‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 24 sur 355 · LIVRE 1, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE IX

» de perte, et demeure comme si on n’y avoit point touché ; les » hommes prenant tous les jours d'icelle, partagée et divisée, » l’'honorant tousjours neantmoins toute entiere. Mais cette vertu » incorrupüble et indommageable, ou imperissable solidité, a » esté imbeuë et tirée du sang de la chair, laquelle ayant souf- » fert la mort, n’a point veu la corruption. »

Le latin est plus beau : Cujus Episcopi tantüm munere de eadem cruce, pars minuta sacri ligni, ad magnam fidei et benedictionis gratiam haberi datur : quæ quidem crux in materia insensata, vim vivam tenens, ila ex illo tempore innumeris penè quotidie hominum votis, lignum suum commodat : ut detrimentum non sentiat, el quasi intacta permaneat quotidie dividuam sumentibus, et semper totam venerantibus, sed istam imputribilem virtutem, et indelebilem soliditatem, de illius profecto carnis sanquine bibit, quæ passa mortem, non vidit corruplionem.

Voilà pas de grands tesmoignages de la vertu de la croix ? Tout le christianisme en vouloit avoir en ce tems-là ; et Dieu, se montrant favorable à cette devotion, multiplioit le bois de la croix, à mesure que l’on en levoit des pieces; signe evident que l'Eglise de ce tems-là avoit une autre forme que la reformation des novateurs.

Le mesme S. Paulin, envoyant à S. Sulpice une petite piece de la croix : « Recevez, dit-il, un grand present, en peu de » choses, et en une roigneure presque indivisible d’une petite » buchette, recevez une deffense pour la vie presente, et un » gage de l’eternelle. »

Ainsi luy-mesme raconte que voyant brusler à Noël, par un embrasement presque incroyable, une maison qui estoit vis-àvis de l’eglise de S. Felix, il s’eslança contre le feu, et l’esteignit par la vertu d'une piece de la croix qu'il tenoit (Poem. 27) :

De crucis æternæ sumptum mihi fragmine lignum, Promo , tenensque manu, adversis procul ingero flammis. Profuit, et nostram cognovit flamma salutem.

Nec mea vox, aut dextra illum, sed vis crucis ignem Terruit : inque loco de quo surrexerat ipso,

Ut cireumseplam præscripto limine flammam Sistere, et extingui, fremitu moriente coëgit,

Et cinere exortam cineri remeare procellam :

Quanta crucis virtus, ul Se natura relinquat! Omnia ligna vorans , ligno crucis uritur ignis, Vicerat ignis aquam , nos ligno exlinxzimus ignem.

Des be

Comme seroit à dire :

Je prends de ce sainct bois de la croix, et en jette Un seul eschantillon à travers de ce feu;

L'on cogaut tout soudain combien il avoit peu :

La flamme respectant nostre salut, -s’arreste.

Ce ne fut point ma voix ny ma main plus puissante, Mais l'effort de la croix qui lui fit cette peur,

Et qui la contraignit de perdre sa fureur,

Là mesme où elle avoit esté plus violente;

Et comme l’on n’eust peu sa rage confiner,

On la vit de la cendre en cendre retourner.

Quelle est donc, à chrestiens! de cette croix la force ? Puisque contre elle en vain la nature s'efforce, S'abandonne soy-mesme et lui quitte ses droits; Puisque le feu, bruslant toute sorte de bois,

Par le bois de la croix brusle de telle sorte : Tesmoignant que le feu ayant surmonté l’eau, Pouvoit estre vaincu, quel remede nouveau!

Par le seul bois, pourveu que de la croix il sorte.

Evagrius recite que la ville d’'Apamée estant reduite à l’extresmité par le siege de Chosroas, les habitans prierent leur evesque, nommé Thomas, de leur monstrer une piece de la croix, qui estoit là. Ce qu'il fit, la portant autour du sanctuaire : « Et alors » une flamme du feu resplendissant, et non bruslant, suivit » Thomas, allant de lieu en lieu, si que toute la place, en la- » quelle s’arrestant, il monstroit la venerable croix au peuple, » sembloit brusler; et cecy fut fait non une fois ou deux, mais » plusieurs : chose laquelle presagea le salut d’Apamée, qui » s'ensuivit depuis. » Ce sont presque les parolles d'Evagrius, qui recite cecy comme tesmoin oculaire.

Ce n’est donc pas merveille si S. Ambroise, parlant du bois de la croix, dit que c’est un remede pour le salut, et que par une puissance invisible il tourmente les diables. EtS. Cyrille, que, jusques à son temps, le bois de la croix, qui estoiten Hierusalem, guerissoit les malades, chassoit les diables et les charmes. Et S. Gregoire le Grand , livre 3° de ses Epistres, epistre 35, parle de l'huile de la saincte croix, lequel en touchant guerissoit. Et Bede tesmoigne que c’estoit une huile qui sortoit de soy-mesme du bois de la croix. Voyez le grand cardinal Baronius, sous l’an 598.

Qu'est-ce que respondra à tout cecy le traitteur? dira-t-il que les tesmoins que je produis sont reprochables? mais certes ce sont tous autheurs graves. Peut-estre respondra-t-il que cepen-

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