‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 145 sur 355 · LIVRE IV, CHAPITRE XY · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XY

Mais Dieu lequel , mort en croix, De son sang la croix honore.

Que nous ne faysons l’image de la croix pour representer la Divinité , mais en signe de trophée, pour la victoire obtenuë par nostre roy, pour tesmoignage du grand miracle par lequel la vie s’estant renduë mortelle, elle rendit la mort vivifiante, et pour reduire en memoire l’incomprehensible benefice. de nostre redemption.

A Calvin, auquel ces occasions semblent legitimes pour dresser des representations (nonobstant la rigueur des mots de la loy) quand il s’agit d’excuser les deux tribus et demie; à Calvin. dis-je, et aux autres reformateurs, ce ne sont qu'hypocrisies, abus et abominations en nous. Pour deduire la drogue de leur reformation, ils taschent à difformer et rendre suspectes les mieux formées intentions. Nos sainctes excuses, ou plutost nos saines declarations, qu’ils devroient recevoir pour le repos et tranquillité de leur tant inquietée conscience, sans plus s’effrayer et tresmousser en la vanité des songes qu'ils font sur la pretendue idolastrie de la croix, c’est cela mesme qu'ils rejettent et abhorrent le plus, et l’appellent endormie , par mepris et dedain.

Ce sont ennemys implacables : leur cœur est de bouë, la clarté l'endurcit : il n’y a satisfaction qui les contente, si on ne se rend à la mercy de leur impiteuse (1) correction; la rage de leur mal-talent ne reçoit aucun remede. Que ferons-nous donc avec eux ? cesserons-nous de nous employer à leur salut, puisqu'ils n’en veulent pas seulement voir la marque? Mais comme pourrions-nous desesperer du salut d'aucun, pärmy la consideration de la vertu et honneur de la croix, arbre seul de toute nostre esperance, duquel l'honneur plus recognu et certain gist en la vertu qu'il a de guerir, non-seulement les playes incurables et mortelles, mais aussi de guerir la mort mesme, et la rendre plus precieuse et sous son ombre, que jamais la vie ne fut ailleurs ?

Plantez donc sur nos genoux, liez avec les bras de la saincte meditation, liez, dis-je , et noüez au pied de cet arbre , ô catholiques mes freres! Plus les parolles, les escrits, les deportemens de nos accusateurs respireront une hayne irreconciliable à l’endroict de la croix, et de ses devots, plus, de nostre costé, devons-nous souspirer chaudement pour eux, et crier de tout

(4) Sans pilié.

nostre cœur à celuy qui pend aux branches, pour feüille, fleur et fruict : Seigneur, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font (Luc. 37).

Je te saluë, Ô saincte croix,

Nostre espoir seul en ces destroicts !

Donne aux bons accroist de justice, Pardonne aux pecheurs leur malice.

Il n’y a glace qui ne fonde à tel vent, ny telle amertume qui n'adoucisse au plonger de ce bois. C’est là où doivent viser toutes nos esperances, et de nostre amendement, et de la conversion des desvoyez : laquelle il faut aussi ayder, par voye de remonstrance et instruction; car Dieu l’a ainsi ordonné.

C’est ce que j’ay desiré faire en cet escrit, pour les simples, qui en ont plus de besoin; aussi leur cœur plus tendre et humide pourra peut-estre bien recevoir l'impression du signe de la croix, d’une si foible main, comme est la mienne : là où les cœurs de pierre et de bronze de ceux qui pensent estre quelque chose ne presteroient jamais, sinon au ciseau et burin de quelque plus ferme ouvrier. Que si Dieu favorise mon projet de quelque desirable effect; si, en ce combat que j'ay fait pour son honneur, contre ce traitteur incognu, il luy plaist memettre en main quelques despoüilles, c'est à luy seul que l'honneur en est deu. C'est en la croix, comme en un temple sacré, où elles doivent estre penduës en trophées. Que si mon insuffisance et lascheté me prive de tout autre gain, au moins auray-je ce bonheur d’avoir combattu pour le plus digne estendart qui fut, est, et sera, et qui est le plus envié du monde.

L’enseigne de la croix ne fut pas plustost desployée, qu’elle fut exposée à la contradiction des Juifs, heretiques et perfides desquels parlant S. Paul : Plusieurs, disoit-il, cheminent desquels je vous parlois bien souvent, et maintenant je le dy en pleurant, ennemys de la croix de Jesus-Christ (Philip. 3). C’estoient des reformateurs qui estimoient indigne de la personne du Fils de Dieu qu'il eust esté crucifié, ainsi que le gränd cardinal Baronius deduit doctement et au long en ses Annalles. Dés-lors, par une suite perpetuelle, les Thalmudistes, Samaritains , Mahumetans, Wiclefistes, et semblables pestes du monde, ont continué cette contradiction à l’endroict du sainct estendart, quoy que, sous divers pretextes, les attaques semblent redoubler en nostre aage.

L’ante-christ approche tousjours plus, ce n’est merveille si

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