DEUXIESME MEDITATION. — DE LA FIN POUR LAQUELLE NOUS SOMMES CREEZ
PREPARATION
1° Mettez-vous devant Dieu.
2° Priez-le qu'il vous inspire.
CONSIDERATIONS
1° Dieu ne vous a pas mise en ce monde, pour aucun besoin qu'il eust de vous, qui luy estes du tout inutile, mais seulement affin d'exercer en vous sa bonté, vous donnant sa grace et sa gloire. Et pour cela il vous a donné l’entendement pour le cognoistre, la memoire pour vous souvenir de luy, la volonté pour l’aymer, l'imagination pour vous representer ses bienfaicts, les yeux pour voir les merveilles de ses ouvrages, la langue pour le loüer, et ainsi des autres facultez.
2° Estant creée, et mise en ce monde à cette intention, toutes actions contraires à icelle doivent estre rejettées et evitées, et celles qui ne servent de rien à cette fin, doivent estre mesprisées, comme vaines et superfluës.
3° Considerez le mal-heur du monde qui ne pense point à cela; mais vit comme s’il croyoil de n'estre creé que pour bastir des maisons, planter des arbres, assembler des richesses, et faire des badineries.
AFFECTIONS ET RESOLUTIONS
1° Confondez-vous, reprochant à vostre ame sa misere, qui a esté si grande cy devant, qu'elle n'a que peu ou point pensé à tout cecy Helas! ce direz-vous, que pensois-je, à mon Dieu, quand je ne pensois point en vous? de quoy me ressouvenois-je quand je vous oubliois? qu'aymois-je quand je ne vous aymois
(4) Promenant,.
pas? Helas! je me devois repaistre de la verité, et je me remplissois de la vanité, et servois le monde qui n’est fait que pour me servir.
2° Detestez la vie passée. Je vous renonce, pensées vaines et cogitations inutiles ; je vous adjure, Ô souvenirs detestables et frivoles : je vous renonce, amitiez infidelles et desloyales, services perdus, et miserables gratifications ingrates, complaysances fascheuses.
3° Converhssez-vous à Dieu. Et vous, Ô mon Dieu, mon Sauveur, vous serez d'oresnavant le seul objet de mes pensées : non, jamais je n’appliqueray mon esprit à des cogitations qui vous soient desaggreables. Ma memoire se remplira tous les jours de ma vie de la grandeur de vostre debonnaireté, si doucement exercée en mon endroict. Vous serez les delices de mon cœur, et la suavité de mes affections.
Ha donc! tels et tels fatras, et amusemens, auxquels je m'appliquois ; tels et tels vains exercices , auxquels j'employois mes journées; telles et telles affections, qui engageolent mon cœur, me seront desormais en horreur, el à cette intention j'useray de tels et tels remedes.
/ CONCLUSION
1° Remerciez Dieu qui vous a faite pour une fin st excel- ‘ lente. Vous m'avez faicte, à Seigneur, pour vous, affin que je joüisse eternellement de l’immensité de vostre gloire? quand sera-ce que j'en seray digne, et quand vous beniray-je selon mon devoir ?
Offrez. Je vous offre, à mon cher Createur, toutes ces mesmes affections, et resolutions, avec toute mon ame et mon cœur.
3° Priez. Je vous supplie, à Dieu, d'avoir aggreables mes souhaits, et mes vœux, et de donner vost saincte benediction à mon ame, à celle fin qu’elle les puisse accomplir par le merite du sang de vostre Fils respandu sur la croix. Pater, Ave.
Faites le petit bouquet de devotion.