‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 228 sur 355 · QUELQUES AUTRES ADVIS TOUCHANT LE PARLER · texte numérisé non relu

QUELQUES AUTRES ADVIS TOUCHANT LE PARLER

Que nostre langage soit doux, franc, sincere, rond, nayf, et fidelle. Gardez-vous des duplicitez, artifices et feintises; bien qu'il ne soit pas bon de dire tousjours toutes sortes de veritez, si n'est-il jamais permis de contrevenir à la verité. Accoustumezvous à ne jamais mentir à vostre escient, ny par excuse, ny autrement, vous ressouvenant que Dieu est le Dieu de verité; si vous en dites par mesgarde, et vous pouvez le corriger sur-lechamp par quelque explication ou reparation, corrigez-le : une excuse veritable a bien plus de grace et de force pour excuser que le mensonge.

Bien que quelquesfois on puisse discrettement et prudemment

desguiser et couvrir la verité par quelque artifice de parolle, si ne faut-il pas prattiquer cela, sinon en chose d'importance, quand la gloire et service de Dieu le requierent manifestement : hors de là, les artifices sont dangereux ; car, comme dit la sacrée parolle, le Sainct-Esprit n’habite point en un esprit feint et double. Il n’y a nulle si bonne et si desirable finesse que la simphcité. Les prudences mondaines et artifices charnels appartiennent aux enfans de ce siecle ; mais les enfans de Dieu cheminent sans destour, et ont le cœur sans replis. Quichemine simplement, dit le Sage, à chemine confidemment. Le mensonge, la duplicité, la simulation tesmoignent tousjours un esprit foible et vil.

Saint Augustin avoit dit, au quatriesme livre de ses Con/essions, que son ame et celle de son amy n'estoient qu'une seule ame, et que cette vie lui estoit en horreur apres le trespas de son amy, parce qu'il ne vouloit pas vivre à moitié; et qu'aussi, pour cela mesme, il craignoit à l'adventure de mourir, affin que son amy ne mourust du tout. Ces parolles luy semblerent par apres trop artificieuses et affectées, si que il les revoque au livre de ses Retractations, et les appelle une ineptie. Voyez-vous, chere Philotée, combien cette saincte belle ame est doüillette au sentiment de l’affeterie des parolles? Certes, c’est un grand ornement de la vie chrestienne que la fidelité, rondeur et sincerité du langage : J’ay dit : Je prendrai garde à mes voyes, pour ne point pecher en ma langue. Hé! Seigneur, mettez des gardes à ma bouche, et une porte qui ferme mes levres, disoit David.

C'est un advis du roy S. Louys, de ne point desdire personne, sinon qu'il y eust peché ou grand dommage à consentir : c’est affin d’esviter toutes contestes et disputes. Or, quand il importe de contredire à quelqu'un , et d’opposer son opinion à celle d’un autre, il faut user de grande douceur et dexterité, sans vouloir violenter l'esprit d’autruy; car aussi bien ne gaigne-t-on rien prenant les choses asprement.

Le parler peu, tant recommandé par les anciens sages, ne s'entend pas qu’il faille dire peu de parolles, mais de n’en dire pas beaucoup d’inutiles : car, en matiere de parler, on ne regarde pas à la quantité, mais à la qualité; et me semble qu'il faut fuyr les deux extremitez : car, de faire trop l’entendu et le severe, refusant de contribuer aux devis familiers qui se font és conversations, il semble qu'il y ayt, ou manquement de confiance, où quelque sorte de desdain; de babiller aussi et cajoller tousjours, sans donner ny loysir, ny commodité aux autres de parler à souhait, cela tient de l’esventé et du leger. |

S. Louys ne treuvoit pas bon qu’estant en compaignie l’on parlast en secret et en conseil, particulierement à table, affin que Jon ne donnast soupçon que l’on parlast des autres en mal : Celuy, disoit-il, qui est à table en bonne compaignie , qui a à dire quelque chose joyeuse et playsante, la doit dire que tout le monde l’entende, si c’est chose d'importance, ou la doit taire sans en parler.

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