‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 176 sur 355 · DE LA NECESSITÉ DE L'ORAYSON · texte numérisé non relu

DE LA NECESSITÉ DE L'ORAYSON

* 4.L’orAyYSoN mettant nostre entendement en la clarté et lumiere divine, et exposant nostre volonté à la chaleur de l'amour celeste, il n’y a rien qui purge tant nostre entendement de ses ignorances, et nostre volonté de ses affections depravées. C’est l’eau de benediction, qui, par son arrousement, fait reverdir et fleurir les plantes de nos bons desirs, lave nos ames de leurs imperfections, et desaltere nos cœurs de leurs passions.

2. Mais sur-tout, je vous conseille la mentale, cordiale, et particulierement celle qui se fait autour de la vie et passion de Nostre-Seigneur : en le regardant souvent par la meditation, toute vostre ame se remplira de luy, vous apprendrez ses contenances, et formerez vos actions au modele des siennes. Il est la lumiere du monde : c’est doncques en luy, parluy, et pour luy, que. nous devons estre esclairez et illuminez; c’est l'arbre du desir, à l'ombre duquel nous nous devons rafraischir ; c’est la vive fontaine de Jacob, pourle lavement de toutes nos soüilleures. Enfin, les enfans, à force d’oüyr leurs meres, et de begayeravec elles, apprennent à parler leur langage; et nous, demeurant pres du Sauveur par la meditation, et observant ses parolles, ses actions et sés aflections, nous apprendrons moyennant sa grace, à parler, fayre et vouloir comme luy. Il faut s’arrester là, Philotée, et croyez-moi, nous ne sçaurions aller à Dieu le Père que par cette porte : car tout ainsi que la glace d’un mirouër ne scauroit arrester nostre veuë, si elle n’estoit enduite d’estain ou de plomb par derriere : aussi la Divinité ne pourroit estre bien contemplée par nous en ce bas monde, si elle ne se fust joincte à la sacrée humanité du Sauveur, duquel la vie et la mort sont l’object le plus proportionné, soüef{1), delicieux et profitable, que nous puis-

(1) Suave.

sions choysir pour nostre meditation ordinaire. Le Sauveur ne s'appelle pas pour neant le pain descendu du ciel; car, comme le pain doit estre mangé avec toutes sortes de viandes, aussi le Sauveur doit estre medité, consideré et recherché en toutes nos oraysons et actions. Sa vie et mort a esté disposée et distribuée en divers poincts, pour servir à la meditation, par plusieurs autheurs; ceux que je vous conseille, sont S. Bonaventure, Bellintani, Bruno , Capilla, Grenade, du Pont.

3. Employez-y chaque jour une heure devant disner, s’il se peut, au commencement de vostre matinée, parce que vous aurez vostre esprit moins embarrassé, et plus frais apres le repos de la nuict. N'y mettez pas aussi davantage d’une heure, si vostre pere spirituel ne vous le dit expressement.

4. Si vous pouvez faire cet exercice dans l’eglise, et que vous y treuviez assez de tranquillité, ce vous sera une chose fort aysée et commode, parce que nul, ny pere, ny mere, ny femme, ny mary, ny autre quelconque ne pourra vous bonnement empescher de demeurer une heure dans l’eglise : là où estant en quelque subjection, vous ne pourriez peut-estre pas vous promettre d’avoir une heure si franche dedans vostre maison.

5. Commencez toutes sortes d'oraysons, soit mentale, soit vocale, par la presence de Dieu, et tenez cette regle sans exception, et vous verrez däns un peu de tems combien elle vous sera profitable.

6. Si vous me croyez, vous direz vostre Pater, vostre Ave Maria et le Credo, en latin; mais vous apprendrez aussi à bien

entendre les parolles qui y sont en vostre langage, affin que les disant au langage commun de l'Eglise, vous puissiez neantmoins savourer le sens admirable et delicieux de ces sainctes oraysons, lesquelles il faut dire, fichant profondement vostre pensée, et excitant vos affections sur le sens d’icelles (1), etne vous hastant nullement pour en dire beaucoup, mais vous estudiant de dire ce que vous direz cordialement, car un seul Pater, dit avec sentiment, vaut mieux que plusieurs recitez vistement et couramment.

7. Le Chappellet est une tres-utile maniere de prier, pourveu que vous le sçachiez dire comme il convient : et pour ce fayre, ayez quelqu'un des petits livres, qui enseignent la façon

. de le reciter (2). Il est bon aussi de dire les Litanies de Nostre- Seigneur, de Nostre-Dame, et des Saincts, et toutes les autres prieres vocales qui sont dedans les Manuels et Heures approu-

() D'elles. — (2) Voir à la fin du volume.

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