COMME IL FAUT RECEVOIR LES INSPIRATIONS
Nous appellons 2nsptrations tous les attraits, mouvemens, reproches et remors interieurs , lumieres et cognoissances que Dieu fait en nous, prevenant nostre cœur en ses benedictions par son soin et amour paternel, affin de nous resveiller, exciter, pousser et attirer aux sainctes vertus, à l’amour celeste, aux bonnes resolutions, bref, à tout ce qui nous achemine à nostre bien eternel. C’est ce que l’espoux appelle buquer ou heurter à la porte, et parler au cœur de son espouse, la resveiller quand elle dort, la crier et reclamer quand elle est absente, l’inviter à son miel, et à cueillir des pommes et des fleurs en son jardin, et à chanter et faire resonner sa douce voix à ses oreilles.
J’ay besoin d’une similitude pour me bien faire entendre. Pour lentiere resolution d’un mariage, trois actions doivent entrevenir, quant à la damoiselle que l’on veut marier : car premierement on luy propose le party, secondement elle aggrée la proposition, et en troisiesme lieu elle consent. Ainsi, Dieu voulant faire en nous, par nous, et avec nous, quelque action de grande charité, premierement il nous la propose par son inspiration, secondement nous l’aggreons, tiercement nous y consentons. Car, comme pour descendre au peché il y a trois degrez, la tentation, la delectation et le consentement : aussi y en a-t-il trois pour monter à la vertu, l'inspiration qui est contraire à la tentation, la delectation en l'inspiration, qui est contraire à la delectation de la tentation, et le consentement à l'inspiration, qui est contraire au consentement à la tentation.
Quand l'inspiration dureroit tout le tems de nostre vie, nous ne serions pourtant nullement aggreables à Dieu, si nous ny prenons playsir ; au contraire, sa divine Majesté en seroit offensée, comme il le fut contre les Israëlites, aupres desquels il fut quarante ans, comme il dit, les soilicitant à se convertir, sans que jamais ils y voulussent entendre : dont il Jura contre eux en son
ire, qu'oncques (1) ils n'entreroient en son repos. Aussi le gentilhomme qui auroit longuement servy une damoiselle, seroit bien fort desobligé, si apres cela elle ne vouloit aucunement entendre au mariage qu’il desire.
Le playsir qu'on prend aux inspirations est un grand acheminement à la gloire de Dieu, et desjà on commence à playre par iceluy à sa divine Majesté : car si bien ceste delectation n’est pas encore un entier consentement, c’est une certaine disposition à iceluy; et si c'est un bon signe et chose fort utile de se plavre à oüyr la parolle de Dieu, qui est comme une inspiration exterieure, c’est chose bonne aussi et aggreable à Dieu de se playre en l'inspiration interieure. C’est ce playsir, duquel parlant l’Espouse sacrée, elle dit : Mon ame s’est fondue d'ayse, quand mon bien-aymé a parlé. Aussi le gentil-homme est desjà fort content de la damoiselle qu'il sert, et se sent favorisé, quand il voit qu’elle se playt en son service.
Mais enfin, c’est le consentement qui parfaict l'acte vertueux, car si estant inspirez, et nous estant pleus en l'inspiration, nous refusons neantmoins par apres le consentement à Dieu, nous sommes extremement mescognoissans, et offensons grandement sa divine Majesté : car il semble bien qu'il y ayt plus de mespris. Ce fut ce qui arriva à l’espouse ; car, quoy que la douce voix de son bien-aymé luy eust touché le cœur d’un sainct ayse, si est-ce neantmoins qu'elle ne luy ouvrit pas la porte, mais s’en excusa d’une excuse frivole; de quoy l’espoux justement indigné, passa outre, et la quitta. Aussi le gentil-homme qui, apres avoir longuement recherché une damoiselle, et luy avoir rendu son service aggreable, enfin seroit rejetté et mesprisé, auroit bien plus de subjet de mescontentement , que si la recherche n’avoit point esté aggreée, ny favorisée. Resolvez-vous, Philotée, d'accepter de bon cœur toutes les inspirations qu'il playra à Dieu de vous fayre : et quand elles arriveront, recevezles, comme les ambassadeurs du Roy celeste, qui desire contracter mariage avec vous. Oyez paisiblement leurs propositions, considerez l’amour avec lequel vous estes inspirée, et caressez la saincte inspiration.
Consentez, mais d'un consentement plein, amoureux et constant à la saincte inspiration : car en cette sorte, Dieu, que vous ne pouvez obliger, se tiendra pour fort obligé à vostre affection; mais, avant que de consentir aux inspirations des choses importantes, ou extraordinaires, affin de n’estre point trompée, con-
(1) Que jamais.
seillez-vous tousjours à vostre guide, à ce qu'il examine si l'inspiration est vraye où fausse : d'autant que l’ennemy voyant une ame prompte à consentir aux iuspirations, luy en propose bien souvent des fausses pour la tromper, ce qu'il ne peut jamais faire, tandis qu'avec humilité elle obeyra à son conducteur.
Le consentement estant du il faut, avec un grand soin, procurer les effects, et venir à l’execution de l'inspiration, qui est le comble de la vraye vertu : car d’avoir le consentement dedans le cœur, sans venir à l’effect d'iseluy, ce seroit comme de planter une vigne sans vouloir qu'elle fructifiast.
Or, à tout cecy sert merveilleusement de bien prattiquer l’exercice du matin, et les retraittes spirituelles que j'ay marquées cydessus; car par ce moyen nous nous preparons à faire le bieu d'une preparation non-seulement generale, mais aussi particuliere.