu. Et partant l'honneur qui leur est deu est à la verité absolu, mais non pas supreme, ny independant, mais subalterne et dependant; car, comme ils tiennent leur excellence de Dieu, aussi l'honneur qu'on leur fait, à raison d’icelle, doit estre rapporté à Dieu. De celte sorte d’adoration n’est capable que la creature intelligente et vertueuse; car autre que celle-là ne peut avoir la vertu en soy, qui est l'excellence pour laquelle on honore.
3° Ou la chose adorable n’aura reellement, ny de soy, ny en soy l'excellence pour laquelle on adore; mais seulement par une certaine imputation et relation, à cause de l'alliance, appartenance, ressemblance, proportion et rapport qu'elle a avec la chose qui en soy-mesme a l'excellence et bonté; et lors l’adoration deuë aux choses pour ce respect est appellée respective, rapportée, ou relative. De laquelle sont capables toutes les creatures, tant raisonnables qu’autres, hormis les miserables damnez, qui n’ont autre rapport qu'à la misere, laquelle offusque en eux tout ce qui peut y estre demeuré de leurs naturelles facultez.
Mais Dieu, qui n’est capable d’autre excellence que de l’independante, n’est capable d'autre adoration que de l’independante. La maniere d’avoir la perfection, avec la dependance, et d’ailleurs que de soy, est trop basse et vile pour Dieu, el beaucoup plus la maniere de l'avoir par imputation ou relation; ces menus honneurs ne sont pas sortables pour une excellence infinie. L’honneur donc souverain et supreme est deu à Dieu, non-seulement pour la perfection infinie qui est en [uy, mais encore pour la maniere avec laquelle il l’a; car il l’a de soymésme, et par soy-mesrne.
L'honneur absolu subalterne n’est que pour les creatures intelligentes, lesquelles seules ont en soy la vertu qui requiert l'honneur absolu; mais elles ne l'ont pas de soy, -et partant 1l est subalterne.
L’honneur relatif, ou rapporté, est en certaine façon propre et particulier pour les creatures irraisonnables, d'autant qu’elles ne sont capables d'autre honneur, n'estant vertueuses, ny d’ellesmesmes, ny en elles-mesmes. Et neantmoins les creatures intel-
ligentes sont encore capables de cet honneur relatif, aussi bien que de l’absolu subalterne. Aïnsi puis-je considerer S. Jean, ou comme tres-sainct personnage, et par-là je l'honore d'honneur absolu, quoy que subalterne; ou comme proche parent de Nostre-Seigneur, et par-là je l’honore d’un honneur relatif et rapporté.