LIVRE 1, CHAPITRE IV
boüiné (1), que nous tenons le falot, ou le foüet de la passion pour sainctes personnes; car ce sont les risées ordinaires des reformateurs, et veut ainsi surprendre l'imagination du pauvre peuple. Ou peut-estre il a voulu (si d’adventure il estoit quelque ministre) canoniser lanterne , foüet, eschelle, falot, et comme il dit : « Ceux par lesquels Nostre-Seigneur a enduré, » pour rendre sainct et canonisé, nwmustre; car entre les personnes racontées par les Evangelistes, qui tourmenterent Nostre-Seigneur, il y avoit force ministres, c'est-à-dire sergens, shbires, bourreaux, tueurs. Voulant donc tirer la saincteté du foüet de la saincteté de la croix, 1l voudroit encore, par mesme moyen, joindre à la liste de ces saincts saënct ministre, qui seroit un sainct bien nouveau et incognu. Mais redisons un mot de ce que nous avons deduit pour apparier la croix à la robbe de Nostre- Seigneur.
Vous avez dit, traitteur, que ce qui n’est escrit est nul, entre les vrays fidelles. La devote malade n’avoit point leu qu'elle seroit guerie à l’attouchement de la robbe de Nostre-Seigneur ; neantmoins elle le croit, et sa foy est approuvée : elle croit chose non escrite, et ne la tient point pour nulle, aussi la trouve-t-elle vraye ; pourquoy donc reprendrez-vous en moy une pareille creance, sur un pareil subjet? Que dites-vous donc? vous ne lisez rien de la croix, sinon que Nostre-Seigneur l’a portée, y a rendu l'esprit? Qu'est-ce que cette pauvre malade avoit veu de la robbe, sinon que Nostre-Seigneur la portoit? Elle n°y vit point le sang du Sauveur respandu comme on l’a veu en la croix, et la consequence qu'elle en fit d'en pouvoir guerir fut si bonne qu’elle luy donna la santé. Pourquoy me garderezvous de faire, dire, et croire la mesme consequence de la tressaincte croix ?
Le traitteur pense bien nous arrester en ce discours, quand il dit : « Que c’est une erreur tres-pernicieuse d'attribuer au » bois de la croix ce qui est propre au seul Crucifié, et qu'és » choses surnaturelles, Dieu y opere par une vertu miraculeuse, » non attachée à signe, ny à figure, » et semblables autres pa-
‘rolles respanduës en tout son traitté. Par où 1l veut faussement
persuader que nous attribuons à la croix une vertu en elle-
mesme independante et inherente; mais jamais catholique ne
dit cela. Nous disons seulement que la croix, comme plusieurs
autres choses, a une vertu assistante, qui n’est autre que Dieu
mesme, qui, par la croix, fait les miracles, quand bon luy semble, () Enjôlé.
et en tems et lieu, ainsi qu'il le declara luy-mesme de sa robbe, quand il guerit cette pauvre femme; car il ne dit pas : Jay senti une vertu sortir de ma robbe; mais : Jay apperceu une vertu sortir de moy (Luc. 8), et tout de mesme n’auroit-il pas dit : Qus est-ce qui a touché ma robbe? mais plutost : Qui est-ce qui m'a touché?
Comme donc il advoüa que toucher sa robbe par devotion, c'est le toucher luy-mesme; aussi fait-il sortir de luy la vertu necessaire à ceux qui touchent sa robbe. Pourquoy ne diray-je de mesme que c’est Nostre-Seigneur qui est la vertu, non inherente à la croix, mais bien assistante? laquelle est plus grande ou moindre, non pas selon elle-mesme, car estant vertu de Dieu et Dieu mesme, elle est invariable, tousjours une, et esgale; mais elle n’est pas tousjours esgale en l'exercice, et selon les effects, car en quelques endroicts, en certains lieux et occasions, il fait des merveilles, et plus grandes et plus frequentes, que non pas aux autres. Que ce traitteur donc cesse de dire que nous attribuons à la croix la vertu qui est propre à Dieu, car la vertu propre à Dieu lui est essentielle, la vertu de la croix luy est assistante. Dieu est agissant en sa vertu propre, la croix n'opere qu’en la vertu de Dieu; Dieu est le premier autheur, et mouvant, la croix n’est que son instrument et outil. Et tout ce qui se dit de la croix de Nostre-Seigneur se lit de sa robbe avec une esgale asseurance, puisque la mesme Eglise qui nous enseigne ce qui se lit de sa robbe nous presche ce qui se dit de la Croix.