A LIANT ER ENS REP
vées ; à la charge neantmoins que si vous avez le don de l’orayson mentale, vous luy gardiez tousjours la principale place, en sorte que si apres icelle, ou pour la multitude des affaires, ou pour quelqu'autre raison vous ne pouviez point faire de priere vocale, vous ne vous en mettiez point en peine pour cela, vous contentant de dire simplement devant ou apres la meditation, l’Oraison dominicale, la Salutation angelique et le Symbole des Apostres.
8. Si, faysant l’orayson vocale, vous sentez vostre cœur tiré et convié à l’orayson interieure ou mentale, ne refusez point d'y aller, mais laissez tout doucement couler vostre esprit de ce costé-là, et ne vous souciez point de n'avoir pas achevé les oraysons vocales que vous vous estiez proposées ; car la mentale que vous aurez faite en leur place, est plus aggreable à Dieu, et plus utile à vostre ame : j'excepte l'office ecclesiastique, si vous estes obligée de le dire; car en ce cas-là, il faut rendre le devoir.
9. S'il advenoit que toute vostre matinée se passast sans cet exercice sacré de l’orayson mentale, ou pour la multiplicité des affaires, ou pour quelqu’autre cause (ce que vous devez procourer n’advenir point, tant qu'il vous sera possible), taschez de reparer ce deffaut l’apres-disnée, en quelque heure la plus esloignée du repas, parce que ce faysant sur iceluy, et avant que la digestion soit fort acheminée, il vous arriveroit beaucoup d’assoupissement, et vostre santé en seroit interessée.
Que si en toute la journée vous ne pouvez la faire, il faut reparer cette perte, multipliant les oraysons jaculatoires , et par la lecture de quelque livre de devotion, avec quelque penitence, qui empesche la suitte de ce deffaut, et avec cela, faites une forte resolution de vous remettre en train le jour suivant.
CHAPITREUT.
BRIEFVE METHODE POUR LA MEDITATION, ET PREMIEREMENT DE LA PRESENCE DE DIEU, PREMIER POINCT DE LA PREPARATION.
Mars vous ne scavez peut-estre pas, Philotée, comme il faut faire l’'orayson mentale; car c’est une chose, laquelle par malheur, peu de gens sçavent en nostre aage : c'est pourquoy je vous presente une simple et briefve methode pour cela, en attendant que par la lecture de plusieurs beaux livres qui ont esté composez sur ce subjet, et surtout par l'usage, vous en puissiez estre plus amplement instruitte. Je vous marque premierement
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la preparation, laquelle consiste en deux poincts, dont le premier est, de se mettre en la presence de Dieu, et le second, d’invoquer son assistance. Or, pour vous mettre en la presence de Dieu, je vous propose quatre principaux moyens, desquels vous vous pourrez servir à ce commencement.
‘Le premier, gist en une vive et attentive apprehension de la toute-presence de Dieu, c’est-à-dire, que Dieu est en tout et par tout, et qu'il n'y a lieu, ny chose en ce monde où il ne soit d’une tres-veritable presence, de sorte que comme les oyseaux, où qu'ils volent, rencontrent toujours l'air, ainsi, où que nous allions, où que nous soyons, nous treuvons Dieu present : chascun scayt cette verité, mais chascun n’est pas attentif à l’apprehender. Les aveugles, ne voyant pas un prince qui leur est present, ne laissent pas de se tenir en respect, s'ils sont advertis de sa presence; mais la verité est que, parce qu'ils ne le voyent pas, ils oublient aysement qu'il soit present, et s’en estant oubliez, ils perdent encore plus aysement le respect et la reverence. Helas ! Philotée, nous ne voyons pas Dieu qui nous est present, et bien que la foy nous advertisse de sa presence, si est-ce que, ne le voyant pas de nos yeux, nous nous en oublions bien souvent, et nous comportons comme si Dieu estoit bien loin de nous ; car, encore que nous sçachions bien qu'il est present à toutes choses, si est-ce que, n’y pensant point, c’est tout autant comme si nous ne le sçavions pas. C’est pourquoy tousjours avant l’orayson , il faut provoquer nostre ame à une attentive pensée et consideration de cette presence de Dieu. Ce fut l’apprehension de David, quand il s’escrioit : Si je monte au ciel, 6 mon Dieu, vous y estes; si je descends aux enfers, vous y estes. Et ainsi nous devons user des parolles de Jacob, lequel ayant veu l’eschelle sacrée, O que ce lieu, dit-il, est redouta ble! vrayement Dieu est icy, et je n'en scavois rien! il veut dire qu'il n y pensoit pas : car, au reste, il ne pouvoit ignorer que Dieu ne fust en tout et partout. Venant doncques à la priere, à Philotée, il vous faut dire de tout vostre cœur, et à vostre cœur : O mon cœur, mon cœur, Dieu est vrayement icy!
Le second moyen de se mettre en cette sacrée presence, c’est de penser que non-seulement Dieu est au lieu où vous estes, mais qu'il est tres-particulierement en vostre cœur, et au fond de vostre esprit, lequel il vivifie et anime de sa divine presence, estant là comme le cœur de vostre cœur, et l'esprit de vostre esprit : car, comme l'ame est respanduë par tout le corps, se treuve presente en toutes les parties d'iceluy, et reside neant-
moins au cœur d’une speciale residence : de mesme Dieu estant tres-present à toutes choses, assiste toutesfois d’une speciale façon à nostre esprit. Et pour cela David appeloit Dieu, Dieu de son cœur, et S. Paul disoit que nous vivons, nous nous mouvons, et sommes en Dieu. En la consideration doncques de cette verité, vous exciterez une grande reverence en vostre cœur, à l'endroict de Dieu qui luy est si intimement present.
Le troisiesme moyen, c’est de considerer Nostre-Sauveur, lequel, en son humanité, regarde dés le ciel, toutes les personnes du monde; mais particulierement les chrestiens, qui sont ses enfans, plus specialement ceux qui sont en prieres, desquels il remarque les actions et deportemens. Or cecy n'est pas une simple imagination, mais une vraye verité : car, encore que nous ne le voyons pas, si est-ce que de là-haut il nous considere. S. Estienne le vid ainsi au tems de son martyre; si que nous pouvons bien dire avec l'Espouse : Le voilà qu'il est derriere la paroy, voyant par les fenestres, regardant par les treillis.
La quatriesme façon consiste à se servir de la simple imagination, nous representant le Sauveur en son humanité sacrée, comme s'il estoit pres de nous, ainsi que nous avons accoustumé de nous representer nos amis, et de dire : Je m'imagine de voir un tel qui fait cecy et cela; il me semble que je le vois, ou chose semblable. Mais si le tres-sainct Sacrement de l'autel estoit present, alors cette presence seroit reelle, et non pure-
ment imaginaire; car les especes et apparences du pain seroient comme une tapisserie derriere laquelle Nostre-Seigneur reellement present nous void et considere, quoy que nous ne le voyons pas en sa propre forme. Vous userez doncques, Ô Philotée, de l’un de ces quatre moyens pour mettre vostre ame en la presence de Dieu avant l'orayson, et ne faut pas les vouloir employer tous ensemblement, mais seulement un à la fois, et cela briefvement et simplement.