‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 264 sur 355 · EXAMEN SUR LES AFFECTIONS DE VOSTRE AME · texte numérisé non relu

EXAMEN SUR LES AFFECTIONS DE VOSTRE AME

J'ay estendu ainsi au long ces poincts, en l’examen desquels gist la cognoissance de l’advancement spirituel qu’on a fait; car quant à l'examen des pechez, cela est pour les confessions de ceux qui ne pensent point à s’advancer.

Or, il ne faut neantmoins pas se travailler sur un chascun de ces articles, sinon tout doucement, considerant en quel estat nostre cœur à esté touchant iceux dés nostre resolution, et quelles fautes notables nous y avons commises. |

Mais pour abreger le tout, il faut reduire l'examen à la recherche de nos passions? et s’il nous fasche de considerer si fort par le menu comme il a esté dit, nous pouvons ainsi nous examiner quels nous avons esté, et comme nous nous sommes comportez.

En nostre amour envers Dieu, envers le prochain, envers nous-mesmes.

En nostre hayne envers le peché qui se treuve en nous, envers le peché qui se treuve és autres (car nous devons desirer l’ex-

terminement de l’un et de l’autre) en nos desirs touchant les biens, touchant les playsirs, touchant les honneurs.

En la crainte des dangers de pecher, et des pertes des biens de ce monde : on craint trop l’un, et trop peu l’autre.

En esperance trop mise, peut-estre, au monde et en la creature, et trop peu mise en Dieu et és choses eternelles.

En la tristesse, si elle est trop excessive pour choses vaines.

En la joye, si elle est excessive, et pour choses indignes.

Quelles affections enfin tiennent vostre cœur empesché, quelles passions le possedent, en quoy s'est-il principalement detraqué.

Car, par les passions de l’ame, on recognoist son estat en les tastant l’une apres l’autre, d'autant que comme un joüeur de luth pinçant toutes les cordes, celles qu'il treuve dissonantes il les accorde, ou les tirant, ou les laschant : ainsi, apres avoir tasté l'amour, la hayne, le desir, la crainte, l’esperance, la tristesse et la joye de nostre ame, si nous les treuvons mal accordantes à l'air que nous voulons sonner, qui est la gloire de Dieu, nous pourrons les accorder, moyennant sa grace, et le conseil de nostre pere spirituel.

Page 1