‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 268 sur 355 · SECONDE CONSIDERATION, DE L'EXCELLENCE DES VERTUS · texte numérisé non relu

SECONDE CONSIDERATION, DE L'EXCELLENCE DES VERTUS

Consiperez que les vertus et la devotion peuvent seules rendre vostre ame contente en ce monde; voyez combien elles sont belles ; mettez en comparaison les vertus et les vices qui leur sont contraires : quelle suavité en la patience, au prix de la vengeance ; de la douceur, au prix de l’ire et du chagrin; de l'humilité, au prix de l’arrogance et ambition; de la liberalité, au prix de l'avarice; de la charité, au prix de l'envie: de la sobrieté, au prix des desordres ! Les vertus ont cela d' admirable, qu'elles delectent l'ame d'une douceur et suavité nompareille, apres qu'on les a exercées, où les vices la laissent infiniment recreuë (1) et mal-menée. Or sus doncques, pourquoy n’entreprendrons-nous pas d’acquerir ces suavitez ?

Des vices , qui n’en a qu'un peu n’est pas content, et qui en a beaucoup est mecontent; mais des vertus, qui n’en a qu'un peu, encore a-t-il desjà du contentement, et puis tousjours plus en advançant. O vie devote, que vous estes belle, douce, aggreable et soüefve (2)! vous adoucissez les tribulations , et rendez soüefves les consolations sans vous ; le bien est mal, et les playsirs pleins d’inquietudes, troubles et defaillances : ha! qui vous cognoistroit pourroit bien dire avec la Samaritaine : Domaine, da ruhi hanc aquam; Seigneur, donnez-moy cette eau : aspiration fort frequente à la mere Therese, et à S“ Catherine de Gennes, quoy que pour differens subjets.

(1) Epuisée. — (2) Suave.

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