‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 277 sur 355 · III · texte numérisé non relu

III

cœur, ma memoire, mon entendement et ma volonté : hé! faites qu'avec et en tout cela je vous serve, je vous ayme, je vous playse et honore à jamais.

Adresse pour l’orayson, sous le nom de repos ou sommeil spirituel, pour retirer l’ame en soy-mesme, et la recueillir en Dieu.

À. Ezecro huic sacræ quieti opportuno tempore, in memoriam revocare contendam pios motus, desideria, affectus, statuta, cœpta, sensus, dulcedines omnes, et quæcumque divina mihi majestas olim inspiravit, ac in sanctorum mysteriorum, virtulis pulchritudinis, ejus nobilitatis, et infinitorum in me beneficiorum consideratione dedit experiri. Illius prætereà obligationis quam magnam erga ipsam habeo recordabor, eù quôd su gratià sensus aliquando meos debilitavit nonnullis morbis et infirmitatibus quæ mihi non parüm profuerunt. Posthæc, voluntatem meam in bono, et in statuto creatorem meum nunquam offendendi, confirmabo. -

2. Quiescam paulatim in consideratione vanitatis honorum, divitiarum, dignitatum, et voluptatum immundi hujus mundi ; perpendam modicam rerum illarum durationem, iacertitudinem, finem, et quàm à veris bonis distent discrepentque. Quâ ratione eas cor meum rejiciet, spernet, abominabitur , et dicet : Ite, o! ite, diabolicæ illecebræ, abite à me procul, nihil mihi vobiscum est, quandoquidem deliciæ quas promittitis insipientibus æquè ac sapientibus conveniunt.

3. Quiescam leniter in consideratione turpitudinis, abjec- . tionis et miseriæ quæ invenitur in peccato, miserisque anirnabus ab eo obsessis et possessis ; tùm absque perturbatione dicam : Peccatum indigna res est homine benè nato, et meritum profitente; nullum unquam affert absolutum gaudium, sed duntaxat imaginarium : quas verû spinas, quos mœærores, quas amaritudines, quas anxietates, quæ supplicia non secum ducit? Verumtamen, quamvis nihil horum esset, numquid id satis est quod Deo displicet? Hoc autem satis superque est ut omnibus omnind modis rejiciatur.

4. Dormitabo suaviter in cognitione excellentiæ virtutis; virtutis, inquam, quæ aded pulchra est, grata, nobilis, generosa, alliciens, potens. Illa est enim quæ hominem interiùs exteriùsque pulchrum reddit ; illa quæ Creatori gratum facit, homini

illa optimè convenit, cum ei propria sit. Quas verd consolationes, quas delicias, quas non ei liberales delectationes omni dat tempore ? Hæc est christiana virtus quæ eum sanctificat, quæ mutat in angelum, quæ deulum (1) efficit, quæ in his terris ei confert paradisum.

5. Demiräbor quäm pulchra sit homini à Deo data ratio, ut ejus miro splendore illustratus et edoctus, odio vitium prosequatur, et virtutem amet. Heu! cur divinæ hujus facis rutilans lumen non sequimur, cùm datus sit nobis ejus usus, ut videamus ubi oporteat pedem figere? Ah! si nos ejus dictamine duci sineremus, rard cespitaremus, difficilè unquam malè ageremus.

6. Attente ponderabo rigorem divinæ justitiæ, quæ is procul dubio non parcet, qui nalturæ et gratiæ donis abusi fuerint. Debent tales ad divinorum judiciorum, mortis, purgatorii et inferni considerationem pavere maximè. Excitabor ergo à me 1pso, et à segnitie his sæpè repetitis verbis expergefiam : En morior ; quid mil proderunt primogenita, sive omnia ista? Quid, inquam, proderunt mihi præsentia hæc omnia, et quid quid in hoc mundo lucet et splendet, cm quotidiè moriar? Præstat sanè ea spernere, et sub mandatorum Dei custodià, cum fihali timore et animi tranquillitate, futuræ vitæ expectare bona.

7. In hanc rem infinitam Dei sapientiam, omnipotentiam, et incomprehensibilem bonitatem contemplabor ; peculiariter verd videre intendam quomodo eximia hæc attributa in sacris elucent mysteriis vitæ, mortis, et pasionis Domini nostri Jesu Christi, in eminentissimà Dominæ nostræ beatæ Mariæ virginis sanctitate, et imitabilibus fidelium Dei servorum perfectionibus. Transeundo hinc ac cœlum empireum, paradisi gloriam demirabor, indeficientem angelicorum spirituum ‘et beatarum animarum felicitatem, quàämque augustissima se Trinitas, in æternis præ- .müs quibus benedictam hanc turbam remunerat, potentem, sapientem et bonam ostendat.

8. Denique in amore solius et unicæ bonitatis Dei mei dormiam et requiescam : gustabo, si possum, immensam hanc bonitatem, non in suis effectibus, sed in se ipsâ; bibam hanc vitæ aquam, non in vasis aut phialis creaturarum, sed in ipso fonte; sapiam quâm adorabilis hæc majestäs bona sit in se ipsä, bona sibi ipsi, bona pro se ipsâ, imd quomodà sit ipsa bonitas et tota, omnisque bonitas et bonitas quæ æterna est, quæque nec arefieri nec comprehendi potest. O Domine, inquam, nemo est præter te bonus per essentiam et naturam : tu solus neces-

() Deulus, un petit dieu.

sarid bonus es; creaturæ ver omnes quæ tam naturali quam supernaturali bonitate bonæ sunt, nonnisi amabilis tuæ bonitatis participatione sunt.

Premierement, ayant prins le tems commode pour ce sacré repos, avant toute autre chose, je tascheray à rafraischir ma memoire de tous les bons mouvemens, desirs, affections, resolutions, projets, sentimens et douceurs qu'autresfois la divine Majesté m'a inspirez et fait experimenter, en la consideration de ses saincts mysteres, de la beauté de la vertu, de la noblesse de son service, et d’une infinité de benefices qu’elle m’a tresliberalement despartys. Je mettray ordre aussi à me ramentevoir de l’obligation que je luy ay, de ce que, par sa saincte grace, elle a quelquesfois debilité mes sens en m’envoyant certaines maladies et infirmitez, lesquelles m'ont grandement profité. Apres cela, je conforteray et confirmeray, le plus qu’il me sera possible, ma volonté au bien et repos de jamais offenser mon Createur.

Deuxiesmement, cela fait, je me reposeray tout bellement en la consideration de la vanité des grandeurs, des richesses, des honneurs, des commoditez et des voluptez de ce monde immonde; je m'arresteray à voir le peu de durée qui est en ces choses-là, leur incertitude, leur fin, et l’incompassibilité qu’elles ont avec les vrays et solides contentemens; en suite de quoy mon cœur les dedaignera, les mesprisera, les aura en horreur, et dira : Allez, allez, Ô diaboliques appas! retirez-vous loin de moy, cherchez fortune ailleurs; je ne veux point de vous, puisque les playsirs que vous promettez appartiennent aussi bien aux fols et abominables, qu'aux hommes sages et vertueux.

Troisiesmement, je me reposeray tout doucement en la consideration de la laydeur, de l’abjection, et de la deplorable misere qui se treuve au vice et au peché, et aux miserables ames qui en sont obsedées et possedées ; puis je diray, sans me troubler et inquieter aucunement : Le vice, le peché, est chose indigne d'une personne bien née, et qui fait profession de merite; jamais il n'apporte contentement qui soit veritablement solide. ains seulement en imagination : mais quelles espines, quels serupules, quels regrets, quelles amertumes, quelles inquietudes, et quels supplices ne traisne-t-il quant et soy (1)? voire, et quand tout cela ne seroit pas, ne vous doit-il pas suffire qu'il est desaggreable à Dieu? o! cela doit estre plus que suffisant pour le nous faire detester à toute outrance.

(4) Avec toi.

Quatriesmement, je sommeilleray suavement en la cognoissance de l'excellence de la vertu, qui est si belle, si gracieuse, si noble, si genereuse, si attrayante et si puissante : c’est elle qui rend l’homme interieurement et encore exterieurement beau ; elle le rend incomparablement aggreable à son Createur; elle luy sied extremement bien, comme propre qu'elle luy est. Mais quelles consolations, quelles delices, quels honnestes playsirs ne luy donne-t-elle pas en tout tems? ah! c'est la chrestienne vertu qui le sanctfie, qui le change en ange, qui en fait un petit Dieu, qui luy donne dés icy-bas le paradis.

Cinquiesmement, je m'arresteray en l’admiration de la beauté de la rayson que Dieu a donnée à l’homme, affin qu'esclairé et enseigné par sa meilleure splendeur, il haysse le vice et ayme la vertu. Hé! que ne suivons-nous la lumiere brillante de ce divin flambeau, que l'usage nous en est donné, pour voir où nous devons mettre le pied? Ah! si nous nous laissions conduire au dictamen d'icelle, rarement chopperions-nous (1), difficilement ferions-nous jamais mal.

Sixiesmement, je peseray attentivement la rigueur de la diyine justice, laquelle, sans doute, ne pardonnera pas à ceux qui se treuveront avoir abusé des dons de nature et de grace : telles gens doivent concevoir une tres-grande apprehension des divins jugemens, de la mort, du purgatoire et de l'enfer. Je feray en sorte de m’exciter et de resveiller ma paresse en repetant souvent ces parolles : En morior; quid mihi proderunt primogenita, sie omima îsta? Voilà que tous les jours je m'en vay mourant; de quoy est-ce que me serviront les choses presentes, et tout ce qui est d’esclatant et de spectacle en ce monde? Il vaut beaucoup mieux que je les mesprise courageusement, et que, vivant en la crainte filiale, sous l’observance des commandemens de mon Dieu, j’attende avec accoisement (2) d’esprit les biens de la vie future.

Septiesmement, je contempleray en ce repos la sapience infinie, la toute-puissance, et l’incomprehensible bonté de mon Dieu, et particulierement je m’occuperay à voir comme quoy ces beaux attributs reluisent aux sacrez mysteres de la vie, mort et passion de Nostre-Seigneur Jesus-Christ, en la tres-eminente saincteté de Nostre-Dame, la bien-heureuse Vierge Marie, et aux imitables perfections des fidelles serviteurs de Dieu. De là passant jusques dans le ciel empyrée, j'admireray la gloire du paradis, la felicité perdurable des angeliques esprits et des ames

(1) Trébacherions-nous, — (2) Tranquillité.

glorieuses, et combien la tres-auguste Trinité se monstre puissante, sage et bonne aux loyers eternels dont elle recompense cette benite trouppe.

Huictiesmement et finalement, je m'endormiray en l’amour de la seule et unique bonté de mon Dieu; je gousteray, si je puis, ceste immense bonté, non en ses effects, mais en elle-mesme ; je boiray ceste eau de vie, non dans les vases ou phyoles des creatures, mais en sa propre fontaine; je savoureray combien ceste adorable Majesté est bonne en elle-mesme, bonne à ellemesme, bonne pour elle-mesme, voire comme elle est la bonté mesme, et comme elle est la toute bonté, et bonté qui est eternelle, intarissable et incomprehensible. O Seigneur, diray-je , il n'y a que vous de bon par essence et par nature ; vous seul estes necessairement bon : toutes les creatures qui sont bonnes, tant par la bonté naturelle que par la surnaturelle, ne le sont que par participation de vostre aymable bonté.

Trois occupations de la retraitte spirituelle sur la naissance, passion et vie de Nostre Sauveur Jesus-Christ.

Premier exercice.

Pour vostre retraitte spirituelle, vous pourrez vous servir des puincts icy marquez, lesquels regardent la divine enfance de - Nostre Sauveur. Le dimanche, considerez-le aux entrailles trespures de sa tres-chaste Mere, et admirez comme ceste grandeur immense s’est ainsi ravalée pour vostre amour. Le lundy, admirez-le dans la cresche en une extreme pauvreté. Le mardy, voyez-le adoré des anges et des pasteurs; faites-luy avec eux mille reverences interieures. Le mercredy, regardez que desjà il respand son sang en la circoncision; suppliez-le qu’il retranche toutes les superfluitez de vostre ame. Le jeudy, occupez-vous à mediter les mysteres des offrandes que luy presentent les roys; offrez-vous à luy, et adorez-le avec eux. Le vendredy, contemplez-le au temple entre les bras de sa saincte Mere; donnez-luy vostre cœur pour estre sa demeure et son temple sacré. Le samedy, meditez sa fuyte en Egypte ; demandez-luy la grace de bien fuyr et esviter tout ce qui luy peut desplayre.

Second exercice.

Une autre semaine, vous pourrez vous entretenir sur les douloureux mysteres de la passion de nostre Redempteur. Le

dimanche, voyez comme il lave les pieds à ses bien-aymez disciples ; priez-le qu'il vous lave et purifie de toute ordure de peché. Le lundy, regardez-le au jardin des Olives, priant son Pere à chaudes larmes; demandez-luy humblement le don de l’orayson. Le mardy, meditez avec quelle douceur et mansuetude il recoit le bayser du traistre Judas; demandez-luy la charité et suavité envers vos ennemys. Le mercredy, considerez-le prins et lié par les Juifs; demandez-luy la patience aux tribulations. Le jeudy, admirez comme sans resistance quelconque il se laisse vestir en fol chez Herodes; demandez-luy l'humilité et le mespris de vous-mesme. Le vendredy, contemplez comme, volontairement et d’un grand courage, il charge le pesant fardeau de la croix, et la porte ainsi sur ses espaules jusques au mont de Calvaire ; faites force actes de compassion sur ses inestimables tourmens. Le samedy, levez les yeux en haut, voyez-le estendu de son long, cloüé, eslevé en l'air sur l'arbre de la croix; prestez soigneusement l'oreille à ses douces parolles; priez-le quil vous fasse la grace de vivre tout à luy, puis qu'il est mort pour vous.

Troisiesme exercice.

Vous pourrez excellemment tirer le motif du sainct amour sur toutes les actions que le tres-aymable Jesus a prattiquées durant le cours de sa tres-saincte vie, en ceste sorte : quand il se presente quelque suhjet d'exercer la vertu (il s'en presente à tous momens), voyez briefvement comme Nostre-Seigneur l’a exercée, tandis qu'il vivoit icy-bas entre les hommes; et puis, animant vostre cœur d’une amoureuse imitation : Or sus, direzvous, allons, suivons, imitons le doux Jesus nostre Maistre. Par exemple, s'il faut prier, donner aux pauvres, conseiller quelqu'un, estre solitaire, entrer en conversation , souffrir quelque travail, souvenez-vous que Nostre-Seigneur, en diverses occasions, fit tout cela. Et par apres, excitant vostre ame : Hé! ce direz-vous, quand il n'y auroit point d’autre raison pour prier, pour faire l’'aumosne, pour consoler les affligez, pour demeurer en solitude, pour acquiescer à cette souffrance, pour m'arrester en cette conversation, ne me suffit-1l pas que mon cher Maistre m'en ayt monstré le chemin? cela se peut faire par un simple regard et unique souspir : Ouy, Seigneur, je suis avec vous.

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Advis pour la conversation avec toutes soites de personnes. PUNCTUM I.

DiFFERENTIA est inter congressum et consuetudinem; nam congressus fortuità fit ex occasione, consuetudo verà fit ex electione. In congressu non est diuturna societas, non magna familiaritas, non expressus nimis affectus, nec impressus; at in consuetudine videmur sæpiüs invicem, familiaritate utimur, electis personis affectum damus, frequentamus ut vivamus cum laude, et ad invicem conferamus.

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