‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 215 sur 355 · POUR PRATTIQUER LA RICHESSE D'ESPRIT EMMY LA PAUVRETÉ REELLE · texte numérisé non relu

POUR PRATTIQUER LA RICHESSE D'ESPRIT EMMY LA PAUVRETÉ REELLE

Mais si vous estes reellement pauvre, tres-chere Philotée, à * Dieu! soyez-le encore d'esprit, faites de necessité vertu, et employez cette pierre precieuse de la pauvreté pour ce qu'elle vaut. Son ésclat n’est pas descouvert en ce monde; mais si est-ce pourtant qu'il est extremement beau et riche.

Ayez patience, vous estes en bonne compaignie : Nostre-Seigneur, Nostre-Dame, les Apostres, tant de saincts et de sainctes ont esté pauvres, et pouvant estre riches, ils ont mesprisé de

DorPo er

a40 INTRODUCTION A LA VIE DEYOTE.

l'estre. Combien y a-t-il de grands mondains, qui, avec beaucoup de contradictions, sont allez rechercher avec un soin nompareil la saincte pauvreté dedans les cloistres et les hospitaux. Ils ont prins beaucoup de peine pour la treuver, tesmoin S. Alexis, S'" Paule, S. Paulin, S' Angele, et tant d’autres ; et voilà, Philotée, que plus gracieuse en vostre endroict, elle se vient presenter chez vous : vous l’avez rencontrée sans la chercher et sans peine, embrassez-la doncques comme la chere amye de Jesus-Christ, qui nasquit, vesquit et mourut avec la pauvreté, qui fut sa nourrice toute sa vie.

Vostre pauvreté, Philotée, a deux grands privileges, par le moyen desquels elle vous peut beaucoup faire meriter. Le premier est, qu'elle ne vous est point arrivée par vostre choix, mais par la seule volonté de Dieu, qui vous a faite pauvre, sans qu'il v ayt eu aucune concurrence (1) de vostre volonté propre. Or, ce que nous recevons purement de la volonté de Dieu luy est tousjours tres-aggreable, pourveu que nousle recevions de bon cœuret pour l'amour de sa saincte volonté : où il y a moins du nostre, il y a plus de D'eu; la simple et pure acceptation de la volonté de Dieu rend une souffrance extremement pure.

Le second privilege de ceste pauvreté, c'est qu’elle est une pauvreté vrayement pauvre. Une pauvreté loûée, caressée, estimée, secouruë, et assistée; elle tient de la richesse, elle n’est pour le moins pas du tout pauvre; mais une pauvreté mesprisée, rejettée, reprochée, et abandonnée, elle est vrayement pauvre. Or telle est pour l'ordinaire la pauvreté des secuhers : cär, parce qu'ils ne sont pas pauvres par leur eslection, mais par necessité, on n'en tient pas grand compte; et en ce qu'on n’en tient pas grand compte ; leur pauvreté est plus pauvre que celle des religieux, bien que ceste-cy d’ailleurs ayt une excellence fort grande et trop plus recommandable, à raison du vœu et de l’intention pour laquelle elle a esté choysie.

Ne vous plaignez donc pas, ma chere Philotée, de vostre pauvreté : car on ne se plaint que de ce qui desplaist, et si la pau-

vreté vous desplaist, vous n’estes plus pauvre d'esprit, ains

riche d'affection.

Ne vous desolez point de n’estre pas si bien secouruë qu'il seroit requis, car en cela consiste l'excellence de la pauvreté. Vouloir estre pauvre et n’en recevoir point d'incommodité, c'est une trop grande ambition; car c’est vouloir l'honneur de la pauvreté, et la commodité des richesses.

(4) Aucun concours.

N'ayant pont de honte d’estre pauvre ny de demander l’aumosne en charité. Recevez celle qui vous sera donnée avec humilité, et acceptez le refus avec douceur. Ressouvenez-vous souvent du voyage que Nostre-Dame fit en Egypte pour y porter son cher enfant; et combien de mespris, de pauvretez, de misere il luy convint supporter. Si vous vivez comme cela, vous serez tres-riche en vostre pauvreté.

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