‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 155 sur 355 · LA PREMIERE PURGATION, QUI EST CELLE DES PECHE/ MORTELS · texte numérisé non relu

LA PREMIERE PURGATION, QUI EST CELLE DES PECHE/ MORTELS

La premiere purgation qu'il faut faire, c'est celle du peché; le moyen de la faire, c’est le sainct sacrement de Penitence : cherchez le plus digne confesseur que vous pourrez, prenez en main quelqu'un des petits livres qui ont esté faits pour ayder les consciences à se bien confesser, comme Grenade, Bruno, Arias, Auger; lisez-les bien, et remarquez de poinct en poinct en quoy vous aurez offensé, à prendre depuis que vous eustes l'usage de raison jusques à l'heure presente. Et si vous vous deffiez de vostre memoire, mettez en escrit ce que vous aurez remarqué; et ayant ainsi preparé et ramassé les humeurs peccantes de vostre conscience, detestez-les, et les rejettez par une contrition et deplaysir aussi grand que vostre cœur le pourra souffrir, cousiderant ces quatre choses : que par le peché vous avez perdu la grace de Dieu, quitté vostre part de paradis, accepté les peines eternelles de l'enfer, et renoncé à la vision et à l'amour eternel de Dieu. Vous voyez bien, Phiotée, que je parle d'une confession generale de toute la vie, laquelle, certes, je confesse bien n'’estre pas tousjours absolument necessaire; mais je considere bien aussi qu’elle vous sera extremement utile en ce commencement : c'est pourquoy je vous la conseille extremement. Il arrive souvent que les confessions ordinaires de ceux qui vivent d'une vie commune et vulgaire sont pleines de grands deffauts. Car souvent on ne se prepare point, ou fort peu, on

n'a point la contrition requise : ains il advient maintesfois que l’on se va confesser avec une volonté tacite de retourner au peché, d'autant qu'on ne veut pas eviter l’occasion du peché, ny prendre les expediens necessaires à l'amendement de la vie : et en tous ces cas icy la confession generale est requise pour asseurer l'ame. Mais outre cela, la confession generale nous appelle à la cognoissance de nous-mezmes, nous provoque à une salutaire confusion pour nostre vie passée, nous fait admirer la misericorde de Dieu, qui nous a attendu en patience, elle appaise nos cœurs , delasse nos esprits, excite en nous des bons propos, donne subjet à nostre pere spirituel de nous faire des advis plus convenables à nostre condition, et nous ouvre le cœur, pour avoir confiance de nous bien declarer aux confessions suivantes.

Parlant doncques d’un renouvellement general de nostre cœur, et d’une conversion universelle de nostre ame à Dieu, par l’entreprise de la vie devote, j’ay bien raison, ce me semble, Philotée, de vous conseiller cette confession generale.

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