LIVRE IV, CHAPITRE XV
que les deux tribus et demie, en edifiant un autre autel, ne fissent aucun schisme ou division en la religion ; 4° et n’alleguent point d'autre autheur de leur correction que l'Eglise : Voicy que dit toute la congregation de l'Eternel (Jos. 22). O saincte et saine procedure!
Tout au contraire, les reformateurs, qui sont nos accusateurs, quoyque notoirement inferieurs : 1° se sont de plein saut jettez aux foudres, tempestes et gresles de calomnies, injures, reproches, diffamations, et ont armé leurs langues et leurs plumes de tous les plus poignans traicts qu'ils ont sceu rencontrer entre les despoüilles de tous les anciens ennemys de l'Eglise, et tout aussi-tost les ont dardez avec telle furie, que nous serions jà perdus, si la verité divine ne nous eust tenus à couvert sous son impenetrable escu : je laisse à part la guerre temporelle suscitée par ces evangelistes empistolez, partout où ils ont eu accez; 2°et à leur pretenduë reformation n’ont employé que la prophane audace des brebis contre leurs pasteurs, des subjets contre leurs superieurs, et le mespris de l’authorité du grand-prestre evangelique, lieutenant de Jesus-Christ; 3° renversant, brisant et rompant de leur propre authorité les croix dressées, sans autre examen de la droicte pretention, ny du droict pretendu de ceux qui les avoient eslevées; 4° contre le manifeste consentement de toute l'Eglise, contredisant ouvertement à toute la congregation de l'Eternel, aux Conciles generaux, au perpetuel usage des chrestiens.
Ces si grandes differences entre nos accusateurs, leur subjet et maniere de proceder d'une part, et les accusateurs, ou plutost correcteurs des deux tribus et demie, leur subjet-et maniere de proceder de l’autre part, presupposent une autre quatriesme difference, et en produisent une cinquiesme.
4° Elles presupposent une grande difference en l'intention des uns et des autres. Les dix tribus n’avoient autre projet que d’empescher le schisme et division; ce fut la charité qui les poussa à cet office de correction : qui pourra assez loüer le zele qu'ils font paroistre en l'offre qu'ils font à ceux qu’ils veulent corriger? Que si la terre de vostre possession est immonde, passez en la terre de la possession de l'Eternel, en laquelle le tabernacle de l'Eternel a sa residence , et ayez vos possessions entre nous; et ne vous recellez point, etc. (Jos. 22). C'est une offre digne de la congregation de Dieu.
Au contraire, toutes les poursuites des reformateurs contre nous ne respirent que sedition, hayne et division; leurs offres ne
sont que de leur quitter le gouvernement de l'Eglise, les laisser regenter et maistriser, passer sous le bon playsir de leur constitution; et quant au point particulier dont 1l est question, ils ont fait voir clairement qu'ils n’ont esté portez d’autre affection au brisement et destruction des croix de pierre et de bois, que pour ravir et enlever celles d’or et d'argent, renversant l’ancienne discipline chrestienne, qui ne donne prix à la croix que pour la figure, puisqu'ils ne la prisent que pour la matiere.
Mais enfin, que s'est-il ensuivy de tant de diversitez? Certes, ce qu’on en devoit attendre : de differentes causes differens effects. Les dix tribus, lesquelles par tant de prerogatives et raisons avoient le droict de correction, n’eurent pas si-tost oüy la declaration de l'intention des deux tribus et demie, qu’ils la reçoivent amiablement, et sans presser d'aucune replique, ny recharge, la response et excuse des accusez, se reposent tout entierement sur leur parolle. La charité les pousse esgalement à se formaliser sur l’erection de l'autel nouveau, et à recevoir l’excuse de ceux qui l’avoient erigé; le cas neantmoins estoit extremement chastoüilleux en fait de religion. La separation des habitations rendoit le soupçon du schisme fort juste. Mais la charité est toutepatiente, elle est benigne, elle ne pense point mal, elle ne se plaist point sur l’iniquité, mais se complaist à la verité, elle croit tout, elle espere tout (1. Cor. 13).
Au rebours, l’Eglise catholique, avec tant de signalez advantages, et de si claires marques de son authorité et saincteté, ne peut treuver aucune excuse si sacrée, ny faire aucune si solemnelle justification de son dessein, en l'erection et l'honneur des croix, que ses accusateurs ne taschent de contourner en impieté et idolastrie, tant ils sont accusateurs naturels des freres. Nous avons beau protester de la bonté de nos intentions et de la blancheur de nostre but, ces nouveaux-venus, ces Abirons, ces Micholistes, mesprisent tout, prophanent tout. Il n’y a excuse qu'ils n’accusent, il n’y a raison qui les paye. On ne peut vivre avec eux, sinon les pieds et mains liez, pour se laisser traisner à tous les precipices de leurs opinions. Ils ne regardent qu’au travers de leurs desseins; tout ce qu'ils voyent leur semble noir et renversé, et avoir mestier de leur main reformatrice, tant ils sont esperduëment reformateurs. Nous gravons sur le fer et le cuivre, et protestons devant le ciel et la terre, que
Ce n’est la pierre ou le bois Que le catholique adore;