‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 267 sur 355 · CONSIDERATION PREMIERE , DE L'EXCELLENCE DE NOS AMES · texte numérisé non relu

CONSIDERATION PREMIERE , DE L'EXCELLENCE DE NOS AMES

ConsipeREz la noblesse et excellence de vostre ame, qui a un entendement, lequel cognoist non-seulement tout ce monde visible, mais cognoist encore qu’il y a des anges et un paradis, cognoist qu'il y a un Dieu tres-souverain, tres-bon et ineffable, cognoist qu'il y a une eternité, et de plus cognoist ce qui est propre pour bien vivre en ce monde visible, pour s'associer aux anges en paradis, et pour joüyr de Dieu eternellement.

Vostre ame a de plus une volonté toute noble, laquelle peut aymer Dieu, et ne le peut hayr en :soy-mesme. Voyez vostre cœur, commeilest genereux, et que, comme rien ne peut arrester les abeilles, de tout ce qui est corrompu, ains s'arrestent seulement sur les fleurs : ainsi vostre cœur ne peut estre en repos qu’en Dieu seul, et nulle creature ne le peut assouvir. Repensez hardiment aux plus chers et violens amusemens qui ont occupé autresfois vostre cœur; et jugez en verité s'ils n’estoient pas pleins d’inquietudes molestes, de pensées cuisantes, et de soucis importuns, emmy lesquels vostre pauvre cœur estoit miserable.

Helas! nostre cœur, courant aux creatures, y va avec des empressemens, pensant de pouvoir y accoiser ses desirs; mais, sitost qu’il les a rencontrées, il void que c’est à refaire, et que rien ne le peut contenter, Dieu ne voulant que nostre cœur

treuve aucun lieu sur lequel il puisse reposer, non plus que la colombe sortie de l'arche de Noé, affin qu'il retourne à son Dieu, duquel il est sorty. Ha! quelle beauté de nature y a-t-il en vostre cœur ! et doncques pourquoy le retiendrons-nous contre son gré à servir aux Creatures?

O ma belle ame (devez-vous dire), vous pouvez entendre, et vouloir Dieu ; pourquoy vous amusez-vous à chose moindre? vous pouvez pretendre à l’eternité; pourquoy vous amuserez-vous aux momens ? [Ce fut l’un des regrets de l'enfant prodigue, qu'ayant peu vivre delicieusement en la table de son pere, il mangeoit vilainement en celle des besles. O0 mon ame! tu es capable de Dieu : malheur à toy, si tu te contentes de moins que de Dieu! Eslevez fort vostre ame sur cette consideration, remontrez-luy qu'elle est eternelle et digne de l’eternité; enflez- -luy le courage pour ce subjet.

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